INTRODUCTION XXI
financier, alors que tous les ministres des Finances savaient que cette inertie menait droit à la banqueroute. Il y a là un phénomène inexplicable, Mais en considérant l'étrange attitude de tous les gouvernements successifs à l'égard du communisme, on est amené à penser que cette puissance secrète qui est lelien de tous les gouvernements démocratiques, qui est la créatrice de l'État libéral, on est amené à penser que cette puissance, plutôt que d'avouer l'incapacité financière totale de cet État, a délibérément calculé qu'elle laisserait s’aggraver la maladie financière jusqu'à ce que.
… elle soit en mesure de déclencher et de conduire un mouvement révolutionnaire, qui durerait assez longtemps pour que l'État libéral, aprés l'avoir maîtrisé, puisse rejeter sur lui la responsabilité d'une banqueroute ouverte pendant l'interrègne.
Il n'y a guère d'autre hypothèse possible : ce calcul, ou la noire, noire imbécillité de tous les gouvernements de 1918 à
Les ministres des Finances furent ou complices ou impuissants. M. Klotz porte la responsabilité des plus grosses émissions de fausse monnaie. M. Doumer n'eut que le temps de faire un honnête examen de la situation. Les chefs du gouvernement affectaient de mépriser le problème financier, On raconte que M. François-Marsal, en 1920, entreprit de faire connaître au Conseil des Ministres que l'État allait sûrement à la faillite : le Conseil refusa d'entendre ce gêneur.
M. François-Marsal prit seul, en fermant les yeux, la responsabilité d'arrêter l'inflation. Cela lui valut, pendant deux ans, l'hostilité féroce d'un certain nombre de politiciens, de banquiers, qui vivaient des diflérences de change, d'innombrables industriels qui lui reprochaïent la crise économique qui suivit l'arrêt de l'inflation.
M. François-Marsal avait réussi cette chose vraiment prodigieuse : l'arrêt brusque de l'inflation. On sait aujourd'hui
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combien il est difficile de s'arrêter sur la pente dès qu'on y est sérieusement engagé. On se trouvait donc devant un résultat inespéré, qui permettait à un gouvernement prévoyant le redressement financier. En 1921, les conditions matérielles du redressement souple, techniquement aisé, ont été créées. L'État libéral a refusé de les utiliser, parce qu'il ne pouvait les utiliser qu'en niant ses propres principes : 1l lui fallait en effet, pour assurer le redressement financier, donner le pouvoir à un ministre pour plusieurs années, afin qu'un plan put être conçu et exécuté par une seule équipe, sous la direction d'un même chef. Mais c'était la dictature, dont la seule existence, même limitée aux finances, s'opposait aux principes fondamentaux de l'État libéral.
L'Etat libéral porta à cette époque, pendant près de deux ans, les couleurs de M. Raymond Poincaré : devant les difficultés croissantes que rencontrait le gouvernement de cet éminent avocat, tant dans l'ordre de la politique extérieure que dans l'ordre financier, le pays, l'administration, l'armée, le Parlement lui-même, offraient silencieusement la dictature à l'homme que Thibaudet a placé parmi les (princes lorrains». Pour l'immense majorité des Français, M. Raymond Poincaré était alors la plus belle expression du patriotisme ; nul ne doutait qu'en toute circonstance M. Poincaré ne fit passer le patriotisme avant tout autre considération.
Dans les circonstances si graves où 1] se trouvait, le salut du pays étant en jeu, M. Poincaré fit passer le prestige de l'État libéral avant le salut du pays. Sans aucune illusion sur les possibilités parlementaires, sachant que la dictature était le seul remède, ainsi que l'auteur de ce livre put en acquérir la certitude à la fin de janvier 19241, M. Raymond Poincaré, se voyant dans l'obligation d’avouer l'impuissance de l'État