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L'OCCASION SAISIE

C'est ce qui a été fait vendredi à la Chambre. Au témoignage de tous, c'est Léon Daudet qui a affirmé, avec une force incomparable, la volonté du pays d'échapper au { suicide pour rien ». M. Poincaré ayant laissé passer l'occasion qui s'était offerte à lui, une autre occasion se présentait pour le redressement nécessaire, ou son contraire.

Pour le contraire, c'était difficile, car le vœu du pays le repousse. L'occasion était donc pour le patriotisme de montrer son aptitude à diriger l'esprit national. Si le patriotisme y avait manqué, l'avenir devenait sombre. Avec Léon Daudet, le patriotisme a saisi l'occasion. Léon Daudet a placé, audessus des débats, une conception de l’action gouvernementale qui dépasse celle de M. Poincaré et autour de laquelle il a manifestement rallié une grande partie de la Chambre. C'est le signe plus. C'est acquis. Quelle que soit la conclusion du débat ouvert hier, la Chambre, le pays ont pris conscience que le patriotisme n'est pas limité par le mimistère Poincaré, ni pour les idées ni pour les hommes. M. Poincaré tombant, les espérances nationales ne diminuent pas, elles sont multipliées. M. Poincaré demeurant, une force active agit sur lui, l’oblige à se surmonter, et reste, aux yeux du pays, la réserve de demain.

Léon Daudet, avec une sûreté de vue extraordinaire, a montré à la Chambre ce qu'aucun technicien n'avait remarqué jusqu'ici : savoir que le plan financier du gouvernement entraînait un renoncement partiel aux droits que nous tenons de la guerre et des traités. Ce qui est rigoureusement exact. Le gouvernement, et tous les commentateurs des textes de M. de Lasteyrie, ont enseigné au public que toutes nos difficultés financières viennent de l'absence de paiements allemands. Si le franc baisse, dit-on, c'est, en fin de compte, parce que l'Allemagne ne paie pas. Parbleu ! Quelle autre cause pourrait-on trouver à toutes nos difficultés ? Mais l'on se félicite d’avoir obtenu de la France les trois quarts des dépenses de reconstruction ! Mais l'on fait un plan financier, conçu dans l’affolement de la crise, qui met le dernier quart à la charge des Français, et le paiement des intérêts de la reconstruction à la charge des mêmes Français. Cela révèle une pensée secrète de renoncement : ce n'est pas la pensée de M. Poincaré ; c'est celle de ses techniciens ; mais elle a été incorporée à son programme. Or, si l’on avait pris en temps utile les mesures politiques tendant à la revalorisation du franc, ces mesures financières, qui comportent un renoncement, eussent été inutiles. L'imprévoyance a amené le ministère Poincaré à les rendre presque nécessaires aujourd'hui. Mais Léon Daudet a maintenu, renouvelé la revendication française.

On ne peut aujourd'hui faire de prévisions sur les conséquences monétaires de la crise politique qui est ouverte. Quelles qu'elles puissent être, on a désormais la certitude que la crise économique et financière sera résolue, même si nous avons quelques séismes. Le redressement de l'État est amorcé. Léon Daudet a fondé vendredi, à la Chambre, audessus des partis, au-dessus des majorités, une nouvelle union sacrée, largement ouverte, qui est, dès aujourd'hui, l'assise

d'un patriotisme agissant. Nous écrivions, le 31 décembre, que nous abordions l'an nouveau avec ce même enthousiasme irraisonné que l'armée française avait connu à Verdun, et qui prit figure lorsque l’on connut la nouvelle : Pétain commande. Notre enthousiasme prend figure : Daudet a fait le ralliement des Français pour dépasser le ministère Poincaré ou l'obliger à se dépasser lui-même.

Telles sont aujourd'hui nos considérations sur la défense du franc.

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