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QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES GÉRANTS DE LA FORTUNE NATIONALE

étude sur la situation monétaire. Tenons notre promesse, qui nous est rappelée par de nombreux correspondants, lesquels nous demandent des prévisions. Ce ne sera pas sans faire quelques réflexions qui prendront la suite des réflexions publiées ici depuis quatre semaines. Mon cher Johannet, c'est à vous que je destine ces réflexions : vous louez les vertus bourgeoises ; je conteste la capacité politique de l'esprit bourgeois dont je reconnais toutefois l'excellence lorsqu'il s'agit de la gérance des biens meubles et immeubles. Si je tiens à la vie du bourgeols, c'est que Je le regarde comme le grand agent de l'épargne nationale, et c'est dans cette fonction que je désire le voir grandir, avec le concours d’un État et d'un peuple qui le maintiendront dans cette fonction, sous la conduite de quelques chefs qui auront un sens de l'État qu'il

N'* avons promis depuis quelques semaines une

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n'a pas. Je le regarde en somme comme le délégué de la nation à la constitution et à la conservation de l'épargne. Encore convient-il qu'il soit bon gérant.

Or, il a été, depuis quelques années, un détestable gérant. | Vous m'accorderez que, dans son ensemble, la bourgeoisie | a manqué totalement de clairvoyance en ce qui concerne le | problème monétaire. Sur ce point, elle a manqué à sa fonction. Est-ce parce qu'elle a perdu son sens critique, son énergie, en s'occupant de l'État, qui n'est pas son bien, — ou est-ce parce qu'elle manque d'intelligence. Je ne réponds pas à ces questions pour le moment ; je constate le fait : et c'est | un fait que la bourgeoisie a subi les événements monétaires, | depuis six ans, presque sans réaction. |

Autrefois, lorsque les rois de France affaiblissaient les monnaies, cela causait une agitation énorme dans le pays. ù Les bourgeois réclamaient la convocation des État généraux, organisaient des émeutes, qui tournaient mal pour l'État et pour eux. De notre temps, le Prince a altéré la monnaie d'une façon prodigieuse, et les bourgeois ont subi ce scandale sans protestation et souvent avec des applaudissements. Quand nous organismes la Semaine de la Monnaie, un des | écrivains les plus représentatifs de la bourgeoisie, que je ne | veux pas vous nommer, me dit que nous allions à un échec À parce que tous les bourgeois étaient inflationnistes. Ce qui était à peu près vrai. Naturellement, nous ne tinmes aucun compte de cet avertissement, et, quelques mois plus tard, grâce au concours de quelques hommes qui n'avaient pas demandé leur avis à la démocratie bourgeoise, la même bourgeoisie proclamait sa volonté de ne pas tolérer une inflation nouvelle. C'est un résultat, mais négatif. Après cela, nous sommes demeurés dans l'instabilité, alors qu'il fallait trouver les moyens d’en sortir, et nous avons subi, parce que les gérants de notre fortune les subissaient eux-

mêmes, tous les désordres engendrés par l'instabilité,

Récapitulez les fautes des bourgeois sur ce point : elles sont énormes, et ont eu pour conséquence des pertes immenses pour toute la nation et particulièrement pour les bourgeois eux-mêmes, pour les petits épargnants et pour tous les salariés : Premièrement, l'étranger se libère de ses dettes à l'égard de la France et des Français à 30 % de leur valeur. Vous avez lu là-dessus dans l'Action française la remarquable série d'études de W. R., vous avez vu comment la France a perdu plusieurs milliards en tolérant que des emprunts étrangers, contractés en or, soient remboursés en francs-papier, que les coupons de ces emprunts soient également payés en francs-papier. Que les bourgeois se laissent ainsi dépouiller, cela les regarde. Mais c'est la France qui perd, et cela nous regarde.

Deuxièmement, le franc baissant régulièrement depuis deux ans, nous avons travaillé depuis le même temps audessous des prix mondiaux: nous avons vendu nos produits à l'étranger à des prix qui étaient au-dessous des cours : le travail français a été ainsi payé par l'étranger avec une somme inférieure à une même quantité de travail étranger. C'est une des plus sérieuses causes de vie chère qui aient joué à l'intérieur depuis deux ans. Qu'ont dit nos bourgeois en général? Que cette situation favorisait l'exportation l|IIs n'ont pas vu que, par là, nous organisions nous-mêmes la perte sur nos échanges avec l'étranger.

Ensuite, les bourgeois se sont proprement laissés dépouiller comme propriétaires d'immeubles et de terres : ils ont accepté que leurs loyers et leurs fermages leur fussent payés en monnaie dépréciée avec les chiffres d'’avant-guerre. Au premier coup, cela paraît à l'avantage du locataire et du consommateur ; c'est une erreur : la conséquence a été la crise du logement et la précarité de toutes les locations ; consé-

quence en ce qui concerne les fermages : nulle pour les consommateurs, qui voient les prix des denrées suivre les prix mondiaux plus rapidement que ne croissent leurs gains. Etc... S

Ainsi, parce que les bourgeois ont très mal défendu leur fortune, la fortune nationale, nous souffrons tous de la gêne : notre travail n'est pas payé à son prix, parce que tout ce que nous vendons à l'étrangerest vendu trop bon marché, tandis que tout ce qui, dans notre consommation, vient de l'étranger, subit les hausses instantanément, et parce que les prix des denrées subissent l'influence des prix mondiaux plus vite que les produits que nous fabriquons. Enfin, il n'y a pas deux locataires sur dix qui aient le sentiment de la sécurité parce qu'il est devenu à peu près impossible de faire un bail dans les conditions monétaires où nous sommes.

Sur tous ces points, il y a un sérieux échec de la bourgeoisie et l’on ne voit pas encore que les bourgeois, pris comme classe sociale, aient entrepris quelque action pour nous sortir de difficulté. Cela les intéresse pourtant dans leur vie de chaque jour ; mais il semble que le problème les dépasse parce quil est politique et que, d'avance, ils reconnaissent leur impuissance. Quand le Prince altérait les monnaies, ils se plaignaient à lui. Aujourd'hui qu'ils croient être le Prince ouses cousins, ils ne savent plus quoi faire. À qui se plaindre? A l'État? Ils croient que l'État, c'est eux. Alors, ils attendent,

et ils ne font rien.

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