CONTRE L'INFLATION MENAÇANTE
13 décembre 1925
LES REMBOURSEMENTS DE L'ÉTAT À LA BANQUE COMPROMIS. — UN PROJET D'INFLATION. —PROTESTATIONS DES PRODUCTEURS. — VŒUX POUR UNE DICTATURE FINAN: CIÈRE. — DÉCISIONS A PRENDRE ENTRE FRA! ÇAIS.
N annonce que VI. de Lasteyrie, ministre des Finan: ces, a l'intention, non seulement de ne pas reml our ser le milliard qu'il devrait rembourser en fin d'année
à la Banque de France, mais d'utiliser en outre, pour les besoins du Trésor, les 800 millions du fonds d'amortissement des avances.
Il faut dire nettement ce que signifieraient ces mesures :
C'est une faillite partielle, et c'est l'inflation.
Or, il y a un mois, M. de Lasteyrie affirmait sa résolution de ne pas recourir à ces moyens.
Le 10 novembre, j'ai reçu la visite d’une personnalité qui, sans me dire nettement qu'elle venait de la part du ministre, me faisait connaître qu elle avait mission de me faire part des intentions du ministre, fermement résolu à tenir ses engagements. On me demandait en outre de ne rien écrire
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sur la question des remboursements, añn de ne pas ouvrir une discussion qui pourrait gêner le ministre.
Je répondis que cette tactique me paraissait tout à fait imprudente, mais que je consentais à faire l'expérience, et que, si le ministre ne tenait pas ses engagements, je ferais connaître à nos lecteurs cette singulière démarche.
Hier même, mon visiteur m a écrit : Vous aviez raison ; notre pacte ne tient plus.
Il apparaît donc que la liberté de manœuvyrer que désirait le ministre était destinée à faire le contraire de ce que l'on annonçait.
On est en droit de se demander si certaines manifestations bruyantes de fonctionnaires n'ont pas été habilement provoquées pour justifier les mesures que le ministre des Finances se propose de prendre ou de faire prendre au Parlement.
Ïl devient évident que nous avons un ministre des Finances qui, par manque de prévoyance et d'énergie, s'étant laissé acculer dans une impasse, ne trouve d'autre issue que la chute dans le régime des assignats.
Îl n'est pas trop tard pour réagir, à condition que l'on soit absolument résolu à employer les moyens nécessaires.
Les producteurs, qui sont unanimes à protester contre une telle politique financière, ont déjà défini ces moyens.
Je les résume a :
Étant donné que l’on ne peut éviter l'inflation qu à condition de ne pas faire de dépenses qui ne soient au préalable couvertes par des recettes ;
Étant donné qu'une politique financière ainsi conduite est impraticable en période électorale.
Il est nécessaire, si l'on veut éviter la catastrophe financière :
1° D'instaurer sans retard une dictature financière, avec
un ministre plus prévoyant et plus énergique que M. de Lasteyrie ;
2° De proroger le Parlement jusqu'à ce que, la situation financière soit assainie ;
39 De mettre la production à l'abri des troubles monétaires par l'introduction rapide d'une monnaie de compte stable, qui ne peut être autre que le franc-or.
S1 ces mesures ne sont pas prises, nous sommes menacés des pires troubles économiques et sociaux.
Mais les producteurs, avertis par les expériences alle: mandes, sauront prendre en temps utile les mesures propres à garantir le travail.
Dès hier soir, l'UNION DES CORPORATIONS FRANÇAISES, dont le Comité central siégeait, a décidé de faire campagne pour la dictature financière, la prorogation du Parlement, l'application du franc-or à toutes opérations. Elle demande, en outre, que l'État convoque, sinon les États généraux, au moins les chefs des grandes corporations et des grandes associations qui l'aideraient à appliquer la rude politique financière qui est nécessaire.
Si les ministres veulent perdre l'État et livrer les Français aux financiers, les producteurs et les combattants sont résolus à sauver l'État et à protéger les Français, et ils savent quels moyens doivent être employés.
Nous attendons maintenant les déclarations publiques du ministre des Finances !.
1. Le lendemain de la publication de cette note, M. le ministre des Finances donnait à la presse un communiqué où il démentait les informations données ci-dessus.
Mais, le 31 décembre, le remboursement était limité à 800 millions (au lieu de 2 milliards), et le gouvernement faisait son échéance par des procédés d'une correction contestable.