‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 12 sur 309 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

libéral devant les difficultés financières, préféra, à cet aveu qui ruinait le prestige des institutions parlementaires, l'aventure folle et périlleuse dans laquelle il a lancé le pays par les élections de mai 1924.

La fin de l'expérience Poincaré a montré que les hommes tiennent plus à leurs idées, à leurs erreurs, qu'à leurs intérêts et à leur vie. M. Raymond Poincaré a eu, en janvier 1924, une occasion prodigieuse de réaliser, avec l'assentiment de presque toute la France, un destin magnifique : il pouvait faire la dictature, rétablir totalement les finances du pays, au nom de la République, avec l'appui entier des adversaires irréductibles du régime républicain, obligés de le soutenir par souci de l'intérêt national. Ce destin merveilleux, qui le faisait entrer dans l'histoire avec le laurier d'or, M. Raymond Poincaré l’a écarté parce qu'il voulait que le salut vint de l'État libéral et non d'une république consulaire dont il aurait été le Premier, le prince. Mais 1l a voulu tricher avec le sort : avec le double-décime et le régime des décrets lois, il a pensé obtenir, dans une forme honorable pour l'État libéral, les possibilités qu'ofire seule la dictature. Les élections du ]] mai lui ont donné la réponse de la vraie démocratie ; l'État libéral lui a signifié qu'il n'admet aucune de ces tricheries : s'il meurt, il veut mourir sous son nom propre, dût Je pays périr.

Ainsi, tous les sacrifices faits par M. Raymond Poincaré ont été inutiles : les mesures qu'il avait prises pour sauver le pays au nom du Libéralisme, la vraie République les a rejetées et les gains financiers réalisés en mars 1924 par le ministère Poincaré ont été perdus par son successeur. C'est en vain que le prince lorrain s'est déshonoré : l'État libéral règne, empêchant toute dictature nationale, mais imposant la dictature du Parti à la nation ; en 1925,avec Joseph Cail- Jaux, il en est à organiser ouvertement la banqueroute.

Il convient d'ajouter que de puissants intérêts privés et des intérêts étrangers, agissant sur l'État libéral, n'ont pas cessé, de 1919 à 1925, de s'opposer à toute mesure tendant à faire cesser l'instabilité monétaire. Ces mêmes intérêts poussaient l'État vers l'inflation.

Certaines banques internationales, certains groupements industriels manifestaient une sympathie discrète mais profonde et active pour l'inflation, dont les résultats étaient pour eux du plus grand intérêt. Chacun sait aujourd'hui que l'inflation, qui rune un nombre énorme de personnes, ne détruit pas les richesses : elle ne fait qu'en modifier la répartition, elle provoque de formidables transferts de fortune ; quiconque en connaît bien le mécanisme, et se trouve bien placé pour connaître les décisions qui engendrent l'inflation, est en mesure de jouer absolument à coup sûr et de faire à son profit un gigantesque transfert de fortune.

Imaginéz un grand banquier international, protégeant les partis gouvernementaux, en relations constantes avec les grandes administrations, connaissant tous les secrets du gouvernement ; ce banquier pourra, s'il lui plaît, provoquer une politique socialiste qui acculera le gouvernement à l'inflation, puis, sachant avec précision les dates des échéances graves de l'État, sachant donc à quel moment l'État sera obligé de recourir à l'inflation, il saura exactement pour quelles dates il organisera en grand les ventes de francs et les achats de monnaies étrangères (dans toutes les formes) à son profit. [l saura également à quel moment il pourra intervenir dans les sociétés industrielles, dont les Trésoreries seront vidées par l'inflation, et s'en rendre maître à très bon compte en ayant l'air de les sauver 1.

1. On sait que pendant une période d'inflation les entreprises passent sous le contrôle des banques par un mécanisme très simple. Rappelons d'abord que, en temps d'inflation, les trésoreries sont vidées avec une rapidité extraordinaire ;

PS

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