‹ L'État et ses limitesChapitre 48 sur 59 · L'Amirique devant l'Europe, p · texte numérisé non relu

L'Amirique devant l'Europe, p

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LES ÉTATS-UNIS ET LA FilANGE. 339

M. Stephens. A toutes les pages de Î^Évângîie elles lisent la justification dè là servitude. Ce h’est plus té divin Crucifié qu’elles adorent, c’est l’esclavagé.

■Voici, par exemple, comment l’un des grands docteurs en théologie du Sud, le révérend Calmer, prêche l’Évangile dans son église de la Nouvelle-Orléans :

« Faut-il que je m’arrête à vous prouver que l’escla- « vàge est la base de nos intérêts matériels, que notre « richesse consiste dans des terres et dans ceux qUi « les cultivent, et que par ta nature de nos produits il « nous faut un travail qui puisse être contrôlé?... Ceci « établit la soléniiité du mandat que nous avons reçu <f et qui consiste à perpétuer et à étendre notre système « de servitude, en lui donnant le droit d’aller et de « prendrè racine partout où la nature et là Providence « peuvent le transporter. Nous nous acquitterons de « ce droit en face des dangers les plus terribles. Quand « la guerre serait la réunion de tous les maux, s’il faut « en appeler à l’épée, nous ne reculerons pas devant le « baptême de feu, et nous ne laisserons tomber cette a épée que lorsque notre dernier soldat aura succombé « derrière le dernier rempart. La position du Sud en « ce moment est sublime. S’il reçoit de Dieu la grâce « de connaître son œuvre, il se sauvera lui-même en « sauvant l’Amérique et le monde. S’il se lève mainte - « nant dans sa majesté, il éloignera pour toujours la « malédiction qui le menace. S’il succombe, il lais- « sera cette malédiction en héritage à la postérité'. »

1, Les États-Unis en 1861, p, 308.

Est-ce là une déclamation isolée, la folie ou la haine d’un théologien? Non, c’est la voix des Églises du Sud. Elles ont canonisé l’esclavage'. Preshytériens, baptistes, méthodistes, épiscopaux du Sud ont rompu avec leurs frères du Nord. Il y a maintenant aux États-Unis un christianisme libre et un christianisme servile. D’où vient cette rupture? D’une question de tarif ou de suprématie? Non. L’Église n’épouse point les querelles du siècle. La lettre des synodes presbytériens du Sud, adressée à toutes les Eglises qui sont sur la terre ^ nous dira l’origine et la cause de ce schisme, sorti d’un dogme nouveau : la sainteté de l’esclavage.

« L’antagonisme entre le Sud et le Nord au sujet de « l’esclavage est à la racine de toutes les difficultés qui « ont amené la rupture de TUnion fédérale et les hortc reurs d’une guerre contre nature. Il est certain que « le Nord nourrit une profonde antipathie pour l’escla- « vage, tandis que le Sud est animé d’un zèle égal en faveur de cette institution. Les événements confirtf meront et fortifieront nécessairement d’un côté cette « antipathie, de l’autre ce zèle pour l’esclavage »

Les synodes en concluent qu’il faut se séparer d’une secte ennemie; c’est leur droit. Mais qu’ils ne se fassent

1. Dans mes Études morales et politiques, J’ai fait l'histoire de l’es-

clavago aux Ëlats-Unis; on y trouvera les preuves de la dépravation d’idées qui a amené la révolution présente. Depuis vingt ans, les législateurs et les pasteurs du Sud parlent comme M. Stepliens, et proclament la grandeur et la sainteté de l’esclavage. Voir aussi dans l’ouvrage de H. Fisch, let États-Unis en 1861, le chap. ix, intitulé ; l'Esclavaae aux États-Unis, '

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