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CHERCHONS LES REMÉDES

Il y en a. Et plus d'un.

Mais, d'abord, rendons-nous bien compte de la situation.

Nous sommes dans la situation d'un industriel qui travaille à plein collier, qui mène bien ses affaires, mais qui a le malheur :

a) D'avoir à côté de lui un soviet qui lui fait faire des dépenses absurdes et qui, parfois, publie des renseignements faux sur son bilan ;

b) D'avoir une gosse partie de son actif représentée par une créance sur un débiteur qui est de moins en moins disposé à payer ;

c) D'avoir un banquier, qui était son associé pour le recouvrement de cette créance, qui déclare périodiquement que cette créance est irrécouvrable.

Cet industriel, malgré ses efforts, malgré sa production, malgré sa bonne gestion, verra ses actions baisser sans cesse, parce que chacun sait que l'évanouissement de sa créance l'expose à la faillite.

Ainsi de cet industriel, ainsi de l'État français.

En dehors des causes intérieures de dépréciation (avenir financier compromis par la politique radicale-socialiste), la grande cause de dépréciation de notre monnaie, c'est l'évanouissement apparent de notre créance sur l'Allemagne et, parallèlement, l'attitude du gouvernement anglais.

Théoriquement, notre créance sur l'Allemagne vaut dans la mesure où l'Angleterre et la France ont la volonté de la recouvrer. Si l'Angleterre se dérobe, la créance baisse de valeur et le franc baisse aussitôt.

Vous voyez alors comment peuvent jouer à cet instant

les ( manœuvres spéculatives ». Tout banquier de Londres connaissant un peu les secrets du gouvernement prend position à la baisse. Le gouvernement anglais est un des grands artisans de la baisse du franc, et les banquiers utilisent et appuient sa manœuvre. [ci M. Poincaré nous dira que ce n'est pas très fort de la part du gouvernement anglais, qui nuit à ses propres producteurs. Mais il ne nuit pas à ses banquiers dont les intérêts ne sont pas ceux des producteurs. Mais, bref, voilà la manœuvre, voulue ou non. Il s'agit de la contrebattre, de l’annuler.

Remède n° 1. — En quoi la baisse du franc, ainsi provogquée, est-elle dangereuse pour nous?

En ceci, quelle doit déterminer un renchérissement du coût de la vie pour deux raisons :

a) Nous payons plus cher toutes les choses importées ;

b) Nous perdons sur une grande partie de nos exportations, que nous vendons au-dessous des cours mondiaux.

Il suffit d'énoncer ces deux faits pour faire surgir un remède, qui est de compenser la perte à l'achat par un gain à la vente.

En d'autres termes, étant donné que, à chaque baisse du franc, nous sommes obligés de verser plus de francs pour nos importations, il faut que, au même moment, nous recevions plus de francs pour nos exportations, donc que toutes nos exportations soient facturées en dollars ou en livres.

Mais, étant donné que les exportateurs et les importateurs ne sont pas les mêmes personnes, l'application de ce système aurait ce résultat : qu'il donnerait de gros bénéfices aux exportateurs, et que les importateurs seraient obligés d'élever leurs prix à l'intérieur. Or c'est justement ce qu'il faut éviter, afin que la baisse du franc ne provoque pas un ren” chérissement à l'intérieur.

Solution : faire la compensation nationale des pertes subies par les gains réalisés.

Donc, créer un office bancaire national de compensation, qui ferait l'opération suivante : mise au crédit de l'importation des gains réalisés par l'exportation. J'ai exposé le mécanisme de l'opération dans une étude publiée plus haut (V. pages 279-283). Je suis prêt (et je ne suis pas seul) à fournir un rapport là-dessus à M. le ministre des Finances.

Avec ce système, l'économie française vivrait à l'abri de tous les coups comme ceux qui nous sont portés depuis un an.

Il est dificile à appliquer dans l'état d'inorganisation économique où nous sommes encore. Mais que l’on convoque les États généraux et, trois mois plus tard, nous aurons l’organisation nécessaire.

Remède n° 2. — Étant donné qu’une baisse du franc met

tout budget en péril, pour des raisons exposées dix fois, il

faut trouver le moyen d'isoler le budget des variations monc-

taires.

Je puis dire que nous avons quelques propositions intéressantes à faire là-dessus. Je prie nos lecteurs de bien vouloir nous faire confiance à ce sujet, en nous permettant de ne pas leur faire part de nos Propositions, que nous sommes tout disposés à faire connaître à M. de Lasteyrie.

Remède n° 3. — Autoriser tous exportateurs et importateurs à faire leurs opérations en francs-or. Mettre les exportateurs dans l'obligation de le faire, afin que l'étranger ne nous dépouille pas.

Parallèlement, rendre impossible l'acquisition des immeubles par les étrangers autrement qu'en francs-or, sur

les bases de 1914.

Remède n° 4. — D'une manière générale, étudier dès aujourd'hui l'application du franc-or comme monnaie de compte pour toutes les opérations publiques et privées.

Remède n° 5. — Rechercher si certains financiers installés en France n'ont pas lié partie avec les financiers anglosaxons, etc., pour faire pression sur la politique anglaise, afin de lui faire porter les coups quelle porte au franc français. On observe souvent que la politique anglaise paraît à courte vue, et peu favorable aux intérêts de l'économie anglaise. Cette contradiction s'expliquerait si la politique anglaise subit les influences d'une finance internationale qui a ruiné l'Autriche, qui a pillé l'Allemagne et qui pillerait volontiers la France. Faire l'enquête nécessaire et, si l'on trouve des financiers installés en France jouant ce jeu, faire quelques exécutions sérieuses, à la manière des rois de France.

Et il y a encore dix autres remèdes. Il ne faut qu un peu d'imagination pour les trouver et beaucoup de volonté pour les appliquer.

Il va de soi que celui qui les domine tous est de politique générale, extérieure et intérieure. S1l apparaissait clair comme le jour que la France est prête à employer les moyens qu il faut pour recouvrer la créance allemande, vous verriez le franc remonter en huit jours.

Nous ne proposons pas à M. de Lasteyrie de faire la monarchie avec nous. Mais nous lui disons que nous sommes à son entière disposition pour collaborer avec lui. O1 le comte de Lasteyrie, qui est républicain, voit une difhculté à travailler avec des Français non titrés, mais qui sont roya listes, nous sommes tout prêts à répondre à son appel non comme membres de l'Action française, mais comme mem bres des comités professionnels dont nous faisons partie.

Je me permets de signaler au ministre des Finances que, sur ces points, nous sommes en parfait accord avec des républicains de bonne qualité et que, nos amis républicains et nous, nous lui donnerions notre concours dans un même sentiment, parce que, dans cette affaire, 1] ne s'agit ni de la République ni de la Monarchie, mais de la France.

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