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L'ARGENTIER ET L'ÉMEUTIER

‘ANNULATION du péril communiste ne sera effective que lorsque nous aurons détruit la cause de la protestation ouvrière permanente, et qui est l'insécurité de l'ou-

vrier dans les conditions sociales créées par le développement de la grande industrie.

Mais il faudra également placer l'industrie, grande et petite, à l'abri des manœuvres financières qui l'ont rendue elle-même prodigieusement instable. Je ne me suis pas privé de dire, dans la Révolution nationale, les responsabilités qui pèsent sur la bourgeoisie industrielle qui, pendant plus d'un siècle, a ignoré le problème ouvrier. Au-dessus de la bourgeoisie industrielle est une certaine finance, dont les responsabilités sont beaucoup plus graves que celles de la bourgeoïsie.

Cette instabilité économique et sociale dont souffre si

profondément le monde moderne, c'est une finance qui l'a créée, qui la développe chaque jour, qui en aggrave sans cesse la malfaisance, qui en fait une cause constante d’émeute et qui se sert de l'émeute pour l'aggraver. Si bien que l'on peut dire que cette finance, et surtout la finance internationale,est la grande organisatrice du désordre économique, et qu'elle apparaît parfois cornme la fourrière de la révolution communiste.

Le mal est venu par la multiplication des sociétés anonymes qui ont mis l'industrie dans la dépendance d'un petit nombre de financiers.

L'industrie personnelle pouvait être égoïste, de vues étroites : mais elle cherchait la stabilité : elle avait figure humaine, et cherchait à organiser des relations humaines avec son personnel ; elle était prudente et tendait à épargner à son personnel ces crises de chômage qui sont la plaie de notre écono-

mie.

L'industrie anonyme est sans entrailles. Elle n'est pas :

dirigée par une tête visible qui se sait responsable devant ses commanditaires et ses ouvriers. Elle est dirigée, derrière les chefs visibles, par quelque banquier invisible pour qui elle n'est plus qu'un paquet de titres, et non une collectivité d'hommes. Elle est entre les mains de ceux qui ont le pouvoir de faire baisser et hausser les titres, et qui tirent profit de la hausse et de la baisse. L'industrie anonyme s'est ainsi livrée à la finance, qui peut l'exploiter sans vergogne. Du temps de l'industrie personnelle, il fallait travailler pour gagner une usine ou un groupe d'usines ; il fallait inventer, trouver quelque nouvelle formule de travail. Avec l'industrie anonyme, on gagne une usine, un groupe d'usines, une industrie entière, en jouant. Une campagne de baisse sur des titres industriels vous met un financier en possession d’une affaire. Et cela se fait par tous les moyens ; par

exemple, vous provoquez une grève, vous mettez la trésorerie industrielle à sec ;: vous rachetez alors à vil prix des actions en dégringolade.

L'argentier peut devenir ainsi l’allié naturel de l’émeutier. Il est alors un des plus grands agents de bolchevisation d'un pays. L'émeute fait partie de ses moyens d'enrichissement. Cela se fait d'abord en petit, puis en grand, en très grand. Lorsque cela se fait sur toute l'étendue de la nation, 1l devient très difhcile de faire une différence entre ce financier et le bolcheviste : on ne sait plus si l’'émeute utilise le financier pour faire la révolution, ou si le financier utilise l'émeute pour ses affaires. On peut même se demander si ce financier et l'émeutier ne sont pas étroitement unis pour une même opération.

Nous sommes dans une de ces périodes où l’action de certains argentiers et celle de l’émeutier se trouvent confondues. En vue de quoi? On est en droit de se posser la question lorsque l'on constate que la presse communiste, si ardente contre la bourgeoisie industrielle, est d’une surprenante discrétion en ce qui concerne les grandes manifestations financières, les plus fortes expressions du supercapitalisme, et qu’elle paraît ignorer complètement l'existence de M. Horace Finaly, directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas, qui contrôle dans ce pays-ci un nombre vraiment respectable de milliards investis dans l'industrie.

Cette discrétion de l'émeutier à l'égard de ce grand argentier prend en ce tem

Ps-c1 un caractère extrêmement troubl

ublant. Le communisme est parti en guerre contre ce qu'il nomme le fascisme français, dont les membres, désignés par lui, ne représentent qu'une infime partie du ( capital» ; il accuse Herriot de céder devant ce ( fascisme )), et il ne dénonce pas Je plus grand représentant du capitalisme, M. Horace Finaly, dont il ne peut ignorer qu'il est le vérita-

ble chef du gouvernement ! Du point de vue de la pure doctrine, cette discrétion est inexplicable.

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