‹ L'état, le père et l'enfantChapitre 32 sur 60 · GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

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d'éducation de son territoire et à prendre telles mesures qui lui paraîtront désirables, après entente avec le Bureau de l'Education, pour fournir ou aider aux dépenses d'éducation autre que celle élémentaire ; elle aura à favoriser la coordination générale de toutes les formes d'éducation ».

Dans ce but, tous les établissements d'enseignement supérieur à l'enseignement primaire sont placés sous la même autorité que les écoles élémentaires. — Comme elles, ils sont soumis à la surveillance des conseils de comité exercée par l'intermédiaire des comités d'éducation. Comme elles enfin, ils peuvent recevoir, de ces conseils, des subventions représentant d'un vingt-quatrième à un douzième de leurs dépenses (un ou deux pouce par livre sterling) ou même davantage, avec l'autorisation du Board of Education,

La loi renferme, d'ailleurs, des prescriptions minutieuses pour assurer dans ces écoles secondaires le respect de la liberté de conscience. Les conseils ne doivent pas s'occuper de la religion enseignée dans les écoles simplement subventionnées ; ils doivent seulement veiller à ce qu'aucun élève ne soit exclu ou placé dans une situation inférieure en raison de sa religion et à ce que tous soient laissés libres d'assister, ou non, aux catéchismes et offices. Dans les écoles entretenues par les conseils, aucune religion positive ne doit être enseignée ; cependant, à la demande des parents, l'instruction religieuse peut être donnée dans l'école à certaines heures, à condition que les conseils ne contribuent en rien aux frais de cette instruction (i).

Beaucoup plus que l'enseignement primaire ou secondaire, l'enseignement supérieur est demeuré, en Angleterre, en dehors de l'action et de la surveillance de l'Etat. Il n'y a, du reste, presque aucune analogie entre les universités du continent et les universités anglaises. Celles-ci ne font à peu près que compléter par un haut enseignement intellectuel les

(i) Voir dans V Annuaire de législation étrangère de la Société de législation comparée, pour 1902, la traduction de cette loi et le commentaire de M. Emilien Giraud, p. 89-65 .

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études classiques commencées et poursuivies jusqu'à un certain degré seulement dans les établissements d'enseignement secondaire. Les universités séculaires d'Oxford et de Cambridge ne sont guère autre chose que des groupements de collèges dus à des fondations particulières, se gouvernant eux-mêmes et donnant, en toute indépendance, l'enseignement à leurs élèves. L'Etat n'est intervenu en 1877 4^^ P^^'' faire étudier par une commission spéciale la situation des deux grandes universités, surtout au point de vue financier.

En dehors d'Oxford et de Cambridge, le Royaume-Uni possède quatre Universités en Ecosse et une à DubUn. Enfin, l'Université de Londres et l'Université royale d'Irlande sont des corps d'examinateurs particulièrement chargés de conférer les degrés universitaires. Chacune des universités peut, d'ailleurs, délivrer des grades à ses élèves ; mais ces grades ne sont, en réalité, que de simples certificats d'études et n'assurent à leurs titulaires aucun avantage particulier, notamment aucun droit à l'admission dans une carrière quelconque. C'est l'examen professionnel du Civil Service qui, seul, ouvre l'accès des fonctions publiques. De même, les jeunes gens ne peuvent entrer au barreau qu'après un stage de quelques années dans une des sociétés privées appelées inns of court. Pour exercer la médecine il faut avoir suivi les cours de l'un des collèges de médecins, de chirurgiens et de pharmaciens et subi avec succès un examen professionnel, sous le contrôle du Conseil général d'éducation et d'inscription médicales.

Tous les corps savants qui distribuent l'enseignement supérieur jouissent d'une autonomie complète et d'une absolue indépendance. Ils se recrutent eux-mêmes, par voie de cooptation, sans intervention d'aucune autorité publique. Ils sont maîtres incontestés de leurs programmes, de leurs méthodes comme de leur administration. Ils peuvent recevoir des libéralités de toute nature sans avoir besoin d'aucune autorisation. Comme toute association anglaise, ils naissent, fonctionnent et se développent au grand soleil et

au plein air de la liberté, sous la protection de la loi commune, sans avoir à attendre aucun secours de TEtat, sans avoir non plus à en redouter aucune intervention, sous la seule surveillance de la police pour le maintien de Tordre et de la justice pour la répression des actes délictueux qui viendraient à se commettre dans leur sein.

Etats-Unis.'

Le gouvernement fédéral des Etats-Unis n'intervient pas dans le domaine de l'enseignement. Il existe bien à Washington un « Bureau national d'éducation » dont la création remonte à 1868 ; mais ce bureau est un simple office de renseignements. Il centralise les documents et les statistiques qui lui parviennent soit des divers Etats de l'Union, soit de l'étranger, et les analyse dans un bulletin périodique qui est distribué à tous les établissements scolaires. Le Bureau d'éducation joue ainsi un rôle utile, quoique modeste ; mais il n'exerce aucune autorité, ni aucune influence directe sur l'enseignement.

Tout, ce qui concerne l'éducation est du ressort exclusif des divers Etats composant l'Union. Chacun d'eux légifère sur cette matière avec la plus complète indépendance, et les diverses législations d'Etat présentent, à ce point de vue, une extrême diversité.

Quelques traits communs méritent cependant d'être signalés.

Il n'y a pas, en général, de distinction bien tranchée, ni surtout de hiérarchie entre les divers ordres d'enseignement. Tous les établissements scolaires sont des « schools » ou des collèges : parmi les écoles proprement dites, les unes sont des écoles primaires ordinaires, les autres des écoles supérieures fhigh schools) qui peuvent recevoir des élèves

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jusqu'à dix-huit ou vingt ans et qui se rattachent souvent à l'enseignement secondaire tout autant qu'à l'enseignement primaire. De même, les grands collèges et les universités distribuent également l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur.

La liberté la plus complète est de principe en matière scolaire. Le droit d'ouvrir une école, le droit d'y enseigner appartiennent à tous et à toutes, sans condition de diplôme, sans production de certificat d'aucune sorte, sous la seule garantie de la surveillance exercée par la police au double point de vue de l'hygiène et de la moralité.

Un grand nombre de législations d'Etat ont rendu la fréquentation d'une école obligatoire. D'après la loi de l'Etat de Massachusetts, par exemple, toute personne ayant charge d'un enfant de huit à quatorze ans doit l'envoyer à l'école publique pendant au moins trente semaines par an. Ce système est également en vigueur dans plusieurs autres Etats, surtout dans ceux de la Nouvelle-Angleterre, et notamment dans le Maine, le Vermont, le New-Hampshire, ainsi que dans l'Etat de New-York et l'IUinois. Dans le Connecticut, non seulement l'instruction primaire est obligatoire, mais encore les citoyens illettrés sont privés du droit de suffrage.

En général, l'instruction primaire n'est pas gratuite. Cependant, quelques Etats, tels que celui de la Californie, ont introduit dans leur constitution une clause aux termes de laquelle l'Etat a le droit de distribuer l'éducation au peuple, et tout citoyen a le droit de l'exiger de lui. Ce principe, tout à fait contraire aux anciennes traditions américaines, a pour conséquence nécessaire la gratuité de renseignement et, de plus, l'organisation de tout un service d'instruction publique officiel et centralisé. Dans la plupart des autres Etats, le gouvernement n'intervient pas de façon aussi directe. Il y a sans doute, en général, un service spécial de l'enseignement, placé sous la direction et un « Saperiniendent of public éducation )). De plus, un (( fonds scolaire » permanent est affecté à l'allocation de subventions aux écoles existantes ou à

celles qui viendraient à s'établir. Mais la création même et, à plus forte raison, la direction des écoles ne sont pas du ressort de TEtat. La loi se borne, le plus souvent, à imposer à chaque communauté fiownj l'obligation d'entretenir, à ses frais et pendant au moins six mois par an, un nombre d'écoles suffisant pour que tous les enfants d'âge scolaire puissent y recevoir l'instruction. Souvent aussi, les towns sont tenues, en outre, d'entretenir une high school ou école supérieure.

Les écoles élémentaires, les « grammar schools », les écoles supérieures, avec les écoles du soir, les écoles techniques et les écoles normales qui en forment le complément, sont presque toujours placées, dans chaque ville et dans chaque circonscription scolaire, sous l'autorité d'un comité des écoles. Ce comité est électif, et il n'est pas rare que les femmes en fassent partie. C'est ce comité qui est le véritable administrateur des écoles publiques.

Voici, par exemple, quelles sont ses attributions dans l'Etat de Pensylvanie, d'après une loi du i3 mai 1887. Ses membres surveillent les écoles, nomment les professeurs, fixent leurs traitements, font les règlements et prononcent sur les cas de renvoi des élèves. Le comité a tous pouvoirs pour acheter, posséder et vendre les biens meubles ou immeubles qui composent la dotation des écoles. II a le droit de choisir le terrain sur lequel doit être construite une maison d'école ; il peut même, quand il n'arrive pas à s'entendre sur les conditions de l'acquisition avec le propriétaire du terrain, en prendre possession après offre d'une indemnité préalable et sauf règlement définitif du prix par les tribunaux. Les municipalités sont autorisées à établir des taxes spéciales sur les habitants des villes ou bourgs intéressés pour subvenir aux frais d'établissement et d'entretien des écoles ; mais c'est le comité scolaire qui détermine le montant de ces taxes. Il a aussi le droit d'émettre, dans certaines limites de sommes et d'intérêts, des emprunts pour couvrir les frais d'acquisition de terrains et de construction d'écoles.

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Aa point de vue de rinslmetion religieuse, les solutions adoptées varient naturellement d'Etat à Etat, dans une assez large mesure. Les écoles libres, qui élèvent une très grande partie de la jeunesse, jouissent naturellement, à cet égard, d'une latitude complète, et elles ont presque toutes un caractère confessionnel. Quant aux écoles publiques, leur programme comprend, souvent, un enseignement religieux, et même un enseignement chrétien, mais entendu dans le sens le plus large. Le très grand nombre et l'extrême diversité des sectes religieuses aux Etats-Unis ne permettraient pas de donner un enseignement strictement confessionnel aux enfants, de diverses communions, réunis dans une même école. Certains États, comme celui de Californie, ont formellement interdit d'enseigner la doctrine d'aucune secte ou religion quelconque. La loi scolaire du Massachusetts, au contraire, prescrit aux comités scolaires d'exiger la lecture quotidienne d'un passage de la Bible dans l'école ; mais les livres qui ont un caractère confessionnel sectarian books doivent être exclus. C'est, du reste, ce dernier système qui prévaut dans la plupart des États.

Bien qu'en dehors de la question religieuse le législateur américain ne s'occupe pas des programmes scolaires, ni de la tenue intérieure des écoles, il croit devoir quelquefois se départir de cette réserve dans un intérêt supérieur d'hygiène, de patriotisme ou d'humanité. C'est ainsi que plusieurs Etats ont ordonné que des cours spéciaux seraient faits, dans les écoles publiques, sur les dangers de l'alcoolisme. L'État de Massachusetts a fait une loi pour interdire la vivisection dans les écoles publiques. Enfin, la législature de l'Etat de New-York a ordonné que le drapeau des Etats-Unis soit arboré dans les écoles et que les élèves soient astreints à le saluer. Dans ce même Etat, on a dû se préoccuper des dangers possibles de la promiscuité scolaire dans les public schools qu'il est d'usage de faire suivre, au moins pendant quelques années, à tous les enfants, sans distinction de classes sociales. Pour obvier aux inconvénients qui pour-

raient en résulter, une loi de 189^ a autorisé l'adoption d'un système aussi original que pratique : elle permet aux autorités scolaires d'établir des écoles ou d'organiser dans les bâtiments d'une école publique des classes spéciales pour les enfants de sept à seize ans qui s'absentent habituellement de l'école, ou sont insoumis, ou causent du désordre : on ne doit cependant pas y recevoir les enfants coupables d'un crime ou d'un délit autre que celui de vagabondage. Ces écoles, assez analogues aux rag schools anglaises, portent le nom significatif d' « écoles de truands » .

Si la liberté américaine est grande en ce qui concerne les écoles, elle est absolue quand il s'agit de collèges et d'universités. Là, c'est l'initiative privée qui fait tout et règle tout. 11 n'y a pas d'Université fédérale. Excepté en Californie, dans l'Etat de New- York et dans le Massachusetts, il n'y a pas, du moins à notre connaissance, d'Université d'Etat. Universités et collèges sont ou la création de commlinions religieuses qui les entretiennent et les dirigent, ou bien l'œuvre de riches particuliers, qui ont légué ou donné des sommes considérables, s'élevant parfois à plusieurs millions de dollars, pour doter leur ville ou leur pays d'un établissement scolaire digne d'être cité comme modèle. Harvard Collège, Tulane-CoUege, Brown-College et bien d'autres n'ont pas eu d'autre origine. Tout a été dit sur la magnificence de leur installation et sur le mérite de leur enseignement. Pour se constituer, ils n'ont eu besoin d'aucune autorisation : il leur a suffi de \ incorporation, c'est-à-dire de la simple déclararation, faite au gouvernement, de l'existence du collège ou de l'université, avec présentation des statuts adoptés. Moyennant l'accomplissement de cette simple formalité, ils sont administrés en toute liberté par les trustées, c'est-à-dire par les gérants que le testateur ou le donateur a désignés. Ceuxci ont pu, à l'origine, et peuvent encore recevoir, sans formalités, sans limite, sans autorisation aucune, les libéralités faites à l'établissement. Ni l'Union, ni les Etats ne confèrent de grades académiques. Dans chaque université, quelles

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qu'en soient la nature et l'origine, c'est le corps des professeurs qui examine ses élèves et délivre les diplômes : ceux-ci donnent accès aux fonctions publiques dans l'Etat où est située l'Université et dans les Etats qui ont admis la réciprocité.

La liberté, avec la diversité qui en est la suite naturelle : telle est donc la caractéristique de tout l'enseignement américain, surtout de l'enseignement secondaire et supérieur. Cette liberté, qui préside à la fondation et à l'administration des universités et des collèges des États-Unis, se retrouve dans tous les détails de leur organisation et de leur fonctionnement. Entre les programmes de ces divers établissements, aucune uniformité : chacun d'eux les fixe à son gré. Entre les différentes branches d'enseignement, point de barrières fixes et rigides : elles se pénètrent facilement les unes les autres et les étudiants choisissent entre les divers cours ceux qu'ils croient convenir le mieux à leurs goûts et à leurs aptitudes. Même variété dans l'organisation, dans l'installation matérielle, souvent somptueuse, de ces différents foyers d'enseignement : les besoins régionaux, les ressources locales, la fortune de l'université ou du collège forment la règle unique et, — il faut le dire, — la meilleure des règles.

11 y a là de quoi confondre toutes nos idées françaises. Mais l'étonnement redouble quand on examine de près toutes les institutions accessoires, toutes les conditions particulières de fonctionnement qui donnent aux collèges et aux universités américaines une physionomie si spéciale, si étrangère. on pourrait dire si contraire à nos usages français : c'est le réseau serré des associations d'étudiants, des (( fraternités » universitaires, à la fois cercles littéraires, confréries morales et quelquefois réunions pieuses ; ce sont les écoles d'été, les <( summer schools », sortes desanatoria 011 se transporte pendant la belle saison toute la population d'un collège ou d'une université pour y faire une cure d'air sans négliger complètement les études commencées ; c'est la « ccheducaiion », c'est-à-dire l'éducation simultanée des deux sexes, qui ne

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