‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 161 sur 309 · LA VÉRITÉ SUR LA CRISE FINANCIÈRE · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ SUR LA CRISE FINANCIÈRE

OUS pouvons désormais dire la vérité toute crue : N Il n'y a pas de crise des changes ; il n'y a pas de crise financière ; il n'y a qu'une crise d'État.

C'est ce que l'on imprime ici depuis des semaines, des mois, et presque des années. Mais, pour ma part, je le disais abstraitement. Il faut le dire aujourd’hui en plaçant les noms à côté des abstractions. Tant que l'on pouvait conserver un espoir de voir les hommes au pouvoir échapper à l'esprit du régime, sous la pression des nécessités, on s’est abstenu de critiquer les hommes afin de leur faciliter la tâche. Au cours de l'été dernier, il apparaissait que M. de Lasteyrie était décidément tout à fait au-dessous de sa fonction. Il fal. lait le dire ; on le dit. Mais on ne publia pas la vérité intégrale.

M. de Lasteyrie était coupable d’une incompréhension totale de la situation monétaire. Il était encore plus coupable de n'avoir pas dit à M. Poincaré que lui, ministre des Finan-

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ces, était impuissant à rétablir la situation. Il avait le devoir d'avertir le président du Conseil que la chute du franc qui se produit depuis dix-huit mois a une cause politique, et une cause intérieure. Ceci, nous l'avons dit. Mais nous n'avons pas dit l'essentiel :

Le ministre des Finances, après tout, peut n'être qu'un technicien, manquant des idées générales nécessaires à la conduite des affaires publiques. Mais il y a au-dessus de lui quelqu'un qui n'a pas le droit de se tromper sur le caractère des crises que subit l'État : c'est le chef du gouvernement. C'est ce que nous ne disions pas.

Par un souci constant d'étayer une politique extérieure nationale, nous avons regardé comme réalité une fiction. Nous avons voulu croire que M. Poincaré, trompé par ses techniciens, était dans l'erreur sur le caractère de la crise. Nous admettions qu'un changement au ministère des Finances placerait auprès de M. Poincaré un homme qui lui dirait la vérité et que l’action serait ainsi engendrée. Nous ne disions pas qu'il nous paraissait inconcevable que M. Poincaré n'eût pas vu la vérité tout seul, dans son propre cabinet, où elle se tient, mais voilée. Il est le chef, il doit la voir.

Nous avons espéré, voulu, qu'il fût le chef. Nous ne cessions de répéter, de démontrer, de prouver que la crise était politique, qu'elle ne pouvait être surmontée que par un redressement de l'État.

Contre cette vérité, M. de Lasteyrie et le chef du gouvernement lui-même ont accepté, toléré qu'il fût répandu dans le pays une fable qui masquait leur responsabilité. L'explication de la baisse du franc par la spéculation étrangère, cela retirait toute responsabilité au gouvernement dans la crise actuelle. Mais on désarmait la France. Le gouvernement ne voyait pas ou ne voulait pas voir que la manœuvre contre la

France avait ses principaux moyens à Paris, où la finance manœuvrait la politique intérieure, créant l'événement politique qui livrait la monnaie française à tous les spéculateurs.

Pour annuler cette manœuvre, il n'y avait qu'un moyen : le redressement de l'État d'abord, et après, mais après seulement, l'emploi de tous les moyens techniques.

Il a fallu la panique de la première quinzaine de janvier pour faire entrevoir la vérité au gouvernement. Et c'est seulement le 25 janvier que M. Poincaré a dit à la Chambre qu il subordonnait l'exposé de son programme financier au vote sur les décrets-lois. Les décrets-lois (M. Herriot ditaussitôt que cela met en discussion la République elle-même), c'est un moyen de redressement de l’État ; c'est le moyen par lequel un gouvernement, qui doit prendre des mesures de salut public, échappe à la pression électorale, ce qui est particulièrement nécessaire en cette saison. C’est la reconnaissance, c'est l’aveu que la crise est politique. C'est la vérité

qui apparaît.

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