LES SOLUTIONS TECHNIQUES INAPPLICABLES
On pouvait proposer des solutions techniques au ministère Poincaré. On ne peut plus en proposer au ministère Herriot qui, par ses mesures politiques, rend inapplicables toutes les solutions techniques.
Voilà un ministère qui a de plus grands besoins d'argent que son prédécesseur. I] lui serait donc nécessaire de se placer dans les conditions qui feraient venir à lui, pour les besoins intérieurs, l'épargne du pays. I] la fait fuir ; 1] la rend impos-
sible. Mais il y a plus : il la fait jouer contre lui. C'est ce ministère qui lance l'emprunt allemand, ce qui est en soi une énormité, et qui le lance en représentant que les souscripteurs, possédant des titres libellés en livres, seront à l'abri de toute baisse du franc. Il n'agirait pas autrement s'il voulait décourager les Français de s'intéresser à l'emprunt intérieur qu'il prépare, et qui sera, lui, en francs-papier, et qui sera exposé à tous les risques de dépréciation monétaire. On fait un emprunt-or au bénéfice de l'Allemagne ; on prépare un emprunt-papier pour l'État français ! C'est ainsi que Catoblépas, ministre des Finances, aurait conçu la vie financière.
Je sais bien que, auprès du gouvernement, quelques conseillers techniques suggèrent au ministre des Finances de faire un emprunt intérieur libellé en or, en faisant valoir que l'on offrirait ainsi aux Français le moyen de fixer leurs disponibilités en monnaie saine, ce qui les détournerait de chercher à se garantir contre la dépréciation du franc-papier par les cent moyens employés actuellement, et qui sont tous mauvais au point de vue de l'intérêt national.
Ce n'est pas ici que l'on fera la critique de cette solution technique que nous avons proposée bien avant que l'idée en vienne à quelques professeurs de la Faculté de Droit. Mais il nous faut dire qu'elle est inapplicable actuellement, et qu'elle n'aurait pas, pour les particuliers, les avantages théoriques que font valoir ses auteurs.
Un emprunt-or ne peut être émis avec chances de succès et d'efficacité que par un gouvernement ayant fait, au préalable, sa réforme financière complète, ce qui veut dire qu'il aura effectué son redressement politique par quoi il restaure son crédit.
L'emprunt-or ne peut être isolé dans la vie financière de l'État. Il fait corps avec la réforme générale. Il est d’ailleurs
une des conditions de cette réforme : mais il ne peut être appliqué que si la réforme générale est entreprise.
Théoriquement, la réforme générale exigerait :
1° L'établissement du budget en or ;
20 Un plan de conversion et de consolidation de la dette totale en or.
Mais cela suppose un gouvernement capable de dresser et d'incorporer un budget en dehors de toute pression parlementaire, capable de comprimer les dépenses d'État à l'extrême limite. Cela suppose un gouvernement national, possédant les pleins pouvoirs et tout à fait indépendant des partis, des groupes financiers nationaux et internationaux. Le gouvernement actuel est loin de se trouver dans ces conditions.
S il émet un emprunt-or (et il faudra en arriver là pour restaurer les finances françaises), il est sûr d'échouer et de tourner contre lui les prêteurs. La valeur de ses titres-or, qui Sera garantie par sa politique, tombera parce que son budget ne tiendra pas, et la rente-or quil devra verser deviendra rapidement écrasante pour ses ressources en papier. L'em- Prunt-or, c'est le salut pour un gouvernement fort, c'est la faillite certaine et rapide pour un gouvernement faible.
Il n'y a pas de solution technique applicable pour le gouvernement du || mai. Il est donc facile de prévoir que ses difficultés financières vont engendrer chez lui la gangrène mortelle. La prévision est faite par d'autres que nous-mêmes, et l'on a quelques raisons de croire que le malade se rend compte de son état. Cela crée une situation révolutionnaire.