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EXPLICATIONS RATIONNELLES

Partons de ce principe, satisfaisant pour l'esprit, que ce ne sont pas les offres et les demandes qui font varier les valeurs et que ce sont les changements qui se produisent dans les valeurs qui provoquent les offres et les demandes.

Rappelons que le franc est une monnaie qui a cessé d'être une monnaie stable parce qu'il contient deux choses d'ordre différent :

a) Une représentation de l'or de la Banque et des effets escomptés par la Banque (partie fixe) ;

b) Une représentation de la créance de la Banque sur l'État (partie instable).

Ceci posé, nous saurons que le franc ne peut changer de valeur que s'il y a modification de sa partie instable, c'està-dire :

1° S'il y a augmentation effective de la dette de l'État à l'égard de la Banque ;

29 Si, sans augmentation de cette dette, il y a doute sur les possibilités de remboursement de l'État ;

30 Si, sans augmentation de la dette de l'État, sans doute sur les possibilités de remboursement de l'État, les dettes privées (par suite d'achats non compensés à l'étranger) s'accroissent dans des proportions telles que les paiements ne puissent être envisagés qu'à très longue échéance (ou pas du tout).

Dans la situation actuelle, l'hypothèse 1° et l'hypothèse 30 doivent être écartées. Reste l'hypothèse n° 2. Ii décomposons :

Il peut y avoir doute sur les possibilités de l'État ;

a) Si l'État ne se libère pas à l'égard de la Banque dans les conditions prévues par les conventions qu'il a passées avec elle ;

b) Si l'État ne peut établir un budget équilibré ;

c) Si les événements de la vie politique intérieure annoïr cent l'arrivée au pouvoir de mauvais administrateurs, de partisans de l'inflation ; ;

d) Si l'État ne peut recouvrer ses propres créances ; 51 5€$ débiteurs sont défaillants, etc...

Passons en revue les événements de l'année écoulée, et nous nous rendrons compte que l'État français a fait naître des doutes sur ces quatre points principaux :

a) Il n'a remboursé qu'un milliard au lieu de deux à la fin de 1922 :

b) Le rapporteur général de son budget a fait, à l'automne dernier, des prévisions pessimistes sur l'avenir financier ;

c) Les élections partielles ont annoncé une politique radicale-socialiste, c'est-à-dire de gonflement des budgets (côté dépenses) et d'inflationnisme :

d) L'État n'a pas encore obtenu de paiements de l'Allemagne.

Enfin le débiteur allemand est apparemment défail- Jant.

Il a donc été placé dans l'esprit de l'étranger les principaux doutes sur la solvabilité de l'État français, c'est-à-dire que l'on a mis tous les porteurs étrangers de francs français dans la nécessité de redouter une baisse absolue du franc. On en a fait la proie facile des spéculateurs à la baisse.

Ceci connu, et connu cet autre fait que les étrangers sont possesseurs de francs ou titulaires de crédits en francs pour un nombre très respectable de milliards, on est en mesure de comprendre le jeu des { spéculateurs ».

La tendance à la baisse étant créée par les événements politiques, les spéculateurs n'ont plus qu’à l'utiliser, autant par intérêt personnel que par intérêt politique.

Les éléments du doute sur la solvabilité de l'État français existant, 1] n'ont qu'à les développer, et ils font alors une campagne systématique de dépréciation du franc : ils grossissent les événements défavorables : commentent tendancieusement les bilans de la Banque; montrent que l'Allemagne ne pourr: pas payer, donc que l'État français ne récupérera pas sa ci ‘Lnce, etc..

Quel est leur objet? Est-ce de vendre les francs qu'ils détiennent ?

Non, leur objet est de faire vendre les francs que détiennent Leurs clients et de les acheter eux-mêmes, puis de les revendre pour obtenir le résultat suivant :

Ayant créé la baisse absolue ou la croyance à la baisse, ils achètent des francs dépréciés. Ce premier coup fait, on stabilise, puis l'on améliore pendant quelque temps en faisant la campagne inverse : on dit que la situation est rétablie et que le franc va remonter ; on recrute ainsi des acheteurs. Et l'on recommence le coup trois mois après. Si vous voulez vous en rendre compte, suivez les courbes du change : vous voyez la livre et le dollar faire une pointe, puis une chute ; mais la chute ne ramène jamais dollar ou livre au point de départ. À chaque coup, on passe d'un palier à l’autre. Naturellement, ces opérations, que je simplifie pour la commodité du raisonnement, sont compliquées par tous les procédés dont dispose la spéculation proprement dite pour mener son jeu, et, en particulier, les ventes à découvert, les ventes fictives entre compères, etc.

Ce que j'ai voulu montrer, dans ce chapitre, c'est que la spéculation ne crée pas les conditions qui permettent le jeu à la baisse, elle les utilise, elle les exploite, elle les

grossit : si on lui livre un, elle en tire deux. Si vous voulez

, LA donnent l'espé-

renverser son jeu, créez les conditions qui : loir

rance de la hausse : les spéculateurs auront beau vou la baisse, ils se briseront les dents, et il faudra qu'ils prennent eux aussi position à la hausse. !

Je donne ici une première conclusion : 1l nous appartient, il appartient à l'État français de contrebattre efficacement, C'est un pros

victorieusement, l'offensive contre le franc. hnique

blème de politique générale d'abord, puis de tec économique, dont je parlerai plus loin.

25 août 1923.

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