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COMMENT PEUVENT ÊTRE PRODUITS LES MOUVEMENTS DE PANIQUE

Étant donné que le franc est pour partie un titre de crédit, toute information sur la valeur de l'État débiteur peut affecter la valeur de notre monnaie aux yeux du détenteur de francs, du créancier étranger, ou du producteur qui doit acheter des matières premières à l'étranger.

Or, que s'est-il produit en octobre et en novembre? On a lancé dans le monde entier les plus mauvaises informations sur la situation de l'État français.

1° M. Bokanowski, rapporteur général du budget, a fait l'exposé le plus sombre de la situation, sans indiquer un seul

remède, et en suggérant que les remboursements de l'État à la Banque constituent une charge lourde.

29 M. de Lasteyrie, dans son discours à la Chambre de commerce, a été d'une certaine mollesse en ce qui concerne les remboursements de l'État.

30 M. Loucheur a fait une critique tendancieuse des remboursements de l'État à la Banque !.

4° Le gouvernement français n'a fait pendant cette période aucune déclaration nette, ferme, sur sa volonté de remboursement.

Ainsi, attaqué par M. Bokanowski, adversaire des remboursements, critiqué par M. Loucheur, qui doute de l'efficacité des remboursements, le gouvernement français n'a pas réagi avec vigueur.

Il apparaît que ces attaques, ces critiques, cette molle défense, ont joué un rôle considérable dans la dépréciation du franc d'octobre et de novembre.

Dans le monde entier, on a eu l'impression que le gouvernement français fléchissait devant ses difficultés financières, et comme un fléchissement prolongé ne peut avoir d'autre issue que l'inflation, comme, d'autre part, le monde entier a sous les yeux le spectacle de l'Allemagne, il y a eu crainte générale de voir la France s'engager dans la même voie monétaire que le Reich. Dans ces conditions, une chute

1. Je suis bien fâché de n'avoir pas encore répondu à la politesse que M. Loucheur a bien voulu me faire. Et je regrette bien de ne pouvoir le faire aujourd'hui, car il faut bien que je publie que M. Loucheur a lancé une singulière réflexion à la Chambre, le 7 novembre : « Si Ie remboursement de deux milliards devait améliorer le change, jy applaudirais quand même. Mais vous avez remboursé deux milliards l'année dernière. Or, comparez les cours de la livre et vous reconnaîtrez que l'effet a été nul. »

J'ai le grand regret de faire observer à M. Loucheur que son observation est inexacte : on ne doit pas comparer d'une année à l'autre le franc à la livre, monnaïe en cours d'assainissement. [l faut comparer le franc au dollar. Or, leremboursement de deux milliards avait produit ceci : que le dollar était passé de 14 en octobre 1921 à 1!1 en mars 1922, C'était une fameuse amélioration du change !

rapide du franc était absolument inévitable. La partie du franc dont la valeur est fondée sur le crédit accordé à l'État devait tendre vers zéro. Si l'on considère que le butoir-or du franc actuel est entre 0 fr. 185 et 0 fr. 20, on se rend compte que nous aurions pu voir le dollar entre 17 et 20 avant longtemps.

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