LA BATAILLE DE WATERLOO
L y aura bientôt quatre ans que, dans un journal, essayant de voir clair dans le problème de la vie chère, nous ouvrîmes notre série d'études sur le problème monétaire.
À cette époque, c'était dans l'été de 1919, les prix montaient à vue d'œil, et dans toute la presse on brodait sur des informations venues du ministère des Finances et de l'École: on accusait les ( mercantis » de tout le mal, et l'on invitait les Français à produire pour améliorer la balance commerciele, afin de faire ( remonter le change. »
Cette campagne me paraissait peu intelligente ; les explications données fort peu satisfaisantes : il y a toujours eu des mercantis, et l'on ne voyait pas, à première vue, POUTquoi leurs manœuvres immorales devaient avoir plus d'nfluence sur le prix des choses en 1919 qu'à une autre époque de l’histoire. Après quelques tâtonnements, nous arrivions à découvrir le vrai, à savoir que les histoires de mercantis et de balance commerciale étaient des contes pour les bonnes
femmes, et que, tout simplement, on fabriquait de la fausse monnaie par des procédés modernes, beaucoup plus subtils que les procédés des princes faux monnayeurs.
Au cours de l'hiver qui suivit, nous parvenions à {ormer une petite coalition d'amants de la vérité : nous étions trois, M. Peschier, M. Jacques Arthuys et l’auteur de ces chroniques, qui ne nous connaïissions pas de la veille, et qui fondâmes une amitié, en dehors et au-dessus des partis, au nom de notre commun amour pour la saine monnaie. Nous croyions alors qu'il nous faudrait trois mois pour faire connaître la vérité et la faire reconnaître.
Il nous fallut trois ans d'efforts incessants. Mais nous avons abouti à quelque chose. Et, de trois, nous sommes devenus une foule, laquelle tient aujourd'hui la vérité, ne la lâche pas et à qui on ne fera plus jamais prendre un franc papier pour un franc-or.
Je rappelle cette histoire afin d'éclairer les discussions ouvertes depuis un an et qui reprennent à chaque nouvelle pointe du change.
Le problème monétaire ayant changé d'aspect, apparemment, un nombre imposant de publicistes se sont jetés sur l'explication donnée par le ministère des Finances, et, au cours de cet été, les ( spéculateurs » ont joué le même rôle que les ( mercantis } au cours de l'été de 1919. À première vue, une explication de ce genre se révèle insuffisante pour les mêmes raisons que sa sœur de 1919 : les spéculateurs n'ont jamais cessé d'exister, et l’on ne voit pas pourquoi ils auraient plus de puissance sur la monnaie en 1923 qu'en 1920 ou 1921. Voilà près d'un an que nous montrons que l'explication des baisses par la spéculation n'explique rien. Nous avons proposé une explication. J'espère que, cette fois, nous ne mettrons pas trois ans à la faire connaître et accepter.
S1 j'en juge par les lettres qu'ont provoquées les deux articles publiés dans l'Action française ces deux dernières semaines, nous irons beaucoup plus vite. À côté d'injures amicales de quelques personnes qui voudraient diriger les fureurs populaires contre des spéculateurs insaisissables, j ai eu le très vif plaisir de trouver dans mon courrier des encouragements de haute qualité, venant d'hommes qui n'étaient pas loin, il n° y a pas longtemps, des explications officielles. On a bien voulu joindre, à l'expression de ces sentiments, des renseignements du plus haut intérêt dont je compte bien faire usage. Plusieurs lettres seraient à publier intégralement. Je m'excuse auprès de mes correspondants de ne pouvoir le faire et, dans l'impossibilité où je suis de leur répondre à tous, je les prie de trouver ici mes très vifs remerciements.
ne l'Action française
Une fois de plus, pourrions-nous dire, :
de parvenir à a
a raison. C'est sa règle qui nous permet vérité.
Politi Politi La pl Je nos Corres:
olitique, Politique d'abord. La plupart © :
: 9 e à Ce pondants ont parfaitement vu que, lorsque l'on se place” ] - : règle point de vue, on découvre le paysage. Appliquez = o < C. 5 dans ces problèmes techniques, et VOUS os . tion . ne - spéculatio changes sautent ; ne criez pas, comme desfous : se de ère est politique, spéculation : dites-vous que la cause Prem tarderez . ar et, avec quelque compétence technique, VOUS ne pas à voir l’enchaînement des causes et des effets:
Lermi . ? .
Tout ce que nous voulons établir, c'est cecl: c'est un chel ;
19 La spéculation n'est pas une cause,
29 La spéculation suit les événements politiques el ne cede pas ;
30 La monnaie française élant devenue,
les pré-
pour partie, itre de
REETTT
crédit sur l'État, est exposée à subir toutes les variations de valeur que la politique intérieure où extérieure fait subir au crédit de l'État ;
4 La monnaie, placée dans ces conditions, devient nécessairement l'objet d'une spéculation incessante ;
50 La spéculation est à la hausse lorsque la politique de l'État est à la hausse, c'est-à-dire lorsque la politique améliore le bilan de l'État, et elle est à la baisse lorsque la politique est à la baisse :
6° Tout remède à une anémie de la monnaie doit être cherché d'abord dans les moyens politiques, ensuite dans les procédés techniques.
Au lendemain de la bataille de Waterloo, la nouvelle d'une défaite anglaise parvint à Londres. La rente baissa, non parce que l'on jetait des paquets de rente sur le marché, mais parce que le bilan de l'État anglais devenait désastreux. Rothschild, connaissant la vérité, achetait en sous-main. La vérité fut connue ; la rente rebondit parce que le bilan de l'État devenait excellent. Rothschild vendit avec bénéfices et super-bénéfices. La spéculation avait utilisé l'événement politique ; mais c'était Blücher qui l'avait créé.
Il y a toutefois des cas où la spéculation fait plus que cela. C'est lorsque, maîtresse des événements politiques, elle les crée elle-même au gré de ses intérêts. Nous en parlerons tout à l'heure.
NOUS SOMMES TOUS SPÉCULATEURS On sait que les financiers de Londres ont répondu à M. de
Lasteyrie. Ils se défendent d'avoir vendu des francs par paquets. [ls disent que c'est Paris qui a envoyé de gros ordres
d'achats de dollars, livres et autres monnaies qui tiennent debout. Va-t-il falloir chercher les ( spéculateurs » à Paris? Je le crois, mais pas au sens où on l'entend communément. Il faut d'abord voir que nous sommes tous spéculateurs, ou que l'on nous oblige tous à être spéculateurs.
Raisonnons : Nous sommes à la baisse du franc depuis un an. Dans cette situation, tous les producteurs qui ont à faire des achats de matières premières à l'étranger, ou même à l'intérieur, prennent position à la baisse, sans se rendre compte une minute que cest eux qui vont vendre des ( paquets de francs ». [ls ne font pas ce qu'ils ont fait en 1919, en 1920, parce qu'ils ont été échaudés, mais...
En octobre 1922, je le dis sans honte, ayant à administrer des disponibilités dont je suis gérant, je dis à mes collègues que, si nous ne voulions pas perdre une bonne partie de notre avoir, il serait prudent de fixer les dites disponibilités en monnaie stable, dollars ou livres. À quoi il me fut répondu, par des hommes fort au courant de la situation, que Ce SEA là l'abomination de la désolation. Ma responsabilité étant ainsi à couvert, je prie mes collègues debien vouloir chercher
I bilités à l'abri éponse des mesures mettant nos disponibilités à l'abri. La rép uvrir en matières
Je fais observer
e celle que Je res COM-
unanime fut que nous devions nous CO premières pour six mois. Bien ! J'exécute.
que c'est exactement la même opération que proposais, puisque notre achat de matières pisse ee porte, de la part de notre fournisseur, un ae ni ; ke et que notre fournisseur, dès qu'il reçoit noire A : couvre en livres, en dollars ou en Couronnes. . . vends des francs, et je spécule, et Je sis Ce culer si je ne veux pas connaître le sombre as Cette opération, répétez-la des milliers et des ere fois, et vous verrez ce qu'elle donne. Actuellement, }
: à ne SOit un industriel, un commerçant digne de €
liers de
e nom; qui
en permanence couvert en matières premières, en marchandises, pour six mois et plus. Dans la plupart des cas, c'est contraire à toutes les règles de la bonne administration, carilest absurde de faire des immobilisations inutiles. Mais remarquez que c'est par des opérations de couverture de ce genre que l'industrie et le commerce retardent l'augmentation des prix qui, théoriquement, devrait suivre toute baisse de la monnaie.
Quoi qu'il en soit, voici le fait : nous sommes tous spéculateurs, dans Ja mesure où nous avons du bon sens, et c'est contraire au bon sens, puisque nous faisons tous ainsi des immobilisations improductives, que nous sommes tous en excès de stocks pour trois, six ou neuf mois. Et à chaque pointe du change, le jeu s'active, jusqu'à ce que nous ayons atteint la limite de nos dispomibilités.
Ajoutez à cela que les épargnants, qui ne sont pas des producteurs, font exactement la même chose, dans le même sentiment, en achetant des valeurs à change pour fixer leur avoir en monnaie stable, — et vous aurez idée de la masse de spéculation que représentent ces mouvements à chaque pointe du change.
Vous voulez renverser la situation? Nous vous bénirons, monsieur le ministres des Finances, si votre action libère nos disponibilités investies en stocks. Mais faites une politique à la hausse du franc.