‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 222 sur 309 · LA FOLIE DES CONSEILS D'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

LA FOLIE DES CONSEILS D'ADMINISTRATION

Sembat avait raison. Joseph Caillaux n'a pas de bon sens. Mais le jugement de Sembat n'est pas assez fort : Caillaux est un monomane. Il a fait figure dans quelques conseils d'administration : il y a acquis une monomanie, qui frappe quelques hommes qui passent leur vie dans les conseils d'administration et perdent le contact avec les réalités économiques. Quand un conseil s'occupe de dix usines, dont trois ou quatre sont en déficit, et les autres prospères, 1l arrange les affaires sociales en faisant une compensation générale : ce n'est qu'un jeu d'écritures : il peut également relever une affaire qui passe sous son contrôle en la déchargeant de sa dette avec ses propres réserves. Caillaux raisonne en ce qui concerne les Etats comme raisonnerait un conseil d'administration en ce qui concerne un groupe d'usines. Îl n'ouble qu'une chose, à savoir qu'il n’y a aucun conseil d'administration au-dessus des Etats européens pour résoudre les problèmes par cette méthode. Il imagine naturellement que la Société des Nations doit être ce conseil. Il oublie qu'elle na pas, et qu'elle ne pourra jamais avoir le pouvoir que possède un conseil sur un groupe d'usines. Caillaux traite les peuples comme les conseils d'administration traitent souvent les ouvriers, en les ignorant. Il ne paraît pas soupçonner que les peuples ont des armées et que les différences de fertlité de leur sol ne donnent pas à tous un même désir de paix.

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Au surplus, il regarde expressément l'Europe comme une usine. L'Europe, pour lui, ce n'est pas des peuples différents, c'est une usine et pas autre chose. Joseph Caillaux est un homme qui retarde d'un demi-siècle, dont le cerveau est pétrifié, et qui ne donne que le reflet des idées les plus arriérées du libéralisme économique. On dit que quelques révolutionnaires ont des sympathies pour lui : ils n'ont pas encore vu qu'il n’y a rien de plus platement bourgeois que la pensée de cet homme qui se croit révolutionnaire.

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