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L'OCCASION

Nous nous étonnons que, depuis dix-huit mois que la crise est ouverte, le gouvernement ne l'ait pas vue ou, s'il l’a vue, n'ait pas pris les moyens utiles pour en triompher. Accordons que, tant que le public ne la percevait pas, l’action était difficile à un gouvernement démocratique et parlementaire. Mais ce gouvernement pouvait se préparer à l’action, prévoir le moment où elle lui serait possible. Aux environs du 15 décembre, il était visible que ce moment approchait. Nous n'avons pas manqué de le dire ici. Nous avons suggéré

quelques moyens d'action. Le gouvernement avait encore le temps de se préparer à saisir l'occasion.

L'occasion vient. Du 1€" au 15 janvier elle est là. Elle s'offre : elle s'attarde : elle s'étonne de n être pas attendue ; elle appelle l'homme pour qui elle vient et qui n'a qu à lever la main pour la voir à ses pieds. Elle donne à la nation le sentiment qu'il faut : elle soulève les parlementaires eux-mêmes au-dessus de leurs préoccupations de parti. De tous côtés, les Français demandent un chef, un gouvernement. Ce chef, pour eux, c'est M. Raymond Poincaré. Si, entre le 10 et le 18 janvier, M. Poincaré avait demandé au Parlement ces décrets-lois, ou quelque chose de plus précis, 1l obtenait tout ce qu'il voulait, aux acclamations de la Chambre et du pays, du pays surtout. S'il avait alors trouvé le moyen d'ajourner les élections, c'eût été un enthousiasme délirant dans le pays. La crise des changes aurait été conjurée ; on aurait vu le franc remonter: et, quelques mois plus tard, M. Poincaré aurait fait des élections triomphales.

Cette prodigieuse occasion d'agir, de redresser l'État avec le gouvernement en place, est-elle perdue? A partir du 15 janvier, l'occasion est moins favorable ; les promesses que comportaient la situation s'appauvrissent. Les laissera-t-on s'épuiser ?

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