‹ L'État et ses limitesChapitre 55 sur 59 · Voir la note B · texte numérisé non relu

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2. « Nous reconnaissons et nous mainlicmlrons les droits de neu- « tralité établis en ItSO par Catherine II, lorsque, se mettant à la * fêta des naflotis, elle lê* a proclamés te dfoit det gens. » {DMaration de guerre du Congrès, 18 juin 1812.)

Depuis quatre-vingts ans, la politique américaine, inspirée par Washington, a été de he Jamais se mPlor dès affalfès d'Eurèpe, et de défendre toujours le drott des neutres. C'èst à cette politique que nous devons la paix et la liberté des mers. Une grande puissance, étrangère à nos querelles, et n'ayant d’autre intérêt que son commerce, toujours neutre, paè conséquèht, et toujours Intéressée à la défense desnculres^ c’est une admirable garantie qu’il faudrait inventer, si elle n’existait pas. On nous propose de la détruire, et on se croit an homme d’État.

nous sert ; la mine des États-Unis, c’est la diminution de la France. Aveugle, qui ne le voit pas !

Qu’est-ce, en effet, que le démembrement de l’Amérique, sinon l’affaiblissement et la destruction de la marine des États-Unis au profit de la marine anglaise? L’Angleterre n’a pas l’habitude de se battre pour une idée; le moins qu’elle puisse obtenir du Sud, quand nous l’aurons affranchi, ce sont des droits de navigation difiérentiels qui écartent le pavillon du Nord au profit du pavillon européen. Le Sud, d’ailleurs, ne vit que de capitaux d’emprunt ; il a commencé la guerre en faisant banqueroute de douze cents millions aux prêteurs de Boston et de New-York ; il lui faut des spéculateurs qui lui achètent son coton avant môme qu’il soit planté. Qui remplacera le Nord dans ces avances nécessaires? qui en retour obtiendra la consignation et le transport du coton? qui s’enrichira de ce grand monopole? qui fortifiera sa marine marchande et par contre-coup sa marine militaire de tout ce que perdra le Nord? Est-ce la France? est-ce l’Angleterre?

Protectrice naturelle du Sud, qui aura toujours besoin d’un appui étranger contre des voisins que la liberté multiplie et qui n’oublieront point le passé, maîtresse de l’embouchure du Mississipi et de celle du Saint-Laurent, l’Angleterre commandera à la Nouvelle- Orléans comme à Québec. Elle reprendra pied sur le continent; c’est nous qui la rétablirons sur celte terre d’où nos pères l’ont chassée.

Est-ce là une vaine jalousie? Certes, je ne suis p«fâ de ceux qui crient après la perfide Albion : j’aime et j’en-

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vie les institutions anglaises, j’estime profondément l’énergie et les vertus du peuple anglais ; mais je sais qu’entre nations l’équilibre des forces est la meilleure garantie de la paix. Je n’ai oublié ni nos malheurs passés, ni la sage conduite de nos pères, et je demande qu’on ne détruise pas en une heure d’impatience l’œuvre de Louis XVI et de Napoléon. Il y a pour chaque pays une politique de situation qui ne dépend pas des hommes et qui survit aux dynasties : c’est cette politique que je défends.

L’Angleterre a pour maxime que sa marine doit toujours être deux fois plus forte que la nôtre, ce qui équivaut à dire que les Anglais veulent toujours être en état de tenir tête à l’Europe conjurée. Otez l’Amérique, qui tient l’Angleterre en échec et qui la force à respecter le droit des neutres, soyons sûrs qu’à la première guerre continentale on verra reparaître l’ambition des anciens jours et une prépotence dont nous serons les premiers à souffrir. Le démembrement de l’Amérique, c’est l’empire des mers rendu à nos rivaux; l’unité de l’Amérique, c’est la liberté des océans et la paix du monde. Voilà ce qu’il ne faut pas se lasser de redire à des hommes qui, pour appliquer un remède plus que douteux à des souffrances passagères, voudraient nous condamner à recommencer les terribles épreuves du passé. Si les États-Unis, avec leurs trente et un millions d’hommes, eussentexislé en 1810, croit-on que le blocus continental eût été possible? Si demain ils sont écrasés, croit-on que ce blocus ne puisse renaître, si jamais, ce qu’à Dieu ne plaise, nous éprouvions un désastre sur l’Océan?

Quels que soient les événements, il y a en ce moment un devoir à remplir pour les amis de la liberté et peur les amis de la grandeur française. 11 faut parler, il faut éclairer le pays ; il faut lui montrer l’abîme où le poussent ces doucereux politiques qui, par amour de la paix, nous forceraient à la guerre, et au nom de l’indépendance nous enrôleraient sous le drapeau de la servitude. Chrétiens, qui croyez à l’Évangile et aux droits d’une àme immortelle, meme quand une peau noire l’enveloppe; patriotes, dont le cœur bat pour la démocratie et la liberté ; hommes d’État, qui ne voulez point le retour de cette politique coloniale qui, pendant deux siècles, a ensanglanté les mers; Français, qui n’avez oublié ni Lafayette ni les glorieux souvenirs que nous avons laissés dans le nouveau monde, c’est votre cause qui se décide aux États-Unis. Cette cause, des hommes énergiques la défendent depuis un an avec autant de courage que de talent ; notre devoir est de nous ranger autour d’eux, et de tenir d’une main ferme ce vieux drapeau français sur lequel est écrit : Liber lé l

Août 1862.

LES £tâTS-ONIS et la FRANCE.

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