CRAQUEMENTS
ETTE fois, l'affaire a l'air d'être sérieuse, très sérieuse.
Le dollar et la livre montent, ce qui veut dire que
le franc baisse, ce qui veut dire que le crédit de l'Etat baisse, ce qui veut dire que l'on est à la fin du régime des expédients.
L'an dernier, nous avons connu une alerte du même genre. En mars, nous étions à un cheveu de la catastrophe. La situation a été rétablie par la très bnillante opération conduite par la Banque de France, mais qui ne réussit que parce que Poincaré, au dernier moment, fit un redressement politique et financier sérieux, — redressement dont il mourut pour l'avoir fait trop tard.
Cette année, on n'aura pas la ressource que l'on avait l'année dernière. M. Herriot n'a pas su se servir des avantage financiers que lui léguait M. Poincaré. Il a eu six bons mois pour en tirer parti. Le Bloc national en était mort ; le Bloc des gauches pouvait en vivre. Il avait les moyens de réaliser
l'équilibre budgétaire. Il a ramené le déficit. Actuellement, par les seules dépenses nouvelles votées, le budget de 1925 est en déficit de plus de 3 milliards. Allez, dans ces conditions, utiliser les crédits Morgan! Cela ne peut plus servir.
Le Bloc des gauches, disposant de la passivité des modérés, du patriotisme des nationalistes, de la complicité de sa majo-
rité, avait la possibilité de faire une véritable dictature finan-
cière contre laquelle personne n'aurait pu protester. Il aurait assis sa politique pour plusieurs années. On lui aurait attribué le bénéfice du redressement fait et préparé par Poincaré agonisant. [] n'a pas su saisir l'occasion. Il a vécu à la petite semaine. Î] a attendu les grandes difficultés, qu'il connaissait bien. Le voici le nez sur le mur. Il s'y cassera la tête.
Il n'a plus les mois, les semaines nécessaires pour concevoir un plan et l'exécuter. C'est maintenant une question de Jours, mettons d'un petit nombre de semaines. Il ne peut employer les moyens qui ont servi l'an dernier. Il lui en faut trouver d'autres, sinon c'est la faillite, ou l'inflation, ce qui est la même chose.