LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET I
l'enseignement; mais, si j'avais le pouvoir, je vous ferais tous fusiller. » Et cependant, quelques années après, ce grand et puissant esprit, éclairé par la discussion, se prononçait, lui aussi, contre le monopole. « Il faut, — écrivait-il dans son livre sur l'instruction publique en Allemagne, — abolir l'obligation de passer par les écoles secondaires publiques pour être admis à l'examen du baccalauréat. Ce monopole doit être détruit. Il n'existe pas en Prusse. Ainsi, que la jeunesse française soit entièrement libre de suivre ses collèges et que, non seulement de la maison paternelle, mais aussi des établissements privés, on puisse se présenter à l'examen du baccalauréat sans autre certificat d'études que les connaissances acquises (i). )) C'est dans cet esprit qu'avait été élaboré le projet que la chute du ministère du i" mars i84o l'empêcha de présenter aux Chambres, mais dont le texte a été publié depuis par Cousin lui-même : il permettait à tous, sans exception, d'ouvrir un établissement d'enseignement secondaire ou d'y professer, moyennant certaines conditions de moralité et de capacité et sous réserve du droit permanent d'inspection reconnu à l'Etat. Il dispensait les candidats au baccalauréat de présenter le certificat d'études attestant leur passage sur les bancs de l'Université. Enfin, il réglait d'une façon équitable la situation des petits séminaires en les affranchissant de la réglementation rigoureuse établie par les ordonnances de 1828.
Après la chute du cabinet du i*^ mars et la rentrée de M. Guizot aux affaires, la campagne en faveur de la liberté d'enseignement fut reprise avec plus d'énergie que jamais. Pétitions, articles de journaux, brochures, mémoires, lettres et mandements d'évêques rappelaient sans relâche au gouvernement et aux Chambres les promesses de la Charte, les droits du père de famille et ceux de la liberté. Cette thèse était développée par M^"^ Affre avec sa modération et sa cha-
(i) Cousin. De l'inslraction publique dans quelques pays d'Allemagne y particulièrement en Prusse, p. 344»
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rite habituelles, par Montalembert avec son éloquence vibrante et passionnée, par d'autres avec une exubérance et un emportement qui gâtaient tout. La grande cause de la liberté trouvait, d'ailleurs, dans les camps politiques les plus opposés, des concours aussi précieux qu'inattendus. C'était Lamartine qui, au nom de la démocratie chrétienne, réclamait l'indépendance mutuelle de l'Etat et de l'ÉgUse en matière d'enseignement comme en toute chose :
c( Il n'y a, — écrivait-il, — que deux situations acceptables pour l'Eglise, la domination souveraine ou la simple liberté. Quand elle ne règne plus par la souveraineté temporelle, elle règne encore par la conscience. Mais, du jour où elle met Dieu sous la protection des hommes, elle accepte le joug du temps en échange de la liberté des enfants de Dieu : elle abdique une partie de sa puissance, de sa dignité, de son inviolabilité... Restituons-nous donc, les uns aux autres, la place, la liberté, le respect qui nous appartiennent. La terre est assez vaste pour que tous ceux qui veulent adorer Dieu dans tous les rites puissent s'agenouiller devant lui sans se coudoyer et sans se haïr (i). »
C'était Ledru-RoUin qui, prenant k son tour la parole pour réfuter Lamartine et tout en refusant d'admettre l'indépendance de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat, réclamait cependant la liberté de l'enseignement et flétrissait le monopole, « celte conscription de l'enfance traînée violemment dans un camp ennemi pour servir l'ennemi (3) ».
Malgré cette coalition des partis les plus opposés, peut-être à cause de cette coalition même, l'assaut vigoureux donné au monopole de l'enseignement secondaire échoua cette fois encore. A trois reprises, M. Villemain en i84i , puis en i844, M. de Salvandyen 1847, déposèrent des projets longuement étudiés en vue de substituer aux lois de l'Empire et de la Restauration une législation plus respectueuse de la Uberté ; à
(i) Lamartine. L'État^ l'Église et l'enseignement. Paris, Pagnerre, i843, p. 57. (2) Ledru-Rollin. Discours et écrits divers^ t. I^^', p. laô.