CAILLAUX
Au milieu de ces difhcultés séniles, Caïllaux s'agite. Quelques personnes très mal informées le présentent comme l'homme qui peut nous sauver. J'ai déjà dit leur erreur, et je crois avoir prouvé que Joseph Caillaux n'a pas du tout le génie financier que lui attribuent les salonnards et quelques catholiques libéraux, qui sont d'ailleurs fort ignorants en
matière financière. J'ai dit le vide effarant de son livre Où va la France Où va l'Europe?
Mais il est exact que Joseph Caillaux ne manque pas d'ingéniosité en ce qui touche les manœuvres financières. En particulier, il connaît plusieurs moyens de faire faillite sans que cela se voie trop. On dit qu'il conseille à ses amis du gouvernement de les employer. Mais il ne tient pas à les employer lui-même. Il se réserverait pour le moment où la liquidation serait faite, afin de laisser à d’autres l'impopularité de quelques mesures un peu rudes.
Cela seul suffit à montrer que Joseph Caillaux n'est pas un homme de gouvernement, et encore moins un homme d'Etat. Un véritable homme d'Etat ne se dérobe pas à limpopularité, pas plus qu'il ne la brave. Il l'accepte.
Si Joseph Caillaux écarte de son esprit cette impopularité, c'est peut-être affaire de tempérament, mais c'est peut-être plus encore parce qu'il appartient à la génération de la défaite, à cette génération qui a subi l'esprit de la défaite. Sa position d'avant-guerre, sa position de la guerre, son crime, c'est aussi de n'avoir pas eu foi dans les destinées de la France, d’avoir admis que la France ne pouvait vivre que subordonnée.
Aucun homme de gouvernement ayant cette Vue sur Son pays ne peut assurer le relèvement financier de la nation. Car il n'y a pas de relèvement financier indépendant du redressement politique, intérieur et extérieur.