I. Prononcez Etvesch
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l’ÉTAT ET SES LIMITES. 69
se rappelle le martyre du noble Bathyani, l’ami de M. Eœtvœs, on est obligé de se dire qu’avec le gouvernement autrichien ni la modération ni le patriotisme ne peuvent garantir à un honnête homme qu’il ne mourra point par la main du bourreau.
Quoi qu’il en soit de cette prédiction, M. Eœtvœs a écrit un livre considérable qui, sous une forme un peu savante pour nous autres Français, contient des vues très-justes sur les trois , grandes questions qui agitent les peuples modernes, la nationalité, l’égalité, la liberté. Le problème de la liberté, auquel l’auteur donne le premier rang en y ramenant tous les autres, est envisagé d’une façon plus large que dans l’écrit de M. Mill. Placé sur un théâtre différent, M. Eœtvœs a mieux défini le rôle de l’État; la politique qu’il défend, sans être foncièrement différente de celle de M. Mill, est plus tempérée et va mieux au continent.
L’histoire en main, M. Eœtvœs démontre qu’aujourd’hui l’existence des grands empires est chose nécessaire ; c’est la garantie de la nationalité et de l’indépendance ; mais il n’y a pas de grands empires, sans que l’État n’ait une grande puissance. Les idées du moyen âge, les idées municipales et fédérales ont fait leur temps; le problème n’est plus de briser la force centrale par des privilèges locaux; le problème, c’est de favoriser le développement de l’individu, sans affaiblir la légitime autorité de l’État.
Sur ce problème, voici quelles sont les idées de l’auteur, idées aussi ingénieuses que neuves et bien déduites.
l’état et ses limites.
La fin de l’État, c’est la protection des intérêts mo- j ràux et matériels de tous les citoyens. Le maintien de l’État est donc la première garantie de la liberté ; sans lui point de sécurité.
Pour défendre au dehors l’indépendance nationale, pour protéger au dedans les droits de chacun, il faut à l’État une force considérable. Or, il n’y a de force (Jue là où on réunit les moyens et la volonté. Mais avec la multiplication et la complication des éléments dont se • compose la civilisation moderne, le temps des héros, qui voient et font tout par eux-mêmes, est passé; aujourd’hui il n’y a qu’une organisation, un système qui puisse donner l’unité de moyens et de volonté : c’est la centralisation. Pour que l’État remplisse la fonction que personne ne lui dispute, il faut donc qu’il repose sur une centralisation énergique.
Seulement cette centralisation a des limites, elle ne comprend pas tout. Quelles sont ces limites? Celles • même de l’action légitime de l’État. Le problème est identique. L’État n’est pas la société, ni l’individu; par conséquent il y a une vie sociale et individuelle qui n’est pas de son ressort ; mais partout où l’État doit agir, il faut qu’il ait le dernier mot. Son pouvoir doit être absolu, ou souS un autre nom, centralisé. Imperium nM unum sit, esse nulîum potest, disait déjà Scipion dans la République de Cicéron*.
C’est en ce point que les théories de Rousseau sont vraies. Dès que l’indépendance et la paix publique sont