CHAPITRE IX
8 janvier 1923.
LA RECONSTRUCTION FRANÇAISE, LES RÉPARATIONS ET L'OFFENSIVE CONTRE LA MONNAIE ET LES FINANCES FRANÇAISES
et de l’action, cette année où 1l nous faut dire si nous
voulons vivre ou mourir, elle s'ouvre par une décision qui nous remet en possession de notre liberté d'action. La France redevient maîtresse d'elle-même. C'est un grand succès, mais ce n'est encore qu un succès obtenu négativement. La France a refusé de subir la loi de l'étranger. Mais elle n'a pas encore proclamé sa loi propre. Il lui reste à décider positivement, à concevoir son plan d'action et à l'exécuter. Nous avons à choisir entre l'action sur l'Allemagne (qui nous vaudra des avantages immédiats et le rétablissement de notre crédit) et la faillite.
L'unanimité de la réaction française contre le plan anglais exprime notre volonté de ne pas faire faillite. Nous choisissons donc l'action sur l'Allemagne. Il reste à prendre les décisions nécessaires. Le pays les attend du Gouvernement.
| ’ANNÉE s'est bien ouverte. Cette année des décisions
Mais il ne sufñira pas de prendre les décisions qui engendrent l’action. Il faut en prévoirl'utilisation. L'action tendra à nous faire payer par l'Allemagne. Mais comment ? Jusqu'ici, une des grandes raisons de la non-exécution des réparations vient des erreurs de conception touchant les paiements.
Il semble que, pendant plusieurs années, les paiements allemands aient été vus presque exclusivement par des financiers pour qui les paiements sont faits lorsque l'on a exécuté des virements ou des transferts sur des livres, ou lorsque l'on a placé des titres, et touché les commissions. Le moment est bien venu de sortir de ces conceptions. Faute de quoi, après avoir agi, on se trouvera de nouveau dans une impasse.
C'est fort opportunément que M. Jules Décamps, l'éminent directeur des Etudes économiques de la Banque de France, a publié, de novembre à janvier, trois magistrales études sur la situation allemande et les réparations. Nous espérons bien voir paraître ces études en librairie. Je me borne à les signaler ici ; le lecteur qui voudra en prendre connaissance les trouvera dans la Revue de Paris, fascicules des 1°? novembre et 1° décembre 1922 et du 17 janvier 1923.
Dès maintenant, je veux reproduire les principes essentiels qui commandent les études de M. Décamps, car ils devraient être en tête de tout mémoire, de tout rapport, ou de toutes instructions sur notre action sur l'Allemagne :
[. « Un pays débiteur de l'étranger ne peut s'acquitter de ses dettes qu'en exportant des marchandises ou des services. Réciproquement, les pays créanciers ne peuvent transférer à l'intérieur de leurs frontières ce qui leur est dû qu'en acceptant de recevoir du dehors des marchandises ou des services. }