‹ L'État et ses limitesChapitre 12 sur 59 · Polit., III, ch. III · texte numérisé non relu

Polit., III, ch. III

LA UBERTÊ ANTIQUE

esclaves, voilà l’élément actif de la cité. Le reste est fait pour obéir. La plus démocratique des républiques grecques n’est qu’une étroite aristocratie.

Ce peuple de privilégiés est souverain, c’est lui qui fait les lois, décide de la paix et de la guerre, nomme les généraux et les magistrats, et au besoin les destitue et les juge. Tout part du peuple et tout y aboutit. Cette souveraineté, qui s’exerce sur la place publique, est ce qu’Aristote et les Grecs appellent la liberté. Être libre à Athènes, c’est être un membre du souverain.

Telle est la conception générale des républiques grecques ; c’est la même idée qui règne à Rome, avec cette différence qu’aux beaux jours des Scipions, le patricial et la noblesse ont une puissance qu’ Athènes n’a point connue. Quand Cicéron écrit sa République, et met dans le passé l’idéal de la grandeur et de la liberté romaine, il ne fait que copier Polybe et mêler ensemble Aristote et Platon, Les Romains sont de bien plus grands administrateurs que les Grecs; ils ont poussé plus loin l’art de gouverner et de s’assimiler les peuples vaincus ; mais leur notion de la liberté est la même ; la théorie n’a point fait un pas en avant.

De ce principe que la liberté est la souveraineté, et que le peuple est roi, résulte tout un ensemble d’usages et de lois qui nous étonne à première vue, et qui cependant s’explique aisément. Ce n’est point la logique qui a manqué aux anciens.

S'il est une vérité confirmée par l’expérience, c’est qu’un roi ne s’appartient pas; il est fait pour l’État

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qu’il gouverne. La religion, l’éducation, les idées, la fortune du prince, sont choses d’intérét public, et dont s’occupent les constitutions modernes.

Transportez cette idée à Athènes, songez que le /jn'nce est Tensemble des citoyens, vous ne serez point surpris que la loi règle la religion, l’éducation, et jusqu’à la propriété du moindre Athénien.

De là ce spectacle étrange d’un peuple à la fois trèslibre et très-esclave ; libre jusqu’à la souveraineté, pour tout ce qui touche au gouvernement, esclave à l’endroit de la religion, de l’éducation, de la vie. Sparte se croit libre et n’est qu’un couvent de soldats.

L’antiquité ne s’est jamais élevée au-dessus de cette notion : ni les Grecs , ni les Romains n’auraient rien compris’ à notre théorie des droits individuels. Chez eux le citoyen est fait pour l’État, et non point l’État pour le citoyen'. Des intérêts particuliers distinctsde l’intérêt général, c’eût été une hérésie à Athènes comme à Rome. Membre du souverain, le citoyen a toutes les charges et tous les devoirs de la souveraineté.

La petitesse des cités grecques diminuait le danger de ce système et n’en faisait sentir que la grandeur. C’est ce que Benjamin Constant a très-bien vu et trèsbien exprimé. « La part que, dans l’antiquité, chacun prenait à la souveraineté nationale, n’était point comme de nos jours une supposition abstraite. La volonté de chacun avait une influence réelle, l’exercice de cette

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