BELGIQUE
Ce sont là de belles et fîères paroles. EHles font le plus grand honneur à celui qui les a prononcées comme au peuple dont elles traduisent les sentiments. Elles ne peuvent que réjouir le cœur de tous ceux qui n'ont pas oublié de quel tronc est issue la vaillante, loyale et généreuse lignée des Franco-Canadiens.
Belgique.
La Belgique est, par excellence, le pays de toutes les libertés et, en particulier, de la liberté de renseignement. Elle a fait une révolution pour l'obtenir. Le chef du parti socialiste belge, M. Vandervelde, les reconnaissait lui-même, il y a peu de mois, dans un intéressant article publié par la Revue politique et parlementaire ; il y rappelait que le conflit survenu entre le gouvernement des Pays-Bas et Topposilion catholique à propos de la liberté de l'enseignement s'était terminé par la révolution du 28 et 24 septembre i83o, « dont il fut, disait-il, une des causes principales ».
C'était, en effet, sur le terrain de l'école que devait se manifester et le plus violemment, l'antagonisme naturel entre les populations cathoUques de la Belgique et le gouvernement protestant auquel les avaien t soumises les traités de 1 8 1 5 . L'Acte fondamental du royaume des Pays-Bas donnait au roi la haute main sur tout l'enseignement. Nul ne pouvait ouvrir une école primaire sans l'agrément de l'autorité ; de même, les collèges devaient être confirmés dans leur existence par le ministre de l'Intérieur. C'était, en un mot, le régime du monopole le plus absolu. L'Etat seul enseignait soit par lui-même, soit par des maîtres ayant reçu son estampille, et les parents qui ne pouvaient se résoudre à lui confier leurs enfants devaient se résigner à les envoyer à l'étranger. Mais cette ressource même leur fut enlevée par
lyB l'étranger
une ordonnance royale de 1822, aux termes de laquelle aucun grade, aucune fonction, aucun office ne pourrait plus être délivré ou confié à quiconque aurait fait ses études en dehors du royaume. Ce fut, comme le dit M. Vandervelde, le point de départ du conflit aigu d'où devait sortir Tindépendance de la Belgique.
Le peuple belge ne Toublia pas. Sur le piédestal de la colonne érigée à Bruxelles en souvenir de raflranchissement national, il mentionna la liberté d'enseignement au nombre des libertés primordiales reconquises sur l'étranger. Il fit plus : il l'inscrivit dans la constitution même du nouveau royaume. L'article 17, toujours en vigueur, est ainsi conçu:
(( L'enseignement est libre. Toute mesure préventive est interdite. La répression des délits n'est réglée que par la loi. L'instruction publique donnée aux frais de l'État est réglée par la loi. »
C'est seulement douze ans plus tard, le 23 septembre 1842, que fut votée la loi prévue par cet article de la Constitution. Elle imposait à chaque commune l'obligation d'avoir au moins une école primaire ; çiais le gouvernement pouvait adopter comme école publique, sous certaines conditions, une ou plusieurs écoles privées, ou même décider qu'il ne serait établi aucune école communale s'il était suffisamment pourvu aux besoins de l'enseignement primaire par les écoles libres. L'instruction primaire constituait un service essentiellement municipal : les dépenses de cet enseignement étaient mises à la charge de la commune, qui, d'ailleurs, pouvait recevoir des subventions de l'Etat ou des provinces. C'était l'autorité municipale qui nommait les instituteurs, à la condition de les choisir parmi les diplômés des écoles normales entretenues ou agréées par TEtat. C'était elle qui choisissait les livres scolaires sur la liste des ouvrages approuvés par le gouvernement. Quant a l'Etat, son rôle, bien que limité, était néanmoins considérable : il contrôlait et inspectait les écoles, il pouvait leur accorder des subventions, il s'assurait que la gratuité de l'enseignement primaire était.