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REGRETS ET ESPÉRANCES

Hier matin, M. Lucien Romier écrit à la Journée indusfrielle que « la chute de M. Poincaré serait un malheur pour notre pays }.

Oui, si la chute de M. Poincaré doit marquer un moins pour le pays.

Regardons donc les événements froidement. Supposons que M. Poincaré traverse cette crise sans choir. Les mesures demandées aujourd'hui par lui étant inopérantes, et insuffisantes au surplus, dans quelques semaines, la crise monétaire et financière est rouverte, aggravée. C’est la rafale. Comment M. Poincaré y résistera-t-il2 Il est alors exposé à tomber dans l'affolement parlementaire et au milieu d’une panique. Alors, c’est le signe moins et c’est la baisse du crédit.

S'il tombe cette semaine ou si, le ministère demeurant au pouvoir, 1] apparaît qu'un nombre imposant de patriotes attendent un redressement effectif de l'État, c'est le signe plus, et c'est le relèvement du crédit.

Personne ne pourra reprocher aux directeurs de l'Action française ni à aucun de leurs amis et collaborateurs d’avoir refusé leur confiance au gouvernement de M. Poincaré. Tout a été fait pour le soutenir, l'éclairer, l'avertir. Tout, parfois sans espérance. Il appartient au ministère Poincaré de se soutenir lui-même par une énergie accrue, par un renversement de sa politique intérieure, seuls moyens de restaurer la confiance.

Mais 1il faut rappeler que, depuis dix-huit mois que la crise est ouverte, M. Poincaré n'a rien fait pour la conjurer, qu'il a attendu que la crise fût tout à fait aiguë pour la découvrir, qu'il a laissé passer l'occasion d'agir avec une pleine efficacité.

C'est ce qui obligera le ministère Poincaré à un effort immédiat beaucoup plus grand que celui qui serait demandé à un nouveau ministère.

Nous comprenons les regrets de M. Romier. Nous pour: rions dire que nous les partageons. Ilest profondémentyriste de voir une grande expérience du patriotisme suspendue si près de la réussite. Mais le patriotisme ne peut pas se limiter à M. Poincaré. M. Lucien Romier disait lui-même, il

ÿ a une quinzaine, que la solution de la crise était une question de gouvernement. Il est nécessaire que, M. Poincaré n'ayant pas usé des moyens de gouvernement dont il dispo: sait, et n’en ayant point inventé d'autres, le patriotisme actif fournisse la preuve qu'il peut surmonter l'expérience Poincaré, le cas échéant.

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