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commençaient à se répandre en Europe et dont la plus considérable, au point de vue de renseignement, était Tordre de Saint-Benoît. Ces écoles avaient, presque toutes, le triple caractère de catéchismes, de séminaires et aussi de collèges, fort élémentaires assurément, mais capables cependant de conserver, en même temps que les traditions scolaires, le précieux dépôt de la littérature classique.
De plus en plus, dans cette période longue el troublée que fut le moyen âge, la distribution de renseignement allait devenir, tout spécialement en France, une des tâches les plus considérables et Tune des attributions essentielles deFÉglise. Nul ne songeait alors à la lui disputer, non sans doute par respect pour la liberté, mais par incapacité et plus encore par indifférence. L'Etat, à celte époque, c'est le roi franc, le roi mérovingien ou carlovingien, encore à demi-barbare, engagé dans des guerres continuelles, dans de non moins perpétuelles intrigues, bien trop ignorant, en général, pour apprécier l'utilité de la science et, par la même, forcément amené à emprunter le secours des clercs pour assurer Fadminislration toute rudimentaire de son royaume.
Un seul fait exception : c'est un homme de génie, c'est Charlemagne. Issu d'une race de batailleurs ignorants, fort ignorant lui-même jusque dans son âge mûr, l'empereur d'Occident est comme frappé, en Italie, d'une subite révélalion. Il comprend la grandeur, la beauté des études littéraires ; il se fait écolier sous la direction d'Alcuin et cherche à restaurer l'enseignement dans son empire, non seulement parles écoles qu'il fonde, mais encore par la protection dont il couvre celles de l'Eglise. Dans son palais même, il crée \ Ecole palatine, sorte d'école de hautes éludes, dont il est le premier élève et qui distribue un enseignement d'ordre supérieur aux fils de l'empereur, aux membres de la famille
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impénale. am grand» personnages de la coar et à ieors enÊinb, et même a de» prince^'^es de sang royal. II institue ensnîle YEccie de Pari» qo'îl confie a TEco^ïtsai:» CJément et dont le^ éihfe» encore ensuit», mais appartenant aox classes les plos dirertes de la société, sont préparés^ par Tétnde de ranliqoité clasi^iqne, a remplir les principales charges dépendant de la couronne.
Pour le reste do peuple, c'est TEglise qui est chargée de porirroir ao serrice de 1 instruction. Par un de ses capitulaires. Chariemagne décrète que « des écoles seront ouvertes pour les enfants sachant lire legeniiam paerf>ram et cju'ils y apprendront dans tous les monastères et évéchés les psaumes, les chants, le eomput et la grammaire. » Lempereur rend m^^me strictement obligatoire cet enseignement, d'ailleurs purement religieux : « Que les prêtres, disent encore les Capilulairen ( i ). enseignent toujours au peuple chrétien le 9ymbf>le, qui est le signe de la foi, et Toraison dominicale. Et nous voulons que ceux qui négligent d*apprendre ces choses, subisr^enl une pénitence appropriée, soit par le jeûne, soit par un autre châtiment. En outre, il est juste que les fidèles envoient leurs fils aux écoles ou aux monastères pour qu'ils y apprennent exactement la foi catholique et Toraisoii dominicale, et qu'ils puissent à leur tour, instruire les autres, » Évéques et moines organisaient, comme ils Tenlenda ient, leurs écoles, soit cathédrales, soit monastiques. Des laïques, d'ailleurs, pouvaient également en ou\Tir où ils voulaient, comme ils voulaient, sans aucune autorisation préalable ; mais ils restaient soumis à la censure des autorités ecclésiastiques qui pouvaient faire fermer l'école si elles en jugeaient renseignement contraire à la foi : c'est là une règle qui se maintiendra intacte, du moins en théorie, jusqu'à la Révolution.
Comme on le voit et comme cela, du reste, était naturel, le système d'éducation organisé par Chariemagne u a que des
(i) Lib. V, litre gô.
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rapports des plus lointains avec la liberté de renseignement. S'il laisse à chacun la faculté de tenir école sans aucune formalité préalable et s'il respecte en apparence l'indépendance du père de famille, il subordonne, en réalité, de la façon la plus absolue, l'enseignement à l'Eglise ; il vise principalement, pour ne pas dire uniquement, l'instruction religieuse, et il rend cette instruction forcée sous la menace de peines qui, pour être qualifiées de simples (( pénitences », n'en paraissent pas moins graves et sont surtout arbitraires. Une telle organisation ne répond assurément pas au principe de liberté, tel que nous le concevons aujourd'hui ; mais elle était, sans doute, en harmonie avec les idées dominantes au temps de Charlemagne.
Il est, dans tous les cas, certain qu'elle produisit d'assez heureux résultats. Pendant tout le règne de Charlemagne et même sous ceux de ses premiers successeurs, clers et moines travaillèrent avec un zèle incontestable à la diffusion de l'enseignement et multiplièrent, comme à l'envi les uns des autres, écoles capitulaires, écoles cathédrales, psalettes, écoles de campagne et écoles « triviales » pour les pauvres et les paysans.
Cependant les créations de Charlemagne ne survécurent que fort peu de temps au grand empereur. Ses faibles descendants laissèrent bientôt dépérir, puis disparaître l'Ecole palatine et l'Ecole de Paris qui avaient été fondées par ses soins. La dislocation de l'empire d'Occident, les discordes et les guerres prolongées qui le désolèrent, les invasions des Normands, la terreur de l'an mil, l'état de dissolution sociale et morale dont la France fut atteinte sous les derniers Carlovingiens ne permettaient guère de donner à l'instruction les soins qu'elle réclamait. Le pouvoir royal, si faible jusqu'au xiii" siècle, se désintéressait absolument de l'œuvre de l'éducation ; les seigneurs féodaux, embusqués derrière leurs créneaux, songeaient plus à rançonner les passants qu'à instruire leurs vassaux. Il n'en pouvait être de même du clergé, tant séculier que régulier. Obligé par état de posséder
quelque teinture des lettres et forcé par les nécessités de son recrutement d'encourager la propagation d'une instruction relative, il entretint, presque constamment, même aux temps des plus épaisses ténèbres, des écoles capitulaires ou conventuelles, qui furent, selon Tâge des élèves et la nature de l'enseignement, les berceaux des écoles primaires, des collèges ou des séminaires. Les canons des conciles lui en faisaient un devoir et l'histoire des origines de l'enseignement prouve que ces prescriptions furent, au moins en France, strictement suivies. Les enfants des villages, s'ils n'étaient pas assez heureux pour compter dans leur famille un ascendant ou un parent capable de leur apprendre leurs lettres, avaient, le plus souvent, la ressource d'être instruits par le curé, qui leur enseignait la lecture, en même temps que le catéchisme ; mais la plupart, il faut le dire, n'en profitaient pas : le travail des champs les réclamait dès leurs plus jeunes années. Quelques-uns, cependant, de plus faible complexion ou de plus grande espérance, étaient, presque dès le berceau, destinés à la prêtrise : après avoir appris à lire et à écrire par les soins du curé, ils entraient à l'école capitulaire, généralement annexée à l'église cathédrale, espèce de petit séminaire, où ils acquéraient, le plus souvent sous la dii*ection du chantre, les connaissances élémentaires nécessaires à leur état: la lecture, l'écriture, la grammaire, le comput ecclésiastique, enfin le chant d'église, auquel on attachait alors tant d'importance. L'étude sommaire de la grammaire latine et quelques notions de logique complétaient souvent -ce programme.
Tantôt, comme à Paris, ces écoles cathédrales avaient le caractère d'internat et poussaient assez loin l'étude du latin ; tantôt, au contraire, comme dans beaucoup de villes de province, elles ne recevaient que des externes et n'allaient pas dans leur enseignement au delà des premières règles du rudiment ; mais toutes étaient fondées par le clergé, dirigées par le clergé et principalement consacrées à l'éducation des enfants que l'on destinait à l'Eglise.
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Cet easeignement rudimentaire, qui se terminait vers neuf ou dix ans, suffisait à la plupart des enfants : ceux qui voulaient aller plus loin devenaient alors élèves de certaines écoles capitulaires ou monastiques particulièrement renommées ou, un peu plus tard, (( escholiers » des Universités.
Il n'y avait pas, en effet, à proprement parler, d'instruction secondaire. De même que les écoles rurales avaient un caractère mixte et joignaient au programme de l'instruction primaire quelques parties de celui des collèges, de même les grandes écoles ecclésiastiques tenaient le milieu entre le collège et la faculté, ou plutôt réunissaient l'un et l'autre dans leur enceinte. Cette confusiou^ ou pour mieux dire cette juxtaposition qui nous surprend, mais qui s'explique, commença bien avant la constitution de l'Université de Paris (i), dans les écoles capitulaires et conventuelles où s'étaient réfugiés, pendant les temps féodaux, les derniers savants et les derniers lettrés. Quelques-unes d'entre elles jetèrent un véritable éclat : on peut citer parmi les plus célèbres celle du monastère du Bec en Normandie, celle du couvent de Laon en Picardie, enfin les écoles cathédrales de Tours et d'Angers qu'illustra l'enseignement philosophique et théologique de Lanfranc, de Saint- Anselme et de Bérenger. Plus encore que tous les autres établissements scolaires du moyen âge, elles paraissent avoir eu pour but exclusif l'in-
(i) Elle se continua, d'ailleurs, dans les Universités :
« A. cette époque, l'enseignement tout entier se donnait dans les Universités ; il n'y avait pas alors, comme aujourd'hui, de distinction entre l'enseig^nement secondaire et l'enseignement supérieur. L'Université recevait l'enfant à dix et même à neuf ans, au sortir des pédagogies, et elle le rendait, à dix-sept ou à dix-liuit, maître es arts, ou bien à vingt et un ou vingt-deux, gradué en théologie, en droit ou en médecine. Les quatre Facultés n'étaient pas sur le même plan; la théologie, le droit et la médecine s'appelaient les Facultés supérieures; la Faculté des arts, celle où se donnait l'enseignement littéraire, et, sauf la botanique et la chimie, réservées à la Faculté de médecine, tout l'enseignement scientifique, était la Faculté inférieure et préparatoire, le vestibule des Facultés supérieures. » (Liard, Histoire de l'enseignement supérieur en France, 1 789-1889. Paris, Colin, 1888, t. I^r, p. 48.)
struction d'etifants pauvres, mais intelligents, qu'elles recueillaient quelquefois, qu'elles élevaient toujours gratuitement, et qui étaient voués à Fétat ecclésiastique. C'est dans leur sein que commença le règne de la philosophie aristotélique ^ ou ce qu'on pourrait appeler plus exactement l'invasion de la dialectique. Elles avaient reçu de Gharlemagne, c'est-à-dire d'Alcuinj qui l'avait lui-même initiée de Platon, la classification des sciences en sept arts, dits libéraux : la grammaire, la rhétorique, la dialectique, la musique, l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie ; elles s'étaient longtemps aussi conformées à la division du cours d'études en trivium et quadrivium i celui-là comprenait les trois premières sciences formant la base de l'enseignement, l'autre se composait des quatre sciences mathématiques, qui servaient, en quelque sorte, de complément à la dialectique et de couronnement aux travaux scolaires. Mais ce programme ne survécut guère au mouvement de réveil qui suivit le millénium. Dès la fin du xi** siècle, la géométrie et l'astronomie étaient tombées en oubli ; l'arithmétique se trouvait reléguée parmi les études de la première enfance, et la musique devenait le domaine exclusif de la maîtrise cléricale. L'antique trivium subsistait seul, et, de ses trois branches, l'une, la dialectique, commençait déjà à absorber les deux autres. L'islamisme» alors florissant, était à nos portes, et l'influence de la civilisation arabe, sensible malgré les haines de race et de religion, favorisait le développement de notre goût naturel pour les discussions spéculatives.
Au fond des palais épiscopaux, sous les cloîtres des abbayes, dans les bibliothèques ecclésiastiques où se cachaient les rares esprits qui s'occupaient encore de travaux intellectuels, un livre nouveau ou plutôt oublié, mais remis en lumière par les Arabes, la Logique d'Aristote, commençait à être étudié avec ardeur. On lisait non le texte grec du philosophe péripatéticien, mais les traductions et les commentaires de Boëce ; on s'en disputait les précieux manuscrits ; on s'efibrçait d'en pénétrer le sens souvent douteux ou caché ; on
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essayait timidement d'en appliquer la méthode à l'étude des sciences ; on tentait même, non sans crainte, d'en faire usage pour l'enseignement de la théologie. Ce travail préparatoire, celte sorte de défrichement aristotélique était, du reste, à peine achevé lorsque fut créée la corporation célèbre qui devait pousser le plus loin le culte d'Aristote : l'Université de Paris»
Avant d'en esquisser l'histoire, il n'est peut-être pas inutile de s'arrêter un instant et de jeter un regard en arrière pour caractériser l'ensemble de la période que l'on vient de parcourir.
Depuis le règnedeCharlemagne jusqu'au commencement du XIII* siècle, l'Eglise, — on l'a vu, — s'est trouvée, en fait sinon en droit, investie du privilège de l'enseignement, non seulement religieux mais encore classique, à tous les degrés de l'instruction ; et, si les prescriptions fréquemment renouvelées de ses conciles attestent sa sollicitude pour cette partie de sa mission, les doléances non moins fréquentes de ses assemblées ne rendent que trop évidente l'insuffisance des résultats obtenus.
Elle eut cependant l'incontestable mérite de servir de suprême asile aux lettres, de conserver le précieux foyer qui devait plus tard jeter de si vives clartés. Mais peut-on aller plus loin.î^ Peut-on prétendre qu'elle sauva la liberté de l'enseignement avec l'enseignement lui-même, et que le régime constitué par elle fut un régime libéral? Les uns l'ont affirmé, les autres l'ont nié, et tous peut-être ont eu raison, suivant le point de vue auquel ils se plaçaient.
Sans doute les droits de la famille, en matière d'éducation, sont alors respectés. Les dispositions rigoureuses des Capitulaires contre les parents qui négligeraient d'envoyer leurs enfants à l'école ne sont plus appliquées, à supposer qu'elles l'aient jamais été ; les canons des Conciles obligent, il est
vrai, les familles à faire donner à leurs enfants rinstruction, surtout rinstruction religieuse ; mais c'est là une prescription d'ordre purement moral, une règle de conscience dont Tobservation ne relève que du for intérieur et à laquelle n'est attachée aucune sanction positive. D'un autre côté, ni le pouvoir royal, ni aucune autre autorité civile ne met d'entraves à l'exercice de la profession pédagogique. Quiconque se croit apte à tenir école peut l'ouvrir et y professer, sans aucune condition de grade ou de stage préalable : il est maître de sa parole, de ses méthodes, de son programme, de son enseignement ; il est maître du choix de ses élèves, comme ceux-ci du choix de leur professeur : il n'y a ni examens à subir, ni diplômes à délivrer. « Il y a, suivant le mot de Crevier (i), liberté d'ouvrir école sans autre titre que le mérite et la bonne volonté. »
A tous ces points de vue, il semble donc que l'on vive sous un régime de liberté. Cependant il ne faut pas oublier que l'Eglise a conservé intact le droit de haute surveillance dont l'avait investie Charle magne. Les évêques entretiennent leurs écoles épiscopales ou cathédrales, ouvertes non seulement aux futurs ecclésiastiques, mais encore aux enfants de toutes les classes ; les abbés ont aussi leurs écoles conventuelles, qui n'étaient pas exclusivement des noviciats, et dont plusieurs jetèrent un très vif éclat, et, dans toutes ces écoles, les maîtres sont désignés, sans conditions comme sans contrôle, par les supérieurs ecclésiastiques. Mais à côté de ces écoles qui donnent surtout un enseignement moyen ou même une sorte d'enseignement supérieur, s'adressant soit à des adolescents, soit à de jeunes hommes, il existait des écoles primaires, de (( petites écoles », destinées aux enfants du peuple; il existait des cours publics ouverts par des professeurs laïques et souvent nomades, qui dissertaient généralement sur des questions de linguistique, de philosophie ou même de théologie. Or, sur toutes ces écoles d'ordre si différent, l'Eglise
(i) Crevier, Histoire de l'Université de Paris, tome I»"*.