‹ L'État et ses limitesChapitre 47 sur 59 · V Amérique devant l'Europe, p · texte numérisé non relu

V Amérique devant l'Europe, p

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claves fugitifs, dénonciation de l’arrêt Dred Scott, qui transforme les États libres en États à esclaves. »

En face de ce programme, quel était celui de M. Breckinridge , le candidat du Sud? «L’esclavage sera national et non plus sectionnel; en d’autres termes, il sera reconnu par la Constitution ; il s’étendra dans les nouveaux territoires, suivant le vœu des populations, autant que s’étendra l’Union. Aucun État ne pourra empêcher le transit des esclaves ; la loi des esclaves fugitifs sera renforcée. »

Peut-on nier ces faits? Non, à moins d’effacer l’histoire de trente ans. L’esclavage, partout et toujours, et à la suite de l’esclavage la menace de la séparation : voilà depuis M. Calhoun le fantôme qui obsède les États- Unis. Clay et Webster ont usé leur génie et leur vie à chercher des compromis impossibles ; Channing et Parker ont annoncé que ce cancer rongerait et tuerait l’Union; les hommes les plus distingués de la génération vivante, Everett, Bancroft, Sumner, ont répété les terribles prophéties de Channing; la candidature de Frémont, comme celle de Lincoln, n’a eu qu’un sens : limitef et concentrer la servitude. Tout l’effort de l’opinion, dans le Sud comme dans le Nord , n’a pas eu d’autre objet que de préparer le triomphe de la politique de liberté ou de la politique d’esclavage. On a mis trente ans à charger cette mine qui vient d’éclater, et qui en éclatant emporte la république; et le lendemain du désastre il se trouve eu Europe des publicistes pour nous annoncer en style d’oracle que nous sommes dupes des apparences et qu’on s’égorge pour un tarif! Én vérité.

c’est trop compter surja force de son imagination et sur la bonhomie du publie.

Ënfîn le Sud jetté le masque et menace de se séparer, à moins que, sur l’heure, on ne cède à ses exigences; si le tarif en est la cause, c’est le moment de protester contre l’avidité du Nord; point du tout; il n’est question que de l’esclavage. Dans le premier enivrement, on ne songe pas à l’Europe, on parle à cœur ouvert.

Il y a, à Washington, un président qui s’est livré corps et âme aux planteurs ; avant de quitter le pouvoir, il adresse un dernier appel à la nation ; il supplie le Nord de tout accorder pour éviter la ruine de l’Union. Dans cette dernière prière, dans cette adjuration solennelle, M. Buchanan va sans doute reprocher au Nord son âpreté, lui demander de réformer un tarif oppresseur ; il ne parlera point de l’esclavage, puisque l’esclavage, si l’on en croit les habiles, n’est pour rien dans la séparation. Écoutons ses paroles :

« Pendant toute l’année (1860) le pays a été éminemment prospère en tout ce qui touche à ses intérêts matériels... L’abondance a régné d’un bout du territoire à l’autre. Notre commerce et nos manufactures , poussés avec une industrieuse énergie, ont donné de grands bénéfices; aucune nation n’a jamais présenté le spectacle d’une prospérité matérielle plus grande que celle dont nous avons joui jusqu’à ces derniers temps.

« Pourquoi donc règne-t-il aujourd’hui un mécontentement si universel? Pourquoi TUnion des États, qui est la source de ces bénédictions, est-elle menacée de destruction? V immixtion prolongée et sans ménage-

ment du peuple du Nord dam la question de Vescla-

vage a produit à la fin ses coméguences naturelles

J’ai depuis longtemps prévu et souvent signalé à mes concitoyens le danger qui est maintenant imminent. Ce danger ne provient pas seulement de la prétention du Congrès à exclure des territoires l’esclavage ; il ne provient pas seulement des efforts de différents États pour entraver l’exécution de la loi des esclaves fugitifs... Le danger immédiat naît surtout du fait, que la violente et incessante agitation de la question de l’esclavage dans tout le Nord, pendant le dernier quart de siècle, a enfin exercé son influence maligne sur les esclaves, et leur a impiré de vagues notions de liberté. Au Sud, la sécurité ne règne plus autour du foyer domestique... Si [appréhension augmente, la désunion deviendra né~ cessaire, etc.

« Tenons-nous pour avertis à temps, et faisons disparaître la cause du danger... Combien il serait aisé au peuple américain de régler une fois pour toutes la question dè l’esclavage, et de rendre la paix et la concorde à ce pays aujourd’hui en proie aux dissensions ! »

Que faut-il donc faire pour éviter une révolution menaçante? Suivant M. Buchanan il suffit d’insérer un amendement dans la Constitution qui : 1® reconnaisse expressément le droit de propriété sur les esclaves; 2® réserve aux populations des territoires le droit d’établir ou de rejeter l’esclavage; 3® sanctionne la poursuite des fugitifs dans les États libres, et déclare que toute loi municipale portant atteinte à ce droit est une viola- • tion de la Constitution. En d’autres termes, consacrer

à tout jamais la servitude, en faire la pierre angulaire de la Constitution, c’est le seul moyen de sauver l’ünion.

Voilà le testament politique du dernier président de rUnion. De quoi parle cette pièce décisive, sinon de l’esclavage, et seulement de l’esclavage? En vérité, quand en Europe certains journaux vous jettent à la tête des arguments comme le tarif, on est tenté de dire, avec un personnage de comédie : « De qui se moquet-on ici? »

La révolution éclate. Le Sud déclare qu’il gardera la Constitution fédérale, et certes c’est ce qu’il pouvait faire de mieux; il n’y change que deux articles, mais ces deux articles en disent long sur la cause de la rébellion. On déclare que les États souverains auront toujours le droit de se retirer de la nouvelle Confédération, preuve certaine qu’on n’a pas trouvé ce droit dans l’œuvre de Washington ; on ajoute, comme le proposait - M. Buchanan, que l’esclavage sera reconnu et protégé dans tous les États et territoires ; ce ne sera plus une institution particulière, sectionnelle, ce sera la loi commune du nouvel empire. Voilà comment l’esclavage n’est pour rien dans la révolution.

Reste-t-il quelques doutes dans l’esprit du lecteur? Croit- il encore à la fable du tarif? Écoutons M. Stephens, aujourd’hui vice-président de la Confédération du Sud, et le plus éloquent de ses orateurs ;

« Notre Constitution nouvelle vient enfin de résou- « dre toutes les questions émouvantes qui se rapporte taient à nos institutims particulières. L’esclavage a

(( été la cause immédiate de la deTuière rupture et de la « révoluticm actuelle. Jefferson avait bien prévu que « sur cet écueil se briserait un jour la vieille Union. Il « avait raison... L’idée dominante adipse par lui et « par la plupart des hommes d’État de son temps a été « que l’esclavage de la race africaine était une viola- « tion des droits de la nature... Mais ces étaient « fondamentalement fausses; elles reposaient sur l’éa galité des races. L’était une erreur; les fondements a de l’édifice reposaient sur le sable. Notre nouveau, cc gouyerpement est basé sur des idées toutes con- <i trairas. Ses fondations sont placées, sa pierre 4’dP- « gle repose sur cette grande vérité, que le nègre n’est « pas l’égal du blanc, que l’esclavage, la subordination tt à la race supérieure est sa condi4ou paturelle et pior % raie. Notre gouvernement est le premier dans l’iûs- « toire du monde qui repose sqr cette grande vérité « physique, philosophique et morale... Le nègre, en « vertu de sa nature, et par suite de la malédiction de « Cham, est fait pour la position qu’il occupe dans, « notre système. Cette pierre que ceux qui bâtissaient « ont rejetée est devenue la pierre angulaire de no* « tre nouvel édifice »

Je crois qu’il n’est pas besoin d'être un chrétien fervent pour se sentir révolté par cet abus sacrilège d’une > des plus grandes paroles de la Bible ; mais l’esclavage est un poison qui ^vre le maître; il a corrompu jusqu’à la religion. Les Églises du Sud parlent comme

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