Rom., xm
Digilized by Coogle
dans la théorie chrétienne elle a des droits limités, et des devoirs certains. Il y a une sphère où elle ne peut entrer; l’âme ne lui appartient pas.
C’est entre ces deux idées, l’une païenne, l’autre chrétienne, que la lutte s’établit dès le temps des apô- ' très; elle dure encore aujourd’hui dans les esprits, et, par une conséquence naturelle, dans les institutions. La plupart des politiques modernes, et non pas les moins célèbres, sont encore infectés du vieux levain de l’antiquité.
Pour faire entrer l’idée nouvelle dans l’humanité, il fallut un combat de trois siècles; c’est l’époque des martyrs, l’âge héroïque du christianisme. Les martyrs sans doute ne faisaient pas de politique, non plus que les apôtres; ils étaient même convaincus qu’il n’y avait point de place pour eux dans la société païenne, et que la chute de l’Empire serait la fin du monde et l’avéneraent de l’Antéchrist. Ils n’en sont pas moins les précurseurs de la liberté moderne. C’est sur le terrain de la religion et de la conscience qu’ils résistaient, ils ne demandaient qu’à adorer en paix le Dieu de l’Évangile; mais la foi comprend toute la vie morale, les institutions d’un peuple tiennent toujours à sa religion. Si l’Inde n’est jamais sortie du régime des castes, si l’Orient arabe n’a pu échapper au despotisme, c’est que sa foi l’asservit. Vous ne trouverez la liberté moderne que chez les chrétiens, parce que le christianisme seul a séparé la religion de la politique, et distingué le fidèle du citoyen.
Sur quoi portait la lutte, et comment se fait-il qu’à
ET LA LlBEllTÉ MODERNE.
uue époque de scepticisme universel, les Romains, trèstolérants d’ailleurs pour toutes les superstitions, aient déclaré au christianisme une guerre à mort? Le discours de Mécène à Auguste, tel que le rapporte Dion Cassius ', montre que dès le premier jour, et même avant le christianisme, les empereurs avaient senti qu’il leur fallait dominer l’âme humaine tout entière; la sécurité du despotisme est à ce prix.
« Honore les dieux partout et toujours, suivant les rites de la patrie, et force les autres à t’imiter. Déteste les novateurs et punis-les, non-seulement à cause des dieux, mais parce que l’introduction de nouveaux dieux amène à sa suite des coutumes étrangères. De là des associations, des confréries, des conciliabules, toutes choses qui ne conviennent pas à la monarchie. Ne souffre donc ni athées, ni devins qui par leurs mensonges poussent aux nouveautés. Et méfie-toi des philosophes, car ils en font autant. »
Que Mécène eût peur des philosophes, cela n’a rien de singulier; ils représentaient la liberté d’opinions; ils étaient la presse de ce temps-là. Un préfet de la ville, un homme qui voulait l’ordre à tout prix, ne pouvait avoir aucun goût pour cette agitation de la pensée qui précède toutes les autres. Il lui fallait le silence et le repos de la mort. Mais ce qui est plus étrange, c’est qu’en fait de religion, Cicéron parle comme Mécène, Trajan parle comme Cicéron. Il ne leur vient pas à l’esprit que chacun ait le droit d’adorer Dieu à sa façon. Qu’on croie