AUX BORDS DE L'ABIME
che le fond de l'abîme. Mais ce n'est guère le moment
de faire des analyses scientifiques sans profit immédiat. Bornons-nous à faire cette observation : cette misère, qui atteint tant d'ouvriers et de bourgeois allemands, ces crises économiques se renouvelant sans cesse, ces grèves, ces krachs, cette anarchie morale et sociale, ces émeutes, ces pillages, ces tueries, à côté de l'enrichissement scandaleux de quelques-uns, de la débauche des écumeurs, voilà les différentes faces de l'inflation monétaire. C’est cela que des hommes comme M. Loucheur et M. Bokanowski auraient donné à la France si on les avait laissés faire. C’est cela que les pirates internationaux veulent nous donner aujourd'hui si on les laisse faire, si on subit leurs manœuvres. C'est cela qu'il faut empêcher en France, car tout est mis en œuvre depuis un an pour nous donner de nouveau l'avarie moné-
Ï y aurait beaucoup à dire sur la chute du mark, qui tou-
taire.
Est-il possible de nous préserver du mal? Oui. Comment?
Il faut d'abord le connaître, savoir comment on peut être contaminé sans le vouloir, chercher les préservatifs et sen servir, même au prix d'une crise passagère.
Or je vous dis tout net queje ne crois pas que, depuisunan que dure cette offensive, l'on ait employé les bons moyens pour la briser et opérer un redressement positif. Et je ne crois pas que l'on soit prêt à réagir efficacement contre les manœuvres qui continuent. Et, si l'on ne réagit pas, tout sautera :
Le dollar, qui était à 11 francs au début de juillet 1922, est à 18 en août 1923, c'est-à-dire que, par étapes, le franc a baissé, en un an, de 70 %,.
Si l'on n'enraye pas ce mouvement, si l’on ne remonte pas la pente, le renchérissement de toutes choses sera tel que le budget ne tiendra pas, et l'on sautera dans l'inflation ou on fera faillite, ce qui est la même chose, — encore que la faillite brutale soit préférable à la lente décomposition par l'inflation.
Nous sommes au bord de l'abîme. Que fait l'État pour nous empêcher d'y tomber? Pas grand'chose, ou rien. Pourquoi ? Parce qu'il vit avec de vieilles idées, parce qu'il manque d'imagination, parce que. je n'en finirais pas ; Je Vais vous dire les faits.