‹ L'État et ses limitesChapitre 52 sur 59 · NEUTRALITÉ · texte numérisé non relu

NEUTRALITÉ

On sent combien la position du Sud est fausse, aussi est-ce sur le terrain des intérêts qu’on porte la question. C’est là qu’on espère se débarrasser de ces politiques méticuleux qui, en invoquant la justice, ne savent, dit-on, que faire de belles phrases et n’entendent rien aux affaires. Nous connaissons ce vieux sophisme; jamais, au contraire, il n’a été plus visible qu’en ce point l’intérêt et le devoir du pays sont d’accord.

La France a un double intérêt engagé en Amérique : un intérêt commercial, un intérêt politique, tous deux également respectables, quoique en ce moment des souffrances cruelles nous fassent oublier le second pour ne voir que le premier.

La- disette du coton réduit à la misère des popula- ’lations d’ouvriers. D’où vient cette disette? Est-ce la faute du Nord? Non; le Nord, malgré la guerre, ne refuse point d’acheter du coton aux insurgés et de le vendre à l’Europe. Il a, au contraire, le grand désir de ne point compliquer une position déjà difficile; mais le Sud a senti dès le premier jour qu’il ne pouvait l’emporter qu’avec l’appui de l’Europe; il a calculé que ce secours qu’on lui marchanderait peut-être , il l’emporterait en nous affamant. Réduire l’Europe à intervenir malgré elle, c’est l’espoir et la politique des confédérés. « Pour nous défendre, impriment-ils dans leurs jour-

naux, ne comptons ni sur nos armes, ni sur nos arsenaux, ni sur nos forteresses, ne comptons que sur notre coton. Nous pouvons donner la vie ou la mort à des peuples entiers. Retenons notre coton, ils mourront de faim; remetlons-le sur le marché, ils reprendront vie*. » C’est devant cette impérieuse sommation qu’on nous propose d’abaisser notre drapeau.

Quel est le moyen d’avoir du coton, si le Sud persiste dans çet égoïsme qui nous coûte si cher? U n’y en a qu’un , c’est la fin de la guerre. Cette fin peut arriver naturellement, elle peut être décidée par l’intervention de l’Europe. De ces deux moyens le second est le plus dangereux et le moins sûr.

Si on laisse les Américains à eux-mêmes, il est visible que la guerre ne peut durer longtemps. Il y a sur pied un million d’hommes que déciment la fatigqe' et le clirq^t. Le Sud en est réduit à appeler sous les armes les hommes de trente-cinq à quarante-cinq ans; sa jeunesse est épuisée. Le papier des confédérés perd 50 pour iOO, l’argent disparaît du Nord, où l’armée coûte cinq millions par jour. Des deux côtés l énormité des pertes et des dépenses amènera bientôt cette lassitude et cette impuissance qui réduisent les plus acharnés à accepter la paix. Pim nous éviterons d’hiter venir, moins la lutte durera, est le mot de la situation. 11 a été prononcé non point par des politiques qui ne ressentent que de loin la misère générale, mais par des fabricants anglais qui connaissent l’Amprique et que leurs souf-

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