‹ L'état, le père et l'enfantChapitre 24 sur 60 · LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET II · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET II

sujet de l'enfant qui vient de naître..., et il faut se figurer l'État, non pas comme un pouvoir dont on combat dans le moment les tendances politiques, ou comme une dynastie à laquelle on refuse ses affections ; il faut voir dans TÉtat, FÉtat lui-même, c'est-à-dire Tensemble de tous les citoyens, non seulement ceux qui sont, mais ceux qui seront ou qui ont été; la nation, en un mot, avec son passé et son avenir, avec son génie, sa gloire, ses destinées... L'Etat a le droit de vouloir qu'on fasse de cet enfant un citoyen plein de l'esprit de cette constitution, aimant les lois, aimant le pays, ayant les penchants qui peuvent contribuer à la grandeur, à la prospérité nationale (i). »

Enfin, deux ans après, à l'occasion d'une interpellation, le Président du Conseil lui-même, M. Guizot, traçait, avec sa haute raison et sa forte éloquence, cette délimitation magistrale du droit des familles et du droit de l'Etat. Lui, l'universitaire par excellence et Tune des plus pures gloires de l'Université, il n'hésitait pas à dire :

«... De la manière dont l'Université était conçue et établie, il y avait excès, car tous les droits en matière d'instruction publique n'appartiennent pas à l'Etat ; il y en a qui sont, je ne veux pas dire supérieurs aux siens, mais qui sont antérieurs et qui coexistent avec les siens. Les premiers sont les droits des familles : les enfants appartiennent aux familles avant d'appartenir à lÉtat, — L'Etat a le droit de distribuer l'enseignement, de le surveiller, de le diriger dans ses propres établissements ; il n'a pas au fond le droit de l'imposer arbitrairement et exclusivement à toutes les familles sans leur consentement et contre leurs vœux. Le régime de l'Université n'admettait pas ces droits primitifs et inviolables des familles. Il n'admettait pas non plus, du moins a un degré suffisant, un autre ordre de droits, les droits des croyances religieuses...

(( . . .Gardez -vous donc bien, — concluait M. Guizot, — dans

(i) Discours parlementaires de Thiers, tome VI, pnçes 435 et 456.

rintérêt de TUniversité, dans Tintérêt du gouvernement, dans l'intérêt de TEtat qui domine et dirige ce gouvernement, gardez-vous bien de repousser raccomplîssement de la promesse de la Charte ; gardez- vous bien de repousser la liberté de l'enseignement : l'Etat sera le premier à en profiter (i). » Après de semblables paroles, on peut dire que la liberté de l'enseignement secondaire avait cause gagnée. Elle était moralement conquise à la veille de la Révolution de i848, comme l'avait été la liberté de l'enseignement primaire à la veille de la Révolution de i83o : de même que la loi de i833 avait créé l'école libre, la loi de i85o allait instituer le collège libre.

(i) Moniteur du 3i janvier i846.

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