PREUVES TIRÉES DE L'ACTUALITÉ
Dans ces pages consacrées à une revue hebdomadaire de la production, nous regardons la vie politique du point de vue de la production nationale. De ce point de vue, nous, producteurs, nous demandons à l'État d'être rigoureusement « en dehors et au-dessus des partis », afin quil puisse constituer un faisceau de nos forces, concevoir et appliquer une politique économique favorable au travail national. Par exemple, dans les mois où nous sommes, où la production est violemment secouée par les séismes financiers et monétaires, nous pensons qu il est absolument nécessaire de réaliser au gouvernement l'unité de direction financière
et économique, afin que nos eftorts, coordonnés, tendent exactement vers le même but que ceux de l'État.
Là-dessus, nous voyons naître un nouveau ministère, Fort bien, pensons-nous : ce ministère sera celui de la défense du franc, de la coordination des forces économiques et financières, bref le ministère qui convient à la situation, où une seule question politique se pose, qui regarde le chef du gouvernement, mais où cent questions économiques et financières sont posées, dont la solution, selon qu elle sera fournie par tel ou tel, appuiera ou contrariera la politique générale. Et nous attendons avec confiance.
Et la liste ministérielle paraît. Alors, de tous côtés, c'est l'ahurissement. Les ministères qui nous intéressent : Finances, Industrie et Commerce, Hygiène et Travail, Agriculture, Régions libérées, ont pour occupants des hommes qui manquent vraiment trop d'idées communes, ce qui est de notoriété publique. Il y a un ministre qui a construit une partie de son système sur des paiements allemands effectifs ; un autre, qui a bâti sa fortune politique sur des combinaisons qui rendent les paiements allemands à peu près impossibles. Il y a un ministre qui veut pratiquer des économies rigoureuses, et un autre qui veut faire de l'État le grand dispensateur des biens qu'il ne possède pas. Comment assurera-t-on l'unité de direction avec des hommes aussi différents?
On ne comprend pas. On ne commence à comprendre que lorsque l'on se dit que ce mimistère est d'abord une concentration de partis. Âu moment où l'on attendait un mimistère de coordination nationale, on voit un ministère de concentration électorale. Devant les producteurs qui tendent à se tenir en dehors des partis, les partis s'unissent comme pour affirmer qu'ils ont un intérêt commun devant (ou contre) la nation qui travaille. Il y a vingt ans, une telle combinaison aurait été regardée comme le fin du fin. Aujourd'hui, elle est
tenue pour un anachronisme. La patrie a besoin de l'unité de vues et d'action. Le parti lui impose la diversité : il place un inflationniste à côté d'un déflationniste : un adversaire à côté d'un partisan des monopoles, ete. Le parti est encore une fois contre la patrie, sous une forme beaucoup moins violente que le parti socialiste pendant la guerre, mais plus dangereuse parce qu'elle est moins visible.
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