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LE PROBLÈME DES CHANGES EST SIMPLE

L'erreur des chercheurs vient d'une malheureuse habitude contractée par l'intelligence vers la fin du xix° siècle, habitude par laquelle on noyait la vérité dans un absurde fatras de documents. Newton, s'il avait vécu au temps de la documentation, n'aurait jamais osé tirer, de ses observations

sur la chute d'une pomme, les réflexions qui le portèrent à découvrir et à formuler les lois de la chute des corps : il aurait considéré la chute d'une pomme comme un fait trop simple pour le conduire à la découverte d'une loi umiverselle ; 1l aurait amassé d'innombrables documents sur le volume et la couleur des pommes ; sur les conditions de la croissance des pommiers et sur les hommes qui procèdent à leur plantation. Après quoi, il serait mort, sans avoir trouvé quoi que ce soit, mais il aurait été, probablement, nommé docteur honoraire de l'Université de Heidelberg.

Les chercheurs de notre temps ont été victimes de la malheureuse manie documentaire de la fin du xIx° siècle, manie qui est d'origine germanique, comme chacun sait. Devant des faits qui intéressaient le monde civilisé tout entier, ils ont vu, dès le principe, qu'il était impossible de découvrir la vérité avant d'avoir procédé à une enquête mondiale. Nous n'exagérons rien : la Société des Nations, dont les institutions reposent sur les idées du xIx° siècle, a mené une enquête mondiale sur les monnaies et les changes ; il en est résulté une série de publications fort bien faites, très bien imprimées, pleines de tableaux et de graphiques remarquables. Cette enquête a dû coûter plusieurs millions, et elle a été totalement inutile pour la découverte de la vérité.

Les enquêteurs, et, avec eux, les chercheurs officiels, brevetés, professeurs de Facultés et membres des Académies, avaient perdu de vue que tous les phénomènes sont essentiellement simples, et qu'il suffit de raisonner sur une ou plusieurs de leurs manifestations pour découvrir la loi qui les dirige universellement.

En France, quelques chercheurs, libérés des habitudes du XIX® siècle, sont parvenus à découvrir la vérité dans les problèmes monétaires, avec beaucoup moins de frais que la Société des Nations, et avec des résultats incomparablement

plus importants : M. Jacques Arthuys, par exemple, s'est contenté de lire Montesquieu, ce qui l'a mis sur la voie oùil a fait les découvertes qu'il a exposées dans le Problème monétaire ; l'auteur de cette étude s'est borné à considérer que les entreprises qu'il dirige constituent un microcosme qui reproduit tous les phénomènes de production et d'échange qui se produisent dans le monde entier, ce qui lui permit de faire quelques découvertes utiles qui ont été communiquées aux Français par le moyen d'un petit livre intitulé La Monnaie saine tuera la vie chère.

On doit à ces chercheurs la proclamation solennelle de quelques vérités fondamentales à la Semaine de la Monnar, en 1922, vérités qui sont bien acquises aujourd'hui, que personne ne conteste plus, et qui, mises en la possession des intéressés, c'est-à-dire des producteurs et des consommateurs, ont été de la plus grande utilité pour rendre très difñcile, sinon impossible, une nouvelle altération de la monnaie en France.

Il est reconnu aujourd'hui, par exemple :

Que la monnaie, étant essentiellement une marchandise ayant sa valeur propre, marchandise-étalon qui sert à mesurer la valeur de toutes les autres marchandises, doit demeurer marchandise pour remplir sa fonction ;

Qu'il est de première importance, si l'on veut assurer une production et des échanges normaux, de mettre la monnaie à l'abri de toute altération ;

Que l'or demeure, malgré quelques apparences contraires, la marchandise-monnaie par excellence, et qu'il conserve sa fonction sous les fictions actuelles ;

Que la monnaie est en quelque sorte le bien commun des producteurs et des consommateurs, qu'elle n'est pas la chose de l'État ou du Prince, dont la valeur peut être modifiée par la volonté du souverain ;

EEE

Que la marque du Prince sur la monnaie n'est pas le signe de la toute-puissance du souverain sur les valeurs de la monnaie, mais exclusivement la garantie du bon aloi, signifée à tous par la parole du souverain frappée en lettres d'or :

Que le billet de banque n'est rien d'autre que la représentation des monnaies déposés dans les caves de la Banque d'État ou une traite à signature universellement connue substituée, pour les commodités du trafic, aux traites des producteurs et des commerçants déposées dans le portefeuille de la Banque d'État, traites qui sont la représentation de marchandises effectivement créées et mises en circulation ;

Que, enfin, tout billet de banque qui n'est pas la représentation de ces monnaies ou de ces traites, et qui n'a été tiré que pour les besoins de l'État, n'est rien d'autre que l’équivalent de la fausse traite tirée sur un faux client par le producteur ou le commerçant à court d'argent ;

Que, en conséquence, tous les billets qui ont été émis pour les besoins de l'État, de 1914 à 1920, sont de fausses traites, qui ont diminué la valeur des vraies traites mises en circulation antérieurement, et que l’ensemble des billets en circulation, jusqu'au jour où l'État aura fait rentrer ces fausses traites, dépendra, en ce qui concerne sa valeur, du crédit de l'État, c'est-à-dire de sa capacité de remboursement ou de récupération des fausses traites qui ont été émises.

Ces vérités sont aujourd'hui reconnues de tout le monde, | à l'exception toutefois de M. Louis Loucheur, ancien ministre des Régions libérées, et de toutes les personnes qui sont attachées à sa fortune. Elles sont également méconnues par | les communistes ; mais on ne tient pas compte de cette

méconnaissance, les communistes n'appartenant pas à l'univers civilisé, soumis qu'ils sont aux directions d'un pouvoir issu de l'Asie nomade et qui siège à Moscou.

Il est donc inutile de fournir de nouveau les preuves qui

ont été abondamment fournies ailleurs, et l’on ne rappelle ces vérités que pour faciliter l'intelligence de ce qui va suivre, afin que la présente étude se sufhse à elle-même, et enfin parce que, dans cet ordre, la répétition des mêmes choses est absolument indispensable si l’on veut avoir raison. Il ne faut pas croire qu 1l suffit d'énoncer une vérité pour la faire reconnaître : 1l faut la répéter pendant des années et des années. Les intérêts ligués contre la vérité monétaire sont extrêmement nombreux et plussants. C'est en renouvelant sans cesse, pendant trois ans, ces vérités fondamentales qu'on a fini par en imposer le respect.

Les vérités ci-dessus reproduites sont d’une simplicité extrême et les moyens employés pour les découvrir ont té non moins simples. On a considéré que la vie d’une nation, en ce qui concerne la production, les échanges et les moyens d' échange, était régie exactement par les mêmes lois. que la vie d'une entreprise privée, et qu'il sufñsait d'observer les faits intéressant une ou plusieurs entreprises privées pour comprendre les phénomènes monétaires intéressant une ou plusieurs nations, exactement comme Newton raisonnait sur Ja chute d'une pomme pour comprendre les lois de la chute des corps. C'est grâce à cette méthode que l’on arrive à la simplification de l'analyse. La méthode est parfaitement légitime : 1l faut, en effet, se rendre compte qu’une nation n'est rien d'autre, au point de vue économique, qu'une grande entreprise de production dont le chef suprême est le Souverain. C'est ainsi qu'elle peut être conçue par l'esprit ; cest ainsi qu elle est regardée par l'étranger. Ce qui est vrai pour chacune des entreprises sera vrai pour l'ensemble, ou pour cette entreprise générale qu'est la nation. La Banque d'État n'est rien d'autre que la caisse centrale et la comptabilité centrale de l'entreprise générale.

C'est la méthode que nous emploierons pour analyser des

faits sur lesquels la discussion est rouverte, alors qu'elle peut être considérée comme close pour les vérités qui ont été rappelées ci-dessus.

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