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LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET IO

vilégiée des Frères des écoles chrétiennes et obligeait les aspirants aux emplois d'instituteur à obtenir l'autorisation de leur évêque diocésain.

Mais, après Tavènement de Charles X et la chute du ministère Villèle, une violente réaction se produisit. Quelques imprudences l'avaient provoquée. Les petits séminaires et les écoles ecclésiastiques s'étaient multipliées sans autorisation au delà des limites fixées par la loi ; les Jésuites, bravant rimpopularité alors attachée à leur nom, avaient ouvert sur divers points du territoire des collèges non autorisés : M»"^ de Frayssinous l'avait reconnu lui-même à la tribune. Une commission d'enquête avait été nommée par la Chambre, et c'est à la suite de son rapport que le ministère Martignac fit rendre par le roi les célèbres ordonnances du i6 juin 1828 qui confirmaient de nouveau et renforçaient le monopole universitaire.

La première soumettait au régime de l'Université les écoles ouvertes par les Jésuites. En outre, elle portait que toute personne chargée, soit de la direction, soit de l'enseignement dans les établissements de l'Université ou dans les écoles secondaires ecclésiastiques, devrait affirmer par écrit qu'elle n'appartenait à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France.

La seconde ordonnance, relative aux petits séminaires, limitait le nombre de leurs élèves et conférait au roi le droit de déterminer le nombre de ces écoles et leur siège. Elle interdisait aux petits séminaires de recevoir aucun externe, obligeait leurs élèves, à partir de Tâge de quatorze ans, au port de l'habit ecclésiastique et instituait, pour les candidats au sacerdoce, un baccalauréat spécial ne donnant aucun droit d'admission dans les carrières civiles.

11 y avait là sans doute un recul au moins apparent vers le système de la réglementation en matière d'éducation. Cependant, les promoteurs et les auteurs de l'ordonnance s'étaient inspirés bien moins de sentiments hostiles au principe de la liberté d'enseignement que du désir de réagir contre les

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empiétements de ce que Ton appelait alors « le parti-prêtre » et contre une prétendue « invasion jésuitique ». Bien au contraire, pendant comme après la discussion qui avait précédé les ordonnances, à la tribune comme dans la presse, à droite comme à gauche, la grande majorité des écrivains et des orateurs n'avait pas hésité à reconnaître que la véritable solution des difficultés pendantes était l'abolition du monopole, l'établissement de la liberté d'enseignement. Cette liberté était hautement réclamée par l'opinion, elle était dans l'air : les campagnes décisives pour l'obtenir allaient commencer et se poursuivre sans interruption jusqu'au succès final.

Les barricades des journées de 1 83o étaient encore debout lorsque, dans une proclamation adressée, le 3i juillet, au peuple de Paris, le commandant de la garde nationale, La Fayette, énumérant les garanties à réclamer avant la constitution des pouvoirs définitifs, y comprenait la ce liberté de l'enseignement ». Huit jours après, était promulguée la nouvelle Charte dont l'art. 69 mettait au nombre des objets auxquels il devait être pourvu (( par des lois séparées et dans le plus bref délai possible :

c(... 8° L'instruction publique et la liberté d'enseignement. »

Si formel que fût cet engagement, il n'en fallut pas moins de longues années d'attente et d'efforts avant qu'il fût tenu et que la Charte devînt, à ce point de vue, (( une vérité ». A bien des indices, on pouvait se convaincre que la liberté d'enseignement continuait à compter, dans les sphères gouvernementales, d'irréconciliables adversaires. C'est ainsi que le ministre de l'Instruction publique faisait rechercher les curés de campagne assez osés pour instruire dans leur presbytère quelques enfants de chœur. Une ordonnance royale

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du i6 octobre i83o interdisait aux ministres des cultes toute intervention dans Tinstruction populaire ; enfin, on remarquait le silence significatif gardé sur la question dans les harangues royales ou officielles. La courte durée des ministères était, d'ailleurs, un sérieux obstacle à Taccomplissement de la promesse faite par la Charte ; c'est ainsi que le projet très libéral préparé dès i83o par le duc de Broglie, alors ministre de l'Instruction publique, ne put même pas être présenté aux Chambres. Celui de M. Berthe, en i83i, n'eut pas meilleure fortune : il fut soumis au Parlement, mais ne put venir en discussion. Ceux qui furent élaborés, au cours de cette même année, par une commission spéciale, furent déposés sur le bureau de la Chambre par M. de Montalivet ; mais la fin de la législature et la chute du ministère ne tardèrent pas à les rendre caducs.

Cependant la question, bien que sommeillant momentanément dans les rouages de la machine parlementaire, continuait à préoccuper, à passionner les esprits. Un groupe d'ardents apôtres ne cessait de réclamer la liberté par la parole, par la plume, par les exemples et les actes. A sa tête combattait Lamennais, plus éloquent et plus passionné que jamais, avec ses deux incomparables lieutenants, l'abbé Lacordaire et le comte de Montalembert. Le parti avait pour organe Y Avenir où ces trois illustres amis prodiguaient presque chaque jour les trésors de leur éloquence enflammée. Jamais encore la liberté d'enseignement n'avait été revendiquée de si vigoureuse et vaillante manière, avec autant de puissance et de foi, sur ce ton un peu hautain, incisif, virulent même, mais singulièrement généreux, enthousiaste et entraînant.

(( Qu'est-ce que la liberté, écrivait, par exemple, Lacordaire dans V Avenir? C'est le règne de la pensée sur la force, c'est dans l'ordre politique le combat victorieux de l'esprit contre la chair; et le genre humain ne concevra jamais que des régiments de cavalerie aient un droit naturel à gouverner 'es hommes, ni que la pensée d'un seul ait droit à l'empire

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sur la pensée de tous. Cela étant, il est facile de voir pourquoi l'histoire de l'enseignement, c'est-à-dire de la propagation de la pensée, c'est l'histoire de la liberté, pourquoi presque toutes les libertés sont des libertés d'enseigner et d'être enseigné, pourquoi enfin c'est une énorme contradiction dans les termes et dans les choses que d'appeler libre un pays où la tribune et la chaire sont ouvertes, mais où l'école est fermée (i). »

Lamennais et ses disciples ne se bornaient pas, d'ailleurs, à écrire ou à parler: ils agissaient. Convaincus que la liberté ne se demande pas, mais se prend, ils fondaient une agence générale pour la défense de la liberté religieuse et de la liberté d'enseignement; et, considérant la faculté de tenir école comme un droit acquis à tout Français en vertu de la Charte, ils ouvraient, le 9 mai i83i, rue Saint-André-des-Arts, sans aucune autorisation préalable, mais après déclaration, la première école libre, avec MM. de Caux, Lacordaire et de Montalembert comme instituteurs. L'histoire de cette école et du procès auquel son ouverture donna lieu est trop connue pour qu'il soit besoin d'insister. Il suffira de rappeler quelle en fut l'issue. Après quatre mois d'une procédure dont les phases successives furent suivies par le public avec un intérêt passionné, la Cour des Pairs condamna les trois maîtres d'école à 100 francs d'amende, c'est-à-dire au minimum de la peine ; mais les condamnés avaient gagné moralement leur procès. Tout le monde, même leurs juges, même le ministère public, avait reconnu que la liberté de l'école était une nécessité urgente, presque une dette contractée par le gouvernement ; et l'opinion publique réclamait avec une insistance de plus en plus grande l'exécution de l'engagement inscrit dans la Charte.

C'est à M. Guizot qu'échut l'honneur de le remplir, du moins en partie. Bien qu'autoritaire par tempérament et universitaire d'origine, cet éminent homme d'Etat avait le sen-

(i) Avenir du i8 octobre i83o.

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