FLORILÈGE
Laissez-moi d'abord vous divertir un peu. Si, vraiment, le style c'est l'homme, il estcertain que Caillaux est un pauvre homme. Vous entendez bien que nous ne demandons pas à un argentier d'écrire comme Anatole France. Mais enfin, tout de même, n'est-ce pas? il ne faut pas exagérer, et quand on essaie de faire sa rentrée à côté du cercueil d'Anatole France, il faut avoir un peu de tenue, Or, Caillaux écrivain, c'est, pour employer une expression triviale mais juste en la circonstance, c'est ( une vaste rigolade ». En doutezvous? Lisez ces quelques phrases que j'extrais du livre de Caillaux :
« Elevons-nous davantage sur la montagne des idées. »
« Mais ne biaisons pas. Il ne peut s'agir de coller des emplâtres par-ci, par-là, pour réparer des déchirures sociales. »
« Tableau de convention qui incite au haussement d'épaules! »
« Un terme à tout cela ! De l’ordre dans ce chaos ! Mais comment ? »
« Quelle réponse décevante que celle qui, après avoir fait heureusement disparaître la domination de l'homme sur l'homme à l'intérieur d'un même pays, après avoir liquidé les potentats, diluerait leur état d'esprit... »
( Route longue, ardue, semée de fondrières, qui comporte — ;l va de soi — de multiples étapes. Nous ne prétendons ni la décrire ni la jalonner. De même que les robes de pierre de nos grandes cathédrales furent tissées par des générations de pèlerins, les constructions de l'avenir seront ouvrées par les vagues successives du monde du travail auquel il faudra de longues années pour parfaire une tâche qui sera mise et remise sur le métier. Ce qui importe, c'est de l'entreprendre.»
Enfin, voici un titre : Appel aux individualités désintéressées de mentalité élevée.
Arrêtons-nous. Ah ! cette (montagne des idées), ces (emplâtres sur les déchirures sociales », cet { état d'esprit dilué », ces { constructions ouvrées par les vagues », quelles images, Seigneur ! Il n'y a que Joseph Prudhomme pour les avoir inspirées, et Joseph Caillaux les a transcrites avec le manche de son porte-plume. Et songez que le livre en est plein : ces phrases que je vous cite, je les extraits de quelques pages seulement ! Si j'avais la place de vous citer la péroraison (qui tombe sur deux vers de Verlaine, s'il vous plaît !), vous seriez pris de fou rire.
Joseph Caillaux aurait mieux fait de ne pas écrire. Lisez à ses admirateurs les extraits que je vous cite, avec l'accent qui convient, et vous m'en direz des nouvelles.
IT