‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 231 sur 309 · PAR LA MENACE D INFLATION · texte numérisé non relu

PAR LA MENACE D INFLATION

L y a trente-six moyens, pour un gouvernement sans force et sans idées, de faire le lit du communisme. Mais un des meilleurs, incontestablement, c'est de se lancer dans

l'inflation, c’est-à-dire dans la fabrication de la fausse-monnaie. Les Etats ne peuvent guère connaître de pire maladie : dès que la maladie est déclarée, tous les citoyens entrent en dispute, les rentiers sont ruinés, les ouvriers touchent un salaire de valeur décroissante. Dans le tumulte général, les bolchevistes font leurs affaires.

Nous avons barré la route à l'inflation. C'est un fait que, depuis la Semaine de la Monnaie, le pays parle de l'inflation comme il parlerait de la plus honteuse des maladies. Le gouvernement qui ferait délibérément de l'inflation soulèverait contre lui le pays tout entier, à l'exception des dirigeants du bolchevisme et de quelques financiers internationaux. Et vous voyez que Clémentel, Herriot lui-même, sont dans

l'obligation de faire des déclarations vigoureuses contre l'inflation. Mais ce ne sont là que des déclarations, destinées à sauver la face. La vérité est que, par imprévoyance et aussi par terreur des mesures rigoureuses à prendre, le Cartel des gauches, tout comme le Bloc national, tout comme le gouvernement de gauche qui régna de 1914 à 1919, se laisse engager à fond dans la voie d'où l'on ne sort que par l'inflation

ou la faillite.

Il est beau de faire de belles déclarations contre l'inflation. Encore faut-il se placer dans les conditions où l'inflation ne devient pas, à un certain moment, Ja seule solutionr Or, depuis huit mois qu'il est au pouvoir, le Cartel des gauches n’a absolument rien fait pour se mettre à l'abri de la

tentation, laquelle vient de la nécessité immédiate. Aujour-

d'hui comme il y a deux ans, comme il y a un an, nous vivons

sous la menace de l'inflation, ce qui entretient le malaise, le , . ! ®, trouble dans toute l'économie. Nous sommes dans le régime

: k : Rs

« de menace d'insécurité monétaire ?, ce qui est plus éner LEO [2 (e) LA

de se trouver dans l'insécurité

apide.

vant, plus fatigant que déclarée.

ton hebdomadaire de

Telle qu'elle est révélée par la situa re . la hmite

la Banque de France, elle est vraiment sérieuse I légale d'émission des billets est de 41 milliards. Depuis un tan nombre desemaines Jechiite des billets en cireulation est toujours très sensiblement au-dessus de 40 milliards. Au 2 janvier, on était à | 15 millions du ( plafond » monétaire. Ce qui signifie que, depuis deux ans, 1 nya absolument aucune amélioration dans la situation monétaire, puisque»

malgré une réduction de trois milliards au poste des avances de la Banque à l'Etat, le chiffre des billets en circulation a augmenté de plus de trois millards.

On explique cette augmentation par l'augmentation du portefeuille qui était de deux milliards et demi, et qui se tient aux environs de cinq milliards aujourd'hui. Mais ce n'est pas moi qui donnerai l'assurance que cette augmentation de portefeuille est de nature exclusivement commerciale.

En outre, il y a, dans la situation de la Banque, le fameux poste Divers qui sert aux petites opérations de la Trésorerie de l'Etat, et qui est toujours un peu trop gonflé.

Enfin, on ne peut pas dire que la situation hebdomadaire de la Banque de France devienne plus intelligible qu'autrefois. Quand on la regarde de près, elle n'est pas éblouissante de clarté.

Bref, le bilan de la Banque, où se reflète la vie de la Trésorerie de l'Etat, révèle une situation financière dont les difhcultés s’accroissent sans cesse, et que l'on résout au jour le jour, par des expédients.

On démêle que, pour le gouvernement, le problème n'est pas de résoudre la question financière, mais de trouver de l'argent chaque semaine, où à chaque fin de mois, à nimporte quel prix, sans crever, apparemment au moins, le plafond monétaire. Et, naturellement, cela aggrave la situation.

Le gouvernement de M. Herriot n'a pas plus de plan de financier que n'en avait le gouvernement de M. Poincaré, qui n'en avait Pas du tout. Sa seule préoccupation paraît être de trouver assez d'argent pour durer jusqu au jour où il tombera. Alors, au lieu d'entreprendre la grande réforme nécessaire, il gratte les fonds de tiroir, laissant à son successeur le soin de se débrouiller et de sauter dans l'inflation.

Je crois que personne n'ignore que le problème financier est d'une simplicité enfantine :

Il s'agit de réduire les charges de l'Etat, toutes les charges de l'Etat, y compris, en dehors des frais généraux, les charges qui viennent de la Dette, laquelle est devenue beaucoup trop lourde. Tout homme d'Etat digne de ce nom doit se placer tranquillement devant ce problème et le résoudre, sans tenir aucun compte des criailleries que les seules solutions possibles (et heureuses!) engendreront.

Le cabinet Herriot n'ignore pas que le problème se pose ainsi pour la nation. Mais, étant cabinet de parti, formé d'hommes de parti, il regarde le problème en politicien qui n'a aucun goût pour les opérations salutaires qui rendent un parti impopulaire au moins pendant les quelques mois où ces opérations sont douloureuses.

Dans ces conditions, au lieu d'attaquer la difficulté, il la tourne en l'aggravant.

Les charges de l'Etat sont trop lourdes, et € cause la gêne permanente de la Trésorerie?

Il résout le problème hebdomadaire du Trésor en augmentant les charges de l'Etat. :

Il a besoin d'un milliard d'argent frais? Pour l'obtenir, il en emprunte cinq, sur lesquels le pays lui apporte milliards d'anciens titres, pour lesquels il payait > ou 6% d'intérêt, et pour lesquels l'Etat paiera désormais 6 1/2, plus une prime fantastique de remboursement. Si l’on calcule bien, on se rend compte que le dernier emprunt augmente les charges de l'Etat de plusieurs centaines de millions, et cela pour trouver un maigre, très maigre milliard d'argent que l'on dit frais.

Ceci fait, on s'occupe de ramasser millions qui circulent dans la Sarre, culent dans les colonies, et que l'on remplacera

est ce qui

quatre à cinq cents

deux cents qui Cr par des

billets qui sortiront de nouvelles banques d'émission.

On projette de mettre au crédit de l'Etat le montant des billets perdus ou détruits, ce que l'on évalue à quelque cinq cents millions.

On recommande aux citoyens de faire leurs règlements par chèques, ce qui, au point de vue monétaire et financier, présente tout l'intérêt du cautère sur une jambe de bois, mais ce qui, en ce qui concerne les apparences, permet de gagner quelques jours sur une échéance lourde.

On parle de payer les fonctionnaires par chèques, ce qui constituera la plus absurde des complications pour la plupart desdits fonctionnaires, mais ce qui permettra de masquer, pendant quelques jours, une difhculté de Trésorerie.

Bref, ces indications montrent que la seule politique financière du gouvernement Herriot est celle qui consiste à gagner du temps, à travailler en trompe-l'œil, afin de garnir le Trésor pendant la durée du ministère.

Une politique aussi folle s'explique tout naturellement par le fonctionnement du parlementarisme, qui fait que tout ministère, assuré de ne pas durer, ne s'occupe que de durer le plus longtemps possible, chacun laissant à son successeur une situation plus difficile que celle qu'il a trouvée en prenant le pouvoir.

Mais, dans le temps présent, un ministre qui jouerait le jeu de Karolyi n'agirait pas autrement : ce système des expédients qui aggravent la situation financière, conduit sûrement à la catastrophe, laquelle éclate alors brusquement et cause d'immenses ravages. La catastrophe crée alors la situation la plus favorable à une entreprise révolutionnaire.

On est en droit de se demander si M. Herriot n'a pas quelque idée de ce genre dans la tête. [l a annoncé plusieurs fois qu'il publierait toute la vérité sur la situation financière. Il a eu tout le temps nécessaire pour sortir cette vérité. [] n'en

/ eu

a rien fait. Attend-il que la catastrophe soit imminente pour dire au pays une vérité qui ébranlerait alors sa santé et qui

le jetterait en quarante-huit heures dans les bras de Caillaux, ou de Blum, ou de Cachin?

On peut tout de suite dire à M. Herriot que le coup est manqué d avance.

IT

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