LIMITES DES OSCILLATIONS DU FRANC EN DEHORS DE L INFLATION
Les personnes qui ont mal lu les études publiées ici croient que nous pensons que les mouvements du franc suivent exactement les mouvements des avances de la Banque de France à l'État. Cela est vrai en période d'inflation et en période de déflation normale. Cela n’est point vrai dans une période comme celle où nous sommes depuis deux ans, où il n'y a ni inflation ni déflation.
Alors, ce qui cause les mouvements du france, c’est l'idée que l'on se fait, d'après la vie politique, du crédit de l'État. Apparaît-il que l'État cessera de rembourser la banque? Le franc baisse. Apparaît-1l qu'il reprendra ses remboursements? Le franc remonte.
Mais il y a des limites à ces oscillations. On peut dire, grossièrement, que ces limites sont, à la baisse du franc, le dollar à 28 francs, à la remontée du franc, le dollar à 15 fr. 50.
En effet, sans inflation, le franc ne peut baisser au delà du butoir-or que constituent les réserves métalliques de la Banque. Le crédit de l'État tombant à zéro, la créance de la Banque sur l'État tombe, elle aussi, à zéro. À ce moment, il reste, pour couvrir le franc, la garantie-or, qui est, par franc, de 18 centimes environ, ce qui met le dollar entre 28 et 30 francs.
Inversement, si le crédit de l'État est raffermi, si la créance de la Banque sur l'État est évaluée à sa valeur actuelle, on calculera que,le montant de cette créance devant être remboursé, à raison de deux milliards par an, en quatorze ans, le franc doit atteindre le pair au bout de cette période, ce qui suppose une appréciation régulière de 0 fr. 05 par an. La créance à recouvrer représente alors une valeur d'environ 0 fr. 70. Le franc vaut donc, dans ces conditions, O fr. 30 à 0 fr. 35 or, ce qui met le dollar entre 15 et 16 francs.
Si l’on peut espérer des remboursements plus rapides, on aura une appréciation plus grande. C'est ce qui s'est produit en 1921, lorsque, par suite d'une opération provisoire, le chiffre des avances de la Banque à l'État a été réduit, en moins de six mois, de près de trois milliards, ce qui a fait croire que la France appliquait une politique de défiation très rapide. C'est alors que l'on a vu le dollar à onze francs, ce qui ne pouvait durer, l'État étant contraint de reprendre à la Banque les fonds qu'il y avait déposés.
Ainsi, les limites d'oscillation étant, à la baisse, le dollar à 28 francs, à la hausse, le dollar à 15 ou 16, on se rend compte
que nous sommes actuellement arrivés tout près du point mort.