M. VINCENT AURIOL
Avec M. Auriol, qui a discouru à la Chambre, le 28 décembre, pour soutenir M. Bokanowski, c'était gai. Naturellement, pas une allusion aux observations que j'opposais tout à l'heure à M. Bokanowski. Mais je me demande si M. Auriol est bien au courant de l'affaire et s’il s’est donné la peine de lire la littérature du sujet. Un de ses gros arguments, c'est que les remboursements de l'État, revalorisant le franc, aggraveront les charges de l'État :
J'avais raison, dit-il, de dire que, faisant cette politique de revalorisation du franc, en diminuant le nombre des billets en circulation pour en accroître le pouvoir d'achat, en accroissant le pouvoir d'achat des revenus, mais en diminuant le nombre, vous aurez une dette publique augmentant sans cesse en nombre et en valeur, mais des revenus en nombre insuffsant et ce pays succombera sous le poids de charges qui absorberont les deux tiers
e ses revenus.
Ah ! je comprends que des hommes comme M. Georges Valois soutiennent cette thèse. Ce faisant, M. Valois demeure profondément, habilement royaliste, royaliste avec élégance, puisque, en somme, c'est avec un fil d'or qu'il veut étrangler la République.
M. Auriol ignore évidemment que, ici, notre préoccupation principale est de faciliter la tâche de l'État, république ou monarchie, pour le salut du pays.
Il ignore que c'est dans l'Action française que, dés novembre 1920, on a appelé l'attention des producteurs
et de l'État sur les graves difficultés de la déflation. C'est là que, pour la première fois, on a montré que l'État ne pour-
rait supporter, par suite de la revalorisation du franc, la
charge de la dette. C'est l'auteur de ces articles qui, avec MM. Peschier et Arthuys, a montré que la revalorisation du franc se ferait au bénéfice des rentiers, à la charge des’ pro-
ducteurs et qu il y avait là une impossibilité morale et maté--
rielle. Et l’on invitait la Semaine à chercher des remèdes.
Mais nous disions en même temps qu'une dévaluation du franc est impraticable présentement et que, quels que soient les inconvénients de la déflation, la déflation lente est la seule politique possible aujourd'hui, pour éviter l'effondrement de notre monnaie.
Ceci dit, il reste que la politique financière actuelle est en contradiction avec la politique d'assainissement monétaire que l’on pratique. On aura toujours beau jeu lorsque l'on voudra montrer l'opposition de ces deux politiques. Mais essayez donc de la faire cesser dans les conditions politiques que nous fait le régime parlementaire. C'est l'impossibilité radicale. Le Parlement a le choix aujourd'hui entre la faillite et la banqueroute frauduleuse. S'il veut éviter l'un etl'autre, qu'il demande conseil à la Société des Nations, qui lui dira
ce qu'elle fait en Autriche pour remettre de l'ordre dans
la maison.