De la Démocratie, t. II, p
ALEXIS DE TOCQDSVILLE.
galité qu’elle aime dans le temple, et avec la liberté qu’elle maudit un peu partout, tandis qu’en imitant l’exemple de l’Amérique, il lui serait facile de s’en faire un appui.
Affranchir complètement la presse était encore une des idées favorites que M. de Tocqueville avait rapportées des États-Unis. 11 ne se faisait pas illusion sur les vices de la presse; en Amérique, les journaux, sauf quelques exceptions, ont plus de violence que les nôtres et moins de respect d’eux-mêmes ; mais, avec tous ces défauts, la presse, aux yeux de M. de Tocqueville, n’en était pas moins l’instrument nécessaire et constitutif de' la liberté, la garantie des minorités, la sauvegarde des individus'. Au lieu donc de réduire les journaux pour en faire les organes puissants d’un parti , il voulait les multiplier indéfiniment pour que la voix de chaque citoyen trouvât un écho. Il y a vingt-cinq ans qu’avec une sagacité admirable il écrivait les lignes suivantes, dont trop peu de gens, même aujourd’hui, sentent la vérité;
M Aux États-Unis, il n’y a pas de patente pour les imprimeurs ni de timbre pour les journaux, enfin la règle des cautionnements est inconnue. La création des journaux est une entreprise simple et facile ; peu d’abonnés suffisent pour que le journal couvre ses frais; aussi le nombre des écrits périodiques aux États-Unis dépasse-t-il toute croyance. Les Américains les plus éclairés attribuent à cette incroyable dissémination des forces de la presse son peu de puissance : c’est un axiome de la science politique aux États-Unis que le seul moyen de neutraliser les effets des journaux est d’en multiplier le nombre. Je ne saurais me figurer qu’une