RÉPONSE DE M. HORACE FINALY
OUS avons appelé l'attention publique sur la personnalité et le rôle de M. Horace Finaly. Quelles ont été les réactions ? Elles ont été assez curieuses. En voici
quelques-unes :
19 M. Hyacinthe Philouze, collaborateur de l'Êre nouvelle, a fait une apologie émouvante de M. Finaly qui, d'ailleurs, regarde l'Êre nouvelle avec la plus grande bienveillance ;
2° M. Horace Finaly a été reçu officiellement par M. Herrlot, qui a fait connaître le fait au peuple français par un communiqué des agences :
3 M. Horace Finaly a acheté le Journal, de concert avec quelques personnalités très honorables du monde industriel, et le fait a été porté officiellement à la connaissance du public;
4 M. Jules Rein, adjoint de M. Finaly, a été promu au grade d'officier de la Légion d'honneur. Une bonne partie de la presse a inséré à ce sujet une communication d'où ressort que M. Jules Rein a exercé une action patriotique pour la défense de l'épargne française.
Ce qui constitue quatre confirmations de ce que nous avons avancé. En effet :
Supposez que l'on vous accuse d’avoir découpé votre prochain en morceaux.
Si c'est faux, votre conscience est tranquille, et vous continuerez de vivre comme devant, sans vous amuser à accomplir des actions anormales pour prouver que vous êtes incapable de tuer une mouche.
SI c'est vrai, vous commencerez à faire des sottises ; vous irez, sur les promenades publiques, regarder les enfants avec attendrissement : vous donnerez du sucre aux animaux ; vous voudrez montrer, par votre attitude, que l'accusation portée contre vous est sans fondement.
Ainsi fait M. Horace Finaly.
On l'accuse d'être le maître occulte du gouvernement : aussitôt, contrairement à son habitude, contrairement à l'affirmation récente de M. Herriot, disant qu'il vit sans rapports avec la Banque de Paris, il se fait recevoir officiellement par le président du Conseil.
On l'accuse d'être le grand protecteur occulte du Cartel des Gauches et de la presse du Cartel. Aussitôt, ouvertement, à grand fracas, il achète un journal patriote.
On l’accuse de détraquer le marché des valeurs par des opérations qui lui sont très proftables, et qui sont destinées à causer de très grands troubles économiques, lesquels seraient profitables à l'agitation révolutionnaire. Et, là-dessus, on se demande si l'action de M. Finaly n'est point liée à l’action révolutionnaire, pour l'utiliser, ou la servir, où composer avec elle. 2”
Aussitôt, M. Finaly fait donner la rosette à son adjoint, et le fait louer de son rôle patriotique dans la vie financière, et, par surcroît, il obtient de l'amitié de M. Philouze, pour son propre compte, un brevet de patriotisme financier.
En résumé, M. Finaly qui, jusqu'ici, ne paraissait pas avoir de goût pour la publicité personnelle, a manqué à la règle qu'il s'était imposée, et a multiplié les manifestations destinées à établir qu'il agit au grand jour et non d’une mamère occulte. Mais la manœuvre est trop visible. Pour un grand financier, ce n'est pas très bien joué. Ce n’est pas à nous de dire pourquoi.
Pour nous, nous tirons de ces manifestations la confirmation de ce que nous avons avancé : M. Horace Finaly vient de renforcer le rideau des apparences nationales qu'il se donne ; c'est pour mieux masquer le rôle occulte qu'il joue, et qui est profondément destructeur.
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LE ROLE OCCULTE ET LES MOYENS D ACTION DE M. HORACE FINALY : M. JULES CAMBON
Jusqu'ici, M. Finaly ne cherchait pas à appeler l'attention publique sur sa personnalité. Le masque nécessaire à son action occulte, 1] nele mettait qu à l'usage des gens du monde. Après la guerre, il s'est entouré de personnalités qui donnaïent confiance à la grande société parisienne : personnalités mondaines, généraux, ambassadeurs, sont entrés dans le haut personnel de la Banque de Paris. Ainsi M. Finaly apparaissait-1l comme le grand protecteur des gens du monde ayant leur fortune à refaire et des hauts fonctionnaires à qui un gouvernement absurde n'assure qu’une retraite médiocre.
Mais M. Horace Finaly s'assurait, par là, les moyens de masquer son rôle occulte, et les moyens d'agir sur le gouvernement. Comment soupçonner qu'un homme qui s'en” toure de gens bien nés communique, par des portes dérobées, avec le personnel de la révolution internationale? Comment
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refuser, d'autre part, les faveurs de l'Etat, à un homme dont les plus hauts collaborateurs font partie de l'Etat. À cet égard, le cas de M. Jules Cambon est le plus curieux et, disons-le, le plus scandaleux. Je le laisse exposer par un de nos correspondants qui dit avec la plus grande netteté ce qu'il y a à dire
sur ce scandale :
Au cours du récent débat provoqué à la Chambre, à propos des chèques Raynaldy, M. Herriot a été amené à proclamer qu'il n'avait jamais eu de rapports avec la Banque de Paris et des Pays- Bas. Nous croyions savoir, au contraire, que M. Finaly, président de ladite banque, est un visiteur zélé et toujours bienvenu au Quai d'Orsay. En tout cas, il existe, dans l'état-major de M. Finaly, une personnalité qui a, de droit, ses grandes et petites entrées auprès de M. le président du Conseil, et qui use assidûment de ce droit : c'est M. Jules Cambon, ancien ambassadeur à Berlin, président de la conférence des Ambassadeurs et vice-président de la Banque de Paris et des Pays-Bas. La déclaration de M. Herriot nous remet en mémoire le récent article d'un journal de Bruxelles, dénonçant certaines manœuvres hostiles de la finance internationale vis-à-vis du mouvement séparatiste rhénan, et mettant en lumière, à ce propos, le rôle joué dans notre politique extérieure par la Banque de Paris et ses mandataires attitrés. Au moment où les intrigues et la pression des banquiers cosmopolites, représentés à Londres par leurs délégués anglo-saxons, viennent de nous infliger une série de capitulations en faveur du relèvement germanique, il convient de demander à M. Cambon s'il ne sent pas la convenance de rompre son bail avec un établissement qui est, à Paris, le pivot de ces puissances financières dont nous constatons, une fois de plus, le parfait accord avec l'Allemagne contre nous, sans compter ce qu'on dit de ses attaches avec le clan révolution-
naire.
M. Cambon
Comme le remarquait le journal belge, l'entrée de dans le cénacle doré de la rue d'Antin survint peu après le renvoi res, dont
de M. Berthelot, secrétaire général des Affaires étrangè ute Banque étaient notoires. On con-
Finance internationale à ne pas litique extérieure. À ce point de
les accointances avec la Ha çoit tout l'intérêt qu'avait la perdre sa main-mise sur notre po
vue, son choix, en se portant sur M. Cambon, ne pouvait être plus heureux. L'émoi avait été grand, déjà, parmi ceux qui ont le souci de la dignité de la diplomatie française, quand M. Laurent alla représenter à Berlin, à côté des intérêts français, ceux de vingt ou trente conseils d'administration. La nomination de M. Jules Cambon, comme président de la filiale du «Standard Oil» à Paris, accrut encore ce malaise. La mesure fut comble quand, peu après sa vice-présidence de la Banque de Paris et des Pays- Bas, M. Cambon se vit encore offrir la présidence de la Banque des Pays de l'Europe Centrale. Les apologistes ont beau dire : € M. Cambon n'est plus dans la carrière, il est à la retraite, il est libre. » C'est jouer sur les mots. Quel ambassadeur dans la carrière, c'est-à-dire en activité, peut témoigner d'une activité plus étendue et d'une autorité plus large que celle du président de la Conférence des Ambassadeurs, sous les yeux duquel passent régulièrement les plus grandes affaires de l'Etat français, dans les relations que le Traité de paix lui a créées avec les autres Etats ?
Si M. Cambon demeure au sommet de notre politique étrangère, comment peut-il être aussi profondément engagé dans la finance cosmopolite ? Et s’il lui plaît de se mirer dans le Pactole de la rue d'Antin, comment reste-t-il dans la diplomatie ? Il est plus que temps pour lui de choisir !
Osons ajouter qu'il est inconcevable qu'une personnalité que ses fonctions mettent en possession de secrets d'Etat, occupe une situation éminente dans le conseil d’une grande banque d'affaires. Il y a incompatibilité absolue entre la présidence de la Conférence des Ambassadeurs et la vice-présidence de la Banque de Paris et des Pays-Bas. Comment se fait-il que les journaux révolutionnaires, si ardents à dénoncer la domination politique du capitalisme, n'aient jamais dénoncé cette scandaleuse alliance de la finance et de la politique? [ci encore, on est obligé de se demander quelles raisons ils ont de se taire sur l'action occulte que cette alliance permet à M. Finaly. Encore une fois, est-ce parce que M. Finaly les manœuvre? Est-ce parce que cette action de M. Finaly sert leurs desseins ?