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LA SPÉCULATION

Passons à la spéculation. On a vu, par le communiqué reproduit plus haut, que le ministre va la réprimer. Disons tout de suite que cette répression sera totalement inopérante. Elle part d'un bon naturel, mais d’une pensée qui se trompe complètement sur les causes du mal. Et l’on cherche la spéculation là où elle n'est pas.

La thèse du ministère est que tout le mal vient de l’offensive déclenchée par la spéculation ennemie. Alors où veut-il faire porter la répression? À Londres, à New-York, à Amsterdam, à Prague? Si c'est la spéculation ennemie qui mène

la danse, nous sommes impuissants à la réprimer. Il faudrait parler d'une défense intérieure, qui d'ailleurs ne serait pas impossible.

Mais rappelons encore ce que nous ne cessons de dire depuis l'automne de 1922 :

La spéculation n'est pas une cause ; elle est un effet.

La cause première de la hausse ou de la baisse du franc, c'est la situation politique.

La spéculation utilise les événements politiques ; elle ne les précède pas ; elle les suit, et elle en aggrave la signification.

C'est la politique qui transforme tous les producteurs en spéculateurs. Quand la politique affaiblit le crédit de l'État, le franc baisse, et, pour continuer de travailler, les producteurs sont contraints de se garantir contre la dépréciation.

Pourquoi la livre a-t-elle baissé de valeur (absolument et non par rapport au franc) ? Parce que le résultat des élections a fait prévoir un ministère travailliste, donc la fin de la rude politique financière anglaise qui assainissait la livre. Immédiatement, les possesseurs de livres, redoutant un retour de l'inflation, ont échangé leurs livres contre des dollars (et même contre des francs). La spéculation, si l'on veut appeler spéculation cette recherche de garanties, suit l'événement politique.

Mais le jeu des vrais spéculateurs, des grands, de ceux qui ont accès dans les conseils des États, c'est de déclencher des événements politiques qui servent leurs desseins. C'est pourquoi, en France comme en Angleterre, les puissances financières internationales appuient les socialistes dont l'arrivée au pouvoir déclenche partout la prodigalité financière, engendre l'inflation et fait passer la fortune des citoyens dans les coffres des banques spécialement aménagées pour

la capter.

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