LE CONSULAT ET L EMPIRE
l'indépendance de Tinstruction : elle est la sauvegarde de la liberté, et, avec les dispositions dont le gouvernement actuel est animé, elle en fera toute la force. »
Le projet de loi confirmait les conclusions du rapport. Il contenait une disposition, Farticle 6, ainsi conçue :
(( L'instruction publique est libre en France ; il est permis à tous les citoyens français de former des établissements. »
Chaptal, avant d'écrire ces lignes, avait-il négligé de s'assurer des dispositions du Premier Consul? Les avait-il mal interprétées .►^ Bonaparte avait-il cliangé d'avis? Toujours est-il que le projet de loi élaboré par le ministre de Tintérieur ne fut jamais soumis aux Chambres et que, cinq ans ' plus tard, la loi de 1806 établissait le monopole universitaire.
Elle avait, d'ailleurs, été préparée par la loi du 1 1 floréal an X (2 mai 1802), qui divisait les établissements scolaires en trois classes: écoles primaires, écoles secondaires et lycées. Les premières étaient laissées à la charge des communes et le droit d'établir des écoles primaires libres était reconnu par prétérition. Les lycées ne pouvaient être fondés que par l'Etat et relevaient de lui seul. Quant aux écoles secondaires, établissements intermédiaires où l'on ne devait enseigner que le latin, le français, les premiers éléments d'histoire et de géographie et les mathématiques, elles pouvaient être ouvertes soit par l'Etat, soit par les particuliers; mais, dans ce dernier cas, elles avaient besoin d'une autorisation préalable et elles étaient placées sous la surveillance des préfets.
Cette organisation manquait d'unité et laissait encore une certaine place à la liberté : à ce double titre, elle ne devait pas satisfaire Napoléon. Il est certain, d'ailleurs, qu'elle ne remédia pas à la triste situation dans laquelle se trouvait l'enseignement. Une enquête ouverte par le gouvernement avait permis de constater toute l'étendue des ruines accumulées depuis près de quinze années par la Révolution. Ecoles primaires rares et insuffisantes, collèges libres fermés pour
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la plupart ou végétant avec peine, écoles centrales désertes, lycées en formation, facultés en décadence ; à peine quelques pensionnats et quelques petits séminaires essayant de se reconstituer; aucue cohésion, aucune unité; toutes les anciennes institutions disparues, toutes les grandes fondations des siècles passés détruites : tel était à peu près l'état de rinstruction publique. Pour la relever, deux moyens s'offraient au choix du gouvernement : ou bien laisser le champ libre à l'initiative privée et à l'esprit d'association, permettre la reconstitution de corporations enseignantes libres en n'intervenant que pour les encourager et les surveiller; ou bien, au contraire, entreprendre lui-même la réorganisation de l'enseignement en créant un grand corps enseignant qu'il tiendrait dans sa main.
C'est, comme on sait, pour ce dernier procédé que l'empereur opta.
Tout a été dit, et depuis longtemps, sur la création de l'Université impériale. Cette grande institution a été tour à tour l'objet des attaques les plus passionnées et des dithyrambes les plus exagérés. Comment, dans l'ardeur du combat, aurait-il pu en être autrement ? Mais aujourd'hui assez de temps s'est écoulé depuis la fondation de l'Université, le recul est suffisant pour que l'on puisse essayer de juger ce grand acte avec modération et impartialité.
Par certains côtés, il répondait incontestablement à une tendance de l'époque, à un besoin du pays. Depuis longtemps,
— .nous l'avons vu, — l'intervention de l'Elat était, en France, un fait accompli et admis : depuis longtemps aussi,
— les Cahiers de 1789 en font foi, — on le pressait d'organiser un enseignement national. Il était évident, d'un autre côté, qu'après la dispersion des ordres religieux, après la suppression de toute association et de tout groupement corpo-