LA SITUATION CRÉÉE PAR LE || MAI
pleins pouvoirs, le double-décime avaient relevé le franc, l'augmentation des fonctionnaires devenait inutile, puisqu un même nombre de francs acquéraient un pouvoir d'achat supérieur ; — l'avènement du Cartel des gauches fait fléchir le franc, qui baisse de 20 % en trois mois : l'augmentation des | fonctionnaires redevient une nécessité. Mais si on l'accorde, le budget est par terre, et, du coup, le franc baisse de nouveau,
le prix nominal de la vie s’élèvera encore, rendant nécessaires de nouvelles augmentations aux fonctionnaires, ce qui nous conduit tout droit à l'inflation.
Le gouvernement publie qu'il ne veut pas recourir à | l'inflation, et il est certain que M. Clémentel a pour l'inflation | une horreur égale à la nôtre. Ce n'est pas en vain que ona | tenu dans ce pays la Semaine de la Monnaie; cela a dégoûté les gouvernements de la fausse monnaie, surtout parce qu'ils savent que le public est prêt à entrer en action contre tout gouvernement faux-monnayeur. Mais c'est une chose que d'avoir une opinion arrêtée sur l'inflation, et c'enest une tout autre que de se placer dans les conditions politiques qui vous libèrent de l'inflation.
Or le gouvernement fait la politique qui conduit à l'infla- | tion par un chemin qui n'estpeut-être pas le plus court, mais | qui est le plus sûr. Le ministère actuel n'ignore pas que la | cote des changes traduit la situation politique. Mais il ne semble pas qu'il soit bien pénétré de cette vérité, que nous avons fait reconnaître partout, que la valeur du franc-papier, devenu créance sur l'État, est fonction du crédit de l'État. | Le ministère du 1l mai a, en effet, diminué le crédit de l'État sans paraître se rendre compte quil allait nuire à la |
monnaie et se mettre lui-même en difficulté : |
Premièrement, par sa seule venue, qui a fait baisser le franc, parce que tout le monde a redouté un programme financier contraire au programme de mars ;
Deuxièmement, par son retrait des quelques mesures utiles prises par le ministère Poincaré ;
Troisièmement, par son acceptation de souscrire à l'emprunt allemand, ce qui obligera la France à sortir une somme importante dont elle aurait besoin pour ses emprunts intérieurs :
Quatrièmement, par les promesses qu'il a faites aux fonctionnaires et que ceux-ci lui rappellent aujourd'hui.
Cela est largement suffisant pour faire baisser le franc, ce qui s est produit depuis trois mois, lentement mais irrésistiblement. Une mauvaise politique faisant craindre de mauvaises finances, le franc, créance sur l'État, tombe inévitablement. On sait, par la raison et par l'expérience, que, à partir d'une certaine limite, le mouvement de chute s'accélère. Je signale, comme je l'ai fait sous le ministère Poincaré, que nous approchons de la limite, pour des raisons techniques déjà exposées. Cette limite atteinte, la panique se produit : les achats affolés, la spéculation transforment le courant d'air en rafale. C'est à ce moment que les gouvernements, aussi hostiles qu'ils soient à l'inflation, n’ont pas d'autre ressource parce qu ils n'ont plus le temps d'organiser les mesures financières qui les sauveraient. M. Poincaré réussit à éviter la catastrophe, grâce au redressement politique qui permit à ses collaborateurs financiers de renverser les calculs de la spéculation. C'est un coup heureux que l’on ne fera pas deux fois, et le ministère Herriot est moins bien armé que le ministère Poincaré pour le réussir.
Je signale à M. Clémentel, qui voudra bien accorder quelque crédit au signataire de ces chroniques, que nous ne sommes pas loin de la limite dangereuse. M. Poincaré, prévenu par nous pendant des mois, n'avait pas tenu compte de nos prévisions. M. Clémentel en tiendra-t-il compte? J'ai à peine besoin de lui dire que nous nous désintéressons totalement