M. DE LASTEYRIE PART EN CAMPAGNE
nous l'avons ; la voici :
1° Le ministre des Finances ou ses amis ont fait,
dans divers journaux, des déclarations splendides sur le
N'” demandions une politique financière énergique ;
thème ( on les aura ?.
20 La note suivante a été communiquée avant-hier à la
presse :
« M. de Lasteyrie, actuellement dans le département de la Corrèze, sera de retour à Paris demain. Il doit examiner, d'accord avec un certain nombre de personnalités du monde financier, la situation du marché des changes et les mesures
que pourrait comporter la répression de la spéculation qui
s'exerce actuellement à la baisse du franc. » Cela vaut exactement la Commission contre la vie chère que préside M. Klotz, lequel est, il faut le rappeler, l'un des
principaux auteurs de l'inflation, principale cause de la vie chère.
Sur la vigoureuse campagne de presse qui défend M. de Lasteyrie beaucoup plus que le franc, il y aurait beaucoup à dire. Simplifions et ne parlons que du Zemps. Lundi dermier, on pouvait lire dans le Temps un article véhément de M. Ed. Julia qui s'élevait contre le ( défaitisme financier ». Article plein de bons sentiments et de mauvaises raisons : thèse générale : € Que les Français ne désespèrent pas, qu'ils n écoutent pas les mauvais conseils de ceux qui leur prêchent que leur crédit personnel peut être dissocié du crédit général. » Ça, c'est pour nous qui disions que le crédit de la France gouvernée n’est pas ou peut n'être pas le même que celui de la France gouvernante. Affrmation que nous maintenons.
Le Temps proteste également contre certaines polémiques dont 1l dit qu'il eût été préférable de les poursuivre en dehors du forum.
À qui le dit-il? Et quel bon conseilleur ! Pourquoi le Temps, gardien des institutions, ne s'est-il excité plus tôt ? Sa maison est pleine de professeurs et de savants économistes qui sont au mieux avec tous les gouvernements qui se suCcèdent. Le Temps est une puissance dans l'État. Il a laissé se créer les conditions qui font la crise où nous sommes.
[1 a laissé passer, sans un mot, la formidable inflation faite par le ministère Klotz.
[1 a attendu jusqu'en mars 1921 (deux ans trop tard) pour mettre l'opinion en garde contre l'inflation : il a laissé ses lecteurs dans l'erreur jusqu'à cette époque.
Alors que, depuis un an, nous ne cessons de prodiguer les avertissements, de proposer des solutions pratiques, de crier casse-cou, le Temps a attendu le mois de décembre 1923 pour laisser passer un article où l'auteur (avec qui nous
sommes en plein accord) disait aux responsables : € Il est temps, il est grand temps d'agir si l'on veut ne pas glisser sur la pente. » À deux mots près, c'était le langage que nous tenions dix heures avant le Temps.
Bref, le Temps, puissante institution, dont les chefs, les collaborateurs ont leurs entrées partout, a laissé se dérouler des événements dont l'aboutissement était prévu par nous depuis dix-huit mois. Il demande aujourd'hui que l'on se taise. Pourquoi? Pour couvrir ses fautes? Pour le laisser travailler? Ni lui ni ses amis n'ont fait le nécessaire depuis dix-huit mois. Alors?
S; l’on s'étonne que, aujourd'hui, certaines paroles soient dites publiquement, que l'on sache donc que tous les moyens ont été employés pour éviter des discussions publiques ; — que, à la fin de l'été dernier, nous consentions à ne pas ouvrir une campagne (que nous regardions comme nécessaire) afin de ne gêner en aucune manière l'appel de capitaux que faisait l'État : nous demandions en échange qu'il fût fait officiellement telle et telle déclaration qui ne furent pas faites : — que, en novembre, nous consentions à ne point poser la question des remboursements à la Banque afin de laisser toute sa liberté d'action au ministre, et que le ministre profita du silence général pour faire les projets que l'on sait, dont la réalisation eût été catastrophique, et auxquels il ne renonça verbalement que devant les protestations vigoureuses de la presse. Et rappelons que, il y a plus d'un an, nous étions de ceux qui, appelant l'attention du ministre sur le péril évident, provoquaient plusieurs démarches, non publiques, pour mettre à sa disposition tous les concours possibles. Il est extrêmement fâcheux que l'on ait dû faire ces protestations sur la place publique. Qui nous y a contraints? Le ministre, par son imprévoyance et sa faiblesse.
La situation actuelle est en grande partie son œuvre, car
depuis dix-huit mois il a eu tout le temps nécessaire pour trouver les remèdes. Si, dans la situation créée, les producteurs cherchent des garanties en stabilisant, en monnaie saine, des avoirs en francs que leur gouvernement ne défend pas contre la dépréciation, qui pourrait le leur reprocher? Soyez sûrs qu'ils aimeraient bien mieux avoir leurs disponibilités libres en francs plutôt que de les stabiliser en les immobilisant en marchandises ou en dollars.
Je veux bien être ruiné au profit de l'État, si ma ruine sauve le pays et l'État ; je ne veux pas être ruiné par la dépréciation monétaire sans aucun profit pour l'État, mais au profit d'un certain nombre de banques seules bénéficiaires des variations monétaires.
Les producteurs n’ont pas à leur disposition, pour rétablir leur situation, les chèques Zalewski, ni les chèques Raffalovich, ni les chèques du Moscovite qui mène aujourd'hui la campagne pour la reconnaissance des soviets.
IT