LE PROBLÈME DE LA TRÉSORERIE
Nous ne fardons pas la vérité, afin de bien faire comprendre que ce n'est pas du tout le moment de diminuer la pression que nous exerçons sur l'État. Dans ces dernières semaines, elle a été d’une utilité incontestable. Le gouvernement ne nous en est pas reconnaissant, et il nous fait attaquer par ses amis. Cela n’a aucune importance. [l faut continuer la pression, et l'augmenter, d'autant plus que le gouvernement s'est donné moins de facilité pour agir. En prorogeant le Parlement, il accroissait ses chances de succès. En faisant les élections, il les diminue. Augmentons donc la pression.
Premièrement, il faut signaler que le problème immédiat est un problème de trésorerie. Or, ici, le péril est sérieux, parce que l'étranger a la possibilité d'agir sur nous. Ce n'est pas en jetant des paquets de francs sur le marché que l'étranger joue contre la France. C’est en suscitant des embarras au Trésor, afin que ces embarras, connus sur toutes les places, fassent baisser le franc automatiquement, par la menace d'inflation qu'ils constituent. C'est M. François-Marsal qui, à notre connaissance, a, le premier, signalé le très grand danger de cette manœuvre, qui est une cause directe de baisse du franc et indirecte par les ventes de francs qu'elle détermine.
Supposez que tel État étranger consacre un, deux ou trois milliards à l'opération (elle les vaut), qu'il achète des bons de la Défense à telle échéance, qu'il les présente au rembour-
sement au jour choisi par lui. La trésorerie est alors bousculée ; il faut s'adresser à la Banque de France ; on fabrique des billets, et c'est l'inflation forcée. Tel est le danger auquel l'État doit parer.
Le péril n’a donc pas disparu. On peut même dire qu'il est devenu plus grave, parce que l'État a contre lui désormais deux échéances, l’une connue, celle de la dette qu'il a contractée à l'égard de l'Amérique, l'autre inconnue, celle de la manœuvre que l'ennemi peut exécuter contre lui, à la faveur de ses difficultés de trésorerie.
La hausse actuelle du franc ne doit donc pas être pour nous le signe d’un ralentissement de nos efforts. Le gouvernement a eu le malheur de décider que les élections auront lieu en mai : continuons de demander la prorogation du Parlement ; le gouvernement a une profonde horreur pour le franc-or, qui rendrait impossibles les expédients monétaires : poursuivons notre campagne pour le franc-or ; le gouvernement est plein de défiance à l'égard des producteurs, à qui il reproche leur propre défiance à son égard : invitons les producteurs à exercer sur l'État une pression de plus en plus grande ; le gouvernement veut conserver le parlementarisme intégral au cours de cette crise : s'il nous oblige à faire les élections, mobilisons les électeurs pour mettre fin au parlementarisme.