CANADA
présente pas, dit-on, d'inconvénients moraux aux Etats-Unis et qui exerce certainement une heureuse influence sur le caractère et sur rintelligence des étudiants des deux sexes ; c'est le sentiment de dignité morale, d'indépendance et de mutuelle confiance qui préside aux relations entre élèves comme entre professeurs et élèves, et qui pénètre l'enseignement tout entier; c'est, enfin, la permanence de la vie de famille associée autant que possible à la vie universitaire et entretenant, sous une forme directe ou indirecte, le sentiment salutaire du respect dû à l'autorité paternelle et au foyer domestique au lieu de lui substituer une sorte de soumission servile à l'omnipotence de l'Etat ( I ) .
LiANADA.
Nos anciens compatriotes canadiens ont donné à leur enseignement une organisation fort analogue à celle qui domine aux Etats-Unis. Ils sont, en cela, demeurés fidèles aux traditions de l'ancienne France.
Pas plus dans le Dominion canadien que dans la grande république américaine, le pouvoir central ne prétend diriger l'instruction publique. La Constitution de 1867 a mis l'éducation au nombre des services rentrant dans les attributions exclusives des provinces. Le pouvoir de légiférer en cette matière a été, en conséquence, laissé aux gouvernements provinciaux ; mais, en même temps, les droits et privilèges des écoles confessionnelles et libres ont étéspécialementgarantis.
Les législations provinciales sur l'enseignement difierent naturellement sur beaucoup de points de détail ; mais elles reposent toutes sur un certain nombre de principes communs qu'il importe tout d'abord de dégager : elles respectent l'indépendance des pouvoirs locaux dans l'organisation de l'en-
(i) Cf. Paul Escard, Les Universités américaines.
seignemeni public : elles n'établissent pas de distinction tranchée entre les différents ordres d'enseignement : enfin, elles placent le» principes religieux à la base de Tinstruclion publique.
En prenant comme type la législation de la province de Québec ou du Bas-Canada, qui est Tune des plus complètes, voici l'organisation scolaire que Ton trouve généralement appliquée (i).
A la tête du service de Tinstruction publique est placé un a surintendant », assisté d'un conseil formé de la réunion de deux comités, Tun pour les écoles catholiques, l'autre pour les écoles protestantes. Le Conseil plénier ou chacun des deux comités séparément, suivant les cas, fait des règlements sur toutes les questions relatives à l'organisation des écoles publiques, des écoles normales et des bureaux d'examinateurs. Il approuve les Uvres scolaires ; il peut, après enquête et débat contradictoire, retirer le brevet de capacité à tout instituteur convaincu d'inconduite, d'immoralité, d'ivrognerie ou de faute grave dans l'exercice de ses fonctions.
Chaque province est divisée en municipalités scolaires qui doivent entretenir une ou plusieurs écoles : elles sont ellesmêmes partagées en arrondissements d'école.
Les municipalités scolaires, une fois constiluées, sont administrées par des commissaires ou syndics élus par les contribuables ou, à leur défaut, nommés par le lieutenant-gouverneur de la province, sur la proposition du surintendant de l'éducation. Ces commissaires sont les directeurs locaux et les véritables maîtres de l'enseignement : ils ont l'administration des écoles ; ils nomment les instituteurs ; ils gèrent les propriétés scolaires ; ils achètent les terrains ou maisons nécessaires et font construire les édifices scolaires ; ils imposent et perçoivent les taxes et rétributions scolaires ; ils fixent les divisions et le nombre des écoles de filles et des écoles de garçons ; ils sont chargés du recensement annuel des enfants;
(i) Léon Adam, L'enseignement public au Canada français.