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INTRODUCTION XIX

2 août 1914, il règne presque partout, et son esprit a fortement pénétré le personnel des États qu'il ne tient pas encore. La guerre étant ouverte, l'État libéral est partout obligé de renoncer à la direction des affaires, qui passe pratiquement entre les mains des États-majors militaires. L'État libéral subit l'humiliation, se fait petit, et conserve la gestion du trésor public. C'est l'origine des maladies monétaires européennes.

Dès l'ouverture des hostilités, une mesure s'imposait : l'impôt de guerre, prélevé sur tous les non-combattants. Rien n'était plus facile que de l'imposer : le combattant payait l'impôt du sang, le non-combattant devait payer l'impôt de l'or. Ainsi commandait la Patrie ; le Parti donna l'ordre contraire : le combattant, soumis à la discipline militaire,et qui devait disparaître dans la proportion de | sur 4, cessait d'être une valeur civique intéressante, et l'État libéral s'occupa fort peu de lui ; le non-combattant, continuant de tenir les cadres de la vie civique, dans l'administration et les comités électoraux, avait une grande valeur civique aux yeux de l'État : c’est lui qui fut favorisé. Au lieu d'imposer au non-combattant l'impôt de guerre, l'État donna des primes à l'embusqué : le munitionnaire fit des bénéfices formidables; l'ouvrier de guerre reçut un salaire excessif, dépassant par- {ois celui qu'il demandait. C'est à un socialiste, Albert Thomas, que l’on doit cette folie ; mais c'est à un grand bourgeois libéral, M. Ribot, que l’on doit cette lâcheté. Qui dirige l'un et l’autre ? L'âme de l'État libéral, le Parti, qui, selon l'expression de M. Hubert Bourgin, se tourne contre la Patrie parce que, selon la loi de l'élection, il pense à ses électeurs avant de penser à la nation.

En France, comme dans tous les pays démocratiques, c'est l'origine de nos maux. L'État libéral n'a pas osé avoir la politique financière propre à la guerre. Ne pratiquant pas

l'impôt, il a été obligé d'avoir recours à l'emprunt continu ; l'emprunt n'étant pas d'un rendement assez rapide, il n'a eu d'autre ressource que celle de l'inflation, rendue aisée par l'établissement du cours forcé. Ainsi, pendant que les combattants sauvaient le pays, l'État libéral organisait la faillite de l'après-guère.

En 1919, l'État libéral prend sa revanche sur le combattant qu'il a été obligé de supporter pendant quatre ans :ilreprend tous les pouvoirs et, du coup, en une année, il se livre à la plus grande inflation que l’on ait connue jusque-là ; en six mois, le franc, qui valait encore 0 fr. 75 en juillet 1919, tombe à 0 fr, 35 en décembre. Pourquoi ? Parce que, en cette année d'élections, l'État libéral se refusa à prendre les mesures financières nécessaires au salut du Trésor. Alors on entre dans le grand drame : en une année de paix, l'État libéral a fait plus de dégâts financiers et monétaires que la guerre elle même en quatre ans, c'est-à-dire quil échoue dans la difñculté même où il se disait maître. Nul n'a jamais tenu l'État libéral pour un combattant de premier ordre, mais on lui accordait la science financière. Or, l'an 1918 marque un échec. Ainsi, cet État, très mauvais défenseur militaire, se montre financier détestable. Partout, dans toute l'Europe, le monde entier le constate, La préoccupation des bénéficiaires et des défenseurs de l'État libéral devient presque exclusivement celle-ci : dissimuler le mal financier et monétaire, faire le silence, jusqu'à ce que...

… Jusqu'a ce que? loi, l'historien est aujourd'hui réduit aux hypothèses. Cette dissimulation, aucun chef de gouvernement ne pouvait penser qu'elle pouvait être prolongée indéfiniment ; on savait bien que l'on se trouvait, cette fois, devant un problème que le temps aggravait, qu'il faudrait bien, un jour, avouer la situation. Néanmoins, de 1918 à 1925, tous les gouvernements ont été inertes : aucun n'a eu de plan

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