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CHAPITRE X

19 octobre 1924.

N État fort peut avoir des embarras d'argent ; il ne connaît pas la maladie financière. Sa force lui vaut tout le crédit utile pour surmonter ses diffcultés.

Un État débile crève du mal financier, parce que sa débilité lui retire tout crédit. L'État libéral est entré en agonie. Il va à la mort d'un bon train. À vrai dire, voilà deux ans que l’agonie est commencée. Cela ne se voyait pas nettement avec Poincaré, cela devient évident avec Herriot.

Exprimons cette constatation en chiffres :

Avec M. Raymond Poincaré, le franc a valu en moyenne 40 centimes-or. Avec M. Herriot, le franc vaut 25 centimes-or.

Le franc était à 9 sous-or en 1922 : il est à 5 sous-or aujourd'hui.

Cela signifie, selon les explications données ici et quine sont plus contestées, que, en deux ans, la créance sur l'État contenue dans le franc a baissé de 70 %, environ. (Cette créance évaluée 27 centimes-papier en 1922 est évaluée aujourd'hui 7 à 8 centimes.

M. Raymond Poincaré et, après lui, M. Herriot assistent impuissants à cette baisse continue. M. Poincaré savait parfaitement que le seul remède était la dictature qui relève d'un seul coup le crédit de l'État. Mais ses principes lui interdisaient de l'établir. M. Herriot ne doit pas ignorer cette vérité. Mais son esprit, ses amitiés, ses alliances lui font faire la dictature à l'envers. Et la baisse du crédit de l'État s'accentue, lentement, mais sans arrêt, aggravant automatiquement le mal financier par un détour bien connu aujourd'hui mais qu'il faut rappeler.

La baisse du franc, cela se traduit par une élévation du prix nominal de la vie. La conséquence de cette élévation, c'est l'augmentation inévitable des salaires, qui entraîne une nouvelle augmentation du prix de la vie. Autre conséquence : augmentation des traitements des fonctionnaires, qui renverse toutes les prévisions budgétaires de l'État. Autre conséquence : ces phénomènes se produisant sans inflation, les prix s'élèvent sans qu'il y ait augmentation des billets en circulation. On entre donc automatiquement dans une crise monétaire, qui affecte l'État et les particuliers, et qui appelle automatiquement l'inflation, en dehors de la volonté du gouvernement et de la nation.

Enfin, avec la crise monétaire, la crise économique. Les phénomènes qui se produisent depuis deux ans vident peu à peu les trésoreries, publique et privées. Les sommes nominales qui rentrent dans les caisses privées, en paiement des ventes faites, sont insuffisantes pour couvrir les frais des fabrications nouvelles qui subissent les augmentations résultant de la baisse du franc ; les trésoreries se vident donc. Elles étaient créditrices il y a encore un an ; elles tendent à devenir dcébitrices. La conséquence inévitable est que le prélèvement fait sur elles par l'État, pour l'impôt, deviendra de plus en plus difficile. Que la situation actuelle dure encore

quelques mois, et la crise deviendra tout à fait aiguë. Le besoin de capitaux nouveaux sera tel qu'il provoquera l'inflation.

Dans ces conditions, la trésorerie de l'État connaîtra de son côté des difhcultés de plus en plus grandes. Le budget étant en déficit de quelques milliards, ce qui fait déjà un sérieux trou dans le Trésor, ledit Trésor devant être moins alimenté, en période de crise de la circulation, par les achats de Bons, la gêne croissante est inévitable. On en bouchera les trous par l'emprunt. Mais, allez donc réussir un emprunt intérieur, en francs-papier, en période de baisse du franc, de baisse du crédit de l'État ! Et si l'on considère que, dans la situation actuelle du Trésor, on ne voit pas du tout comment l'État pourra faire cette année le remboursement annuel qu'il doit faire à la Banque de France, et que l’on ne voit pas plus par quels moyens il pourra faire face aux énormes remboursements quil doit effectuer l'an prochain, on n’entrevoit pas

l'ombre d'une solution technique, dans les conditions politiques actuelles.

IT

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