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VEUT LE ROI, SI VEUT LA LOI

La guerre contre la féodalité dura plus de trois siècles. Le peuple opprimé y soutint vaillamment ceux qui pre-r naient sa cause en main; mais tandis qu’en Angleterre les barons, pour défendre leurs privilèges, y associaient le pays et tiraient des coutumes nationales tout ce qu’elles pouvaient contenir de libertés, les rois de France se contentèrent d’accorder au peuple qui les avait appuyés ces garanties civiles que tout pouvoir absolu peut donner sans s’affaiblir. Philippe le Bel et ses successeurs abattirent les barons et réduisirent à l’obéissance ces tyrans subalternes, mais ce fut pour employer à leur seul profit toutes les forces de la France. L’égalité y gagna, mais non la liberté.

Ce serait une trop longue histoire que de suivre cette lutte perpétuelle de la royauté contre le vieil esprit d’indépendance. L’habileté, la force, la ruse, les armes, les lois, les jugements, rien ne fut épargné pour reconquérir la souveraineté, pour reconstruire pierre à pierre l’édifice impérial. Soumettre au roi les châteaux, les villes, les campagnes, contraindre les têtes les plus Aères à plier sous le joug commun, préparer l’unité législative, agrandir l’administration, centraliser le gouvernement, ce fut le travail constant de nos rois et de leurs conseillers. Les princes changent, non pas la tra-

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(lition; Charles Y et Louis XI, François I" et Henri lY, Richelieu et Louis XIY poursuivent une même pensée : établir l’unité par le despotisme de l’État. L’idée était grande, le moyen excessif; on peut se demander où il menait la France. Admirer en bloc l’œuvre de nos rois, comme l’a fait longtemps l’école libérale, c’est pousser trop loin l’amour de l’uniformité. Nous avons payé assez cher les fautes du pouvoir absolu pour qu’il nous soit permis de critiquer cette politique à outrance, qui, après avoir tout nivelé, n’a pas même pu maintenir la monarchie.

Ce n’est pas qu’on puisse regretter la chute de la noblesse féodale ; les barons ne défendirent que leurs privilèges, et ne firent rien pour les libertés nationales. Leur égoïsme les perdit. La noblesse française a de brillants souvenirs ; elle était brave et chevaleresque, mais elle n’eut jamais d’esprit politique , et courut à Versailles pour y solliciter, comme un honneur, la domesticité royale. Ce n’est pas ainsi que dure une aristocratie.

Quant au clergé, il semble qu’il aurait pu jouer un autre rôle, et mieux résister aux empiétements de la royauté. Au quinzième siècle, parmi les misères du schisme, l’Église gallicane est toute vivante ; dans les conciles de Bâle et de Constance, l’Europe n’écoute que des prélats et des docteurs français ; l’université de Paris est l’honneur et le rempart de la chrétienté. Un siècle plus tard, tout est éteint. Le concordat a scellé la servitude de l’Église ; elle est retombée au point où l’avait mise Constantin. Le prince la protège et l’enrichit ; au

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besoin même, il la défend contre l’hérésie, mais en même temps il en nomme les chefs, et se sert de l’épiscopat comme d’un moyen de gouvernement. On sait quel est le résultat de ces alliances inégales ; la force d’une Église est une force d’opinion qui ne vaut que ^ par la liberté ; se mettre dans la main de l’État, c’est abdiquer.

Le règne de Louis XIV est l’apogée de la monarchie.

Si l’on veut chercher dans l’histoire un gouvernement qui ressemble à celui de Trajan ou d’Adrien, c’est là qu’il faut s’arrêter. L’unité est faite, les dernières résistances se sont évanouies avec la Fronde ; ce qui restait de libertés féodales ou municipales a été détruit ; le parlement est muet ; on a exterminé le schisme et l’hérésie ; c’est le prince qui protège la religion, les sciences et les lettres; en d’autres termes, la conscience et la pensée lui appartiennent, comme la vie et les biens de ses sujets. L’œuvre est accomplie, l’État n’a plus de limites ; c’est le système romain dans ses beaux jours. Voilà ce qu’ont admiré nos pères, et au premier rang Voltaire, qui n’aurait pas conduit l’opinion s’il n’avait eu les défauts autant que les qualités de l’esprit français. Quand il donne au siècle le nom du grand roi, c’est à peine s’il aperçoit quelques ombres sur ce soleil si brillant à son aurore, si triste à son déclin. Voltaire ne sent pas qu’Auguste, Louis XIV, et tous ces princes qui élèvent leur grandeur sur la ruine de la liberté, ne laissent après eux que des générations sans énergie. Ce sont des prodigues qui dissipent les économies de leurs pères, et ne lèguent que la misère à leurs héritiers.

l.a grandeur du roi cachait les "vices du régime ; Bossuet, ce beau génie, écrivait, en toute sincérité, la Politique tirée de l’Écriture sainte, véritable apologie du despotisme. Ce n’est pas qu’au milieu de ces centons sacrés on ne trouve de sages conseils offerts aux souverains, mais ce sont des conseils, rien de plus. Pour Bossuet, qui confond l’anarchie et la liberté, les sujets n’ont aucun droit, non pas même la propriété, qui ne soit une concession de l’autorité ; par conséquent, ils Ile peuvent prétendre à aucune garantie. On ne partage pas avec le prince. Les rois sont choses sacrées ; c’est à Dieu seul qu’il appartient de les punir, s’ils abusent du troupeau raisonnable que le Ciel leur a confié. La piété, la crainte de Dieu, voilà le seul contre-poids de la* puissance absolue ; la désobéissance du sujet est un crime de lèse-majesté divine et humaine. La théorie de l’évêque de Meaux, c’est la servitude sanctifiée. Quand on part de pareils principes, on en arrive forcément à trouver l’esclavage un état juste et raisonnable ; Bossuet est descendu jusque-là f

Il en est tout autrement de Fénelon. Dans ses plans de gouvernement, que M. de Larcy vient de remettre dans leur véritable jour on trouve des réformes chimériques ; Fénelon ne peut dépouiller le personnage de Mentor ; mais il a des vues politiques, le sentiment que la monarchie absolue ne peut durer. Fénelon, qui n’a pas oubhé les vieilles franchises de la nation, n’attaque pas le droit du prince ; mais, pour lui, ce droit

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