‹ L'état, le père et l'enfantChapitre 7 sur 60 · L ANTIQUITE I I · texte numérisé non relu

L ANTIQUITE I I

nait à son gré, au foyer domestique ou dans les écoles de son choix. La puissance publique n'intervenait que plus tard, quand Ten fan t était devenu homme et citoyen, pour l'exercer au métier militaire. Cette instruction seule importait véritablement aux magistrats, car d'elle dépendaient la puissance et le salut même de Rome. L'éducation proprement dite, l'enseignement des sciences élémentaires, celui des lettres, (le la rhétorique et de la philosophie échappaient à l'action de l'Etat. Le maître était libre dans le choix de sa méthode et de ses doctrines, comme l'élève, ou plutôt le père, l'était dans le choix des maîtres.

11 y eut, cependant, quelques exceptions. L'autorité des censeurs s'étendant à toutes choses, leurs investigations pouvaient porter sur tout ce qui touche aux mœurs publiques ou privées : or, quoi de plus intéressant pour les mœurs que l'éducation ? Aussi les censeurs pouvaient-ils faire fermer les écoles tenues par des maîtres indignes, et ils usèrent certainement de ce droit. On les vit même se constituer juges des théories professées dans les écoles. Ce fut Caton l'Ancien qui en donna l'exemple. On se rappelle le réquisitoire fameux qu'il prononça en plein Sénat contre les sophistes grecs venus à Rome pour y enseigner la philosophie et la sentence d'exil qu'il fît porter contre eux. Ce n'était pas leurs mœurs qu'il incriminait, mais bien leurs théories, jugées dangereuses pour la religion et contraires aux traditions de la vieille Rome. Après la condamnation de Socrate, c'était le second exemple donné par l'antiquité d'une censure exercée, au nom de l'Etat, sur des doctrines professées dans l'enseignement privé.

Toutefois l'édit de proscription arraché au Sénat par le vieux Caton ne devait pas tarder à tomber en désuétude, (c La Grèce vaincue conquit son farouche vainqueur » : l'élite de la jeunesse romaine alla de plus en plus se former à l'école d'Athènes, et la civilisation grecque s'insinuant lentement au centre de l'empire romain, réussit bientôt à s'y installer en souveraine pour pénétrer de là ce grand corps tout entier. En même temps, mais très lentement, la constitution

traditionnelle de la famiHe romaine se modifiait peo à peu : sons les Antonins, Tantiqoe rigneur de la loi des Douze Tables s'atténuait pour faire place aux dispositions plus humaines du droit prétorien ; Fenfant acquérait une personnalité juridique distincte de celle du père ; mais, s'il cessait d'être la chose du paierfamilias, il continuait à lui être rigoureusement subordonné et son éducation restait dépendante de l'autorité paternelle.

Dans les dernières années de la République et surtout sous l'Empire, on voit, à Rome et dans les provinces, les écoles se multiplier et attirer à elles un nombre de plus en plus considérable d'élèves. Les unes sont purement privées : les autres fondées et entretenues par les municipalités des grandes cités provinciales ; quelques-unes même sont à la charge du fisc et c'est l'empereur qui en désigne et rémunère les professeurs. Mais quiconque veut tenir école le peut, à la condition toutefois de le notifier aux autorités et de se soumettre à l'inspection du magister censas à Rome ou à celle des décurions dans les provinces. Quant au père de famille, il jouit d'une liberté complète dans le choix des maîtres auxquels il confie ses enfants. Il est à noter, d'ailleurs, que l'enseignement des rhéteurs et des sophistes est une sorte d'enseignement supérieur, analogue à celui de nos facultés modernes : la première instruction est généralement donnée aux jeunes patriciens ou aux enfants de familles riches par des précepteurs et. sans sortir du foyer paternel ; quelquefois, de simples esclaves en sont chargés. Presque toujours, elle est à peu près exclusivement intellectuelle ; l'éducation morale est, en général, des plus négligées, Juvénal a beau rappeler que « le plus grand respect est dû à l'enfance )) : il prêche dans le désert, et l'enfant, élevé au sein du luxe et de la corruption, est le jouet de toutes les passions infâmes qui dévorèrent le vieux monde romain. Quant à l'instruction primaire et à l'éducation des enfants du peuple, nul ne paraît s'en occuper et, autant que l'on peut en juger a cette distance, le petit plébéien grandit presque à la

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façon d'un jeune animal, la plupart du temps sans aucune formation intellectuelle ou morale, ayant encore pour culte l'amour passionné de Rome au temps de la République, mais n'ayant plus, au temps de l'empire, que celui de la sportule et des spectacles.

En était-il de même dans le reste de l'Empire ? Les documents que l'on possède sont trop incomplets pour permettre de répondre à cette question. Pour ne parler que de la Gaule, elle formait avant Jules César moins un corps de nation qu'une fédération de peuples indépendants, et il ne paraît pas que, chez aucun de ces peuples, l'autorité publique ait cru devoir s'immiscer dans les questions d'enseignement, ni restreindre la liberté du père de famille au foyer domestique. Il existait seulement des écoles druidiques, dont la fréquentation était facultative : les unes ouvertes à toute la jeunesse aristocratique, les autres ayant le caractère de noviciats et plus spécialement affectées à la préparation sacerdotale des druides.

Après la conquête romaine, les vaincus adoptèrent en grande partie les institutions des vainqueurs. Dans la Province romaine d'abord, puis de proche en proche dans le reste du pays, il se créa au sein des cités principales des écoles, tantôt entretenues par les autorités locales, tantôt fondées et dirigées par le pouvoir impérial, tantôt ouvertes, à leurs risques et périls, par les rhéteurs, les sophistes ou les médecins qui y professaient. Mais, dans tous les cas, la profession pédagogique était libre comme le choix des maîtres (i). Cette règle, consacrée par le droit romain et conforme à ses principes traditionnels sur l'autorité du père de famille, s'étendait aux établissements de tout ordre, aussi bien aux écoles,

(i) Strabon, livre IV.

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souvent très florissantes et très renommées, des principales villes qu'aux écoles primaires ou sicholœ puériles où les enfants du peuple acquéraient les connaissances les plus élémentaires. Partout le principe était le même : liberté du foyer paternel et liberté de l'école sans autre limitation que la surveillance des magistrats.

Ce fut un apostat qui porta la première atteinte à ces libertés. Inquiet des progrès du christianisme, l'empereur Julien prétendit mettre, au point de vue de l'éducation, les chrétiens hors la loi commune. Par un premier décret, il leur interdit d'étudier les lettres grecques et latines ; par un second décret, il soumit au régime de l'autorisation préalable quiconque voudrait désormais enseigner : avant d'ouvrir une école, les maîtres devaient obtenir, en outre, une autorisation des cariâtes avec le consentement des principaux delà cité (optimales). De plus, l'empereur se réservait le droit de confirmer ou d'annuler leur nomination. 11 est vrai qu'il ne s'agissait que d'un enseignement correspondant à notre enseignement secondaire ou supérieur ; il semble que la liberté subsistait entière pour les écoles primaires ou, du moins, pour ce qui en tenait lieu.

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